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Archives Mensuelles: octobre 2012

Eau est une magnifique pièce où les arts sont mis à l’honneur. C’est aussi une pièce engagée, qui donne à réfléchir. Cette œuvre permet de redécouvrir l’élément eau, qui devient finalement une banalité dans notre vie quotidienne. Cet article, vous permettra d’entrer dans cet univers…

Commençons, par présenter l’oeuvre:

Titre de l’œuvre : Eau

Chorégraphe : Carolyn Carlson

Compositeur : Joby Talbot

Vidéaste et chorégraphe: Alain Fleischer

Textes : Carolyn Carlson, Alan Brooks, Amina Amici, Jean Pierre Siméon

Date de réalisation : 2008

Nature de l’œuvre : chorégraphie nourrie de d’autres arts (musique, poèmes, peinture, Art numérique, théâtre)

Genre de l’œuvre : contemporain

Contexte de l’œuvre : L’œuvre apparaît dans un contexte politico environnemental  où l’eau est une des sources de préoccupation. Carolyn Carlson est une femme imprégnée par l’étude de l’eau (Water Born, Ice…)

Carolyn Carlson, Eau (2008)

Description et analyse de l’oeuvre:

Tout d’abord nous allons évoquer les caractéristiques essentielles de cette œuvre avant de décrire de façon plus précise les thèmes et les différentes étapes de cette pièce. Premièrement, cette œuvre met en valeur différents arts, dans des proportions justes, avec toutefois prédominance de la danse. L’art numérique, vient alimenter l’œuvre et permet aux spectateurs de comprendre de façon plus explicite cette pièce. La musique, quant à elle, nous emmène dans l’univers. C’est une musique très contemporaine, aquatique, répétitive et accentuée. Cette musique est souvent pesante, sombre et pure à la fois. Même si on retrouve une certaine continuité musicale, elle se distingue par ses différents thèmes musicaux et ses variations de tempo. La musique, donne de la matière à la danse, et lui sert réellement de support. En effet, la danse suit le thème musical et le tempo tout le long de la pièce.

Le fil conducteur qui permet de relier entre autre les différents tableaux de cette œuvre est la présence d’un homme qui parle et récite des textes en anglais (il y a donc présence du théâtre). Cet homme ponctue la pièce et permet au spectateur de le guider.

Ce spectacle évolue dans une atmosphère sombre : très peu d’éclairages, costumes en noir et blanc simples (sauf à la fin) ou corps dénudés qui mettent en valeur le corps des danseurs dans des décors dans les tons transparents, noir. Cette atmosphère nous immerge dans les profondeurs de l’océan.

Les danseurs effectuent des danses en groupe et aussi seuls. Ils ont une gestuelle assez sculpturale, répétitive, discrète et axée sur les bras au début puis qui se libère au fur et à mesure de la pièce vers des mouvements plus amples, fluides. Les danseurs occupent parfois tout l’espace ou qu’une seule partie. Ils évoluent dans un espace scénique découpé par la présence ponctuelle d’objets sur scène. Cette dernière est cependant structurée  en différents espaces présents en permanence: un bassin d’eau à droite et des écrans d’affichage numérique en fond de scène.

Cette œuvre de 86 minutes est composée de plusieurs tableaux afin d’évoquer les différents thèmes liés à l’eau, nous allons maintenant les décrire :

Dans la première partie, un homme parlant et une femme allongée ayant des mouvements d’ondulation, nous immergent dans l’élément « eau » (« L’eau coule à l’intérieur de nous  et autour de nous, on ne peut pas imaginer avoir soif »). Cette sensation d’immersion est ensuite accentuée par les écrans en fond de scène où l’eau est représentée ainsi que les panneaux vitrés qui donne une image trouble des danseurs lorsqu’ils passent derrière ceux ci. Une  femme nue allongée enveloppée d’un plastique et faisant des mouvements lents dans un bassin d’eau, nous évoque l’eau à l’état de glace (elle apparaît emprisonnée dans une sorte de glaçon), nous avons l’impression que son corps est de l’eau. Ainsi, dans cette première partie on y repère l’eau en tant qu’état (liquide, glace). On ressent assez vite l’importance de cette eau qui est l’élément majoritaire voire presque intégral de notre corps humain.

Dans la deuxième partie, le thème sera plutôt l’eau et notre quotidien ainsi que l’eau sculpturale. Plusieurs danseurs rentrent en scène répétant des mouvements de la vie quotidienne (boire de l’eau par exemple) de manière rapide et arrêtée.

Dans la troisième partie, la femme dans le bassin réapparaît. On y voit un corps qui se meut, comme s’il venait à la vie, par des petits mouvements. L’eau est ici représentée en tant que fondatrice de la vie et des éléments biologique. L’eau est l’élément fondamental à la vie, il est l’origine même de la vie sur Terre et de la naissance des êtres vivants. La musique a ici une tonalité plus douce allant dans le monde du fabuleux et de l’émotionnel, immergeant le spectateur dans ce mystère qu’est la Vie.

Dans le quatrième tableau, la scène se réveille ; il y a  des danses de groupes, des trios… La danse est plus acrobatique, on y voit des jeux de poids et contrepoids. La musique est mystérieuse. Les écrans en fond de scène représentent une zone avec des bâtiments industriels, puis une sorte de fleuve. On a l’impression d’être en pleine nuit, au bord d’un fleuve. Les danseurs ont des mouvements plus fluides et dans cette partie on représente davantage les caractéristiques et symboles de l’eau (fluidité, féminité, ondulé).

Dans le cinquième tableau, il y a un aspect plus terrifiant, mystérieux. L’homme exprime la mémoire, les rêves dans son discours. Le bassin d’eau est projeté sur des écrans en fond de scène. Ces rêves et cette atmosphère ainsi que le décor peuvent faire penser à la noyade ou à l’eau qui peut engendrer des catastrophes naturelles. L’eau est donc un élément naturel beaucoup plus puissant que nous et que l’Homme ne peut maîtriser, on y ressent une sorte d’angoisse.

Il s’ensuit ensuite deux danses qui sont la transition vers le tableau suivant. Tout d’abord, il y a la danse des femmes, les mouvements sont plutôt fluides.  Les femmes dansent avec les cheveux lâchés ce qui accentue cette liberté, fluidité. Elles se regroupent ensuite toutes autour de ce bassin qui sert de miroir. On peut penser au narcissisme. Il semble avoir aussi une sorte d’interrogation autour de cette eau « précieuse » dans le bassin, de la part des danseuses. A la suite des femmes, s’enchaîne une danse masculine, acrobatique, puissante, tonique. La musique devient plus répétitive, puis on entend une sorte de minuteur. L’eau se déchaîne peu à peu. Il y a en tant que spectateur une interrogation : « Que va-t-il se passer ? ». Un suspens plane. Les hommes, après avoir pris tout l’espace de la scène, se regroupent autour du bassin. Là, les mouvements ne sont plus vraiment contrôlés. Ils se laissent bouleverser. On a l’impression que des vagues sont à l’origine de leurs mouvements, la nature prend le dessus sur l’Homme.

Les femmes arrivent et une danse de groupe imposante en ligne sur toute la longueur de la scène débute le sixième tableau. La musique est rapide, pesante et s’accélère. Il y a une utilisation de tout l’espace, les lignes se dissolvent, une sorte de panique générale a lieu sur scène. Les mouvements sont rapides et lents, ondulés et acrobatiques. La  scène est très sombre : c’est la tempête, on est en plein milieu de l’océan. A la fin de ce tableau, on entend le bruit des vagues de fin de tempête, de retour au calme.

Dans le septième tableau, une jeune fille, en tutu rose et l’homme, fil conducteur de cette pièce sont sur scène. Ce tableau fait la transition entre le tableau précédent et le suivant. L’homme évoque l’océan du tableau précédent qu’il qualifie de « dark, pure… » ainsi que le sel  (sel de mer).  Ce sel qui coule d’ailleurs continuellement sur scène. Il évoque l’importance de l’eau et des caractéristiques biologiques de l’humain liées à l’eau (les pleurs, l’urine…). L’ Homme oblige la jeune fille à pleurer. Ces pleurs, les films sur les écrans (port, bateau, paysage industriel) introduisent le thème suivant.

Dans le huitième tableau, des personnages à chaque coin de la scène montrent de diverses façons, un thème commun: les problèmes entre l’eau et l’Homme dans le monde actuel et surtout celui de la responsabilité de l’Homme dans le non respect de l’élément eau. On y retrouve la pêche polluée : une femme en plein milieu de scène montre successivement des poissons, avec une sorte de dégoût, de mal être, cela est accentué par sa démarche gauche, sur un seul talon. Des hommes arrivent sur le côté gauche (si on se place en tant que spectateur) de la scène, tâchés de noir, ils rappellent les marées noires. Un homme assis sur une chaise dans le bassin boit de l’eau en bouteille sans cesse, son mouvement est accéléré et pris de panique. Les bouteilles en plastique font écho à la pollution et cette panique évoque bien le fait que l’eau est nécessaire à  la vie, c’est une nécessité. D’autre part, elle rappelle l’état actuel de la relation de l’homme à l’eau. A la fois le gâchis et la peur du manque d’eau à l’avenir. Ces actions se réalisent sur un fond filmé de paysage (port, industriel) de couleur vert poubelle, symbole de pollution. Ce tableau, outre le fait d’évoquer la pollution, place l’eau comme élément nécessaire à la vie dans tous les domaines (nourriture : poissons, boisson, la toilette quotidienne, l’activité humaine : port,  bateau). Puis une femme en robe blanche est tâchée de couleur rouge projetée par un pistolet. C’est comme un animal tué par cette pollution. Une femme flotte dans un long tube transparent en fond de scène et une autre nue, arrive sur scène, emprisonnée dans le long plastique dont elle ne sait se défaire. Elle fait penser à l’animal qui est emprisonné dans le sachet plastique, synonyme de pollution. Elle est nue, démunie, désemparée. Puis un long texte défile dans un format numérique sur un écran. Ce texte implique directement le spectateur et la société. L’ Homme est rendu coupable de cette pollution ; par cette dernière, l’Homme met sa vie à mal.

Dans le dernier tableau, c’est la splendeur, la pureté, la beauté de l’eau qui est mise en évidence (musique plus gaie, costumes plus colorés, émois amoureux qui évoquent la gaieté). On ressent quelque chose de pur, de libre (cheveux lâchés, robes fluides, nudité de la femme, mouvements amples…). Le ballet se termine par l’apparition d’un homme debout qui se pose tranquillement dans ce bassin, ce bassin qui avait suscité toutes les attentions dans cette pièce. Il était symbole de cette eau précieuse sur scène.

Ce ballet met donc l’élément eau sur un piédestal, c’est une source précieuse splendide et purificatrice, qui est élément phare du monde, de la vie et qu’il faut préserver.

Correspondances avec d’autres œuvres :

L’eau est un thème récurrent dans l’art. Voici quelques œuvres qui pourraient faire écho à Eau de Carolyn Carlson :

Water born, œuvre chorégraphique de Carolyn Carlson, juin 2007, œuvre complémentaire de la pièce eau, cette œuvre a été dansée dans une piscine.

waterborn, Carolyn Carlson, 2007

Ice, œuvre chorégraphiée par Carolyn Carlson  avec des élèves  de l’école du CCN de Roubaix, en mai 2006, elle y évoque l’eau à l’état de glace. On retrouve une certaine gestuelle sculpturale présente dans Eau.

Swan, œuvre chorégraphique et ornithologique de Luc Petton.  Il y  a prépondérance de l’élément eau sur scène, la gestuelle en est marquée. Le cygne est un oiseau plutôt aquatique.

Swan, Luc Petton, 2012

Rain-Comme une pluie dans tes yeux, cirque Eloize, œuvre appartenant au nouveau cirque. Ici, l’eau et la pluie sont représentées comme des moments de joie, de souvenirs. Cette œuvre plus gaie et légère complète celle de Carolyn Carlson qui est davantage engagée. Ces deux œuvres se rapprochent par leur rapport à l’eau : source de vie précieuse ; mais ce rapport est traité de manière complètement différente par les deux artistes.

Rain-comme une pluie dans tes yeux, Cirque Eloize

-L’Hôtel Tassel à Bruxelles (Victor Horta), bâtiment d’architecture art nouveau, les courbes qui évoquent la nature  et le végétal ont une propriété aquatique, ondulée et fluide en résonance avec le travail de Carolyn Carlson. La présence de verrières apporte également une transparence et une luminosité à l’immeuble, ce que l’on retrouve dans l’œuvre Eau.

Hôtel Tassel, Victor Horta, 1892-1893

-La Piscine (musée), Roubaix, architecture. Endroit aimé de Carolyn Carlson où elle s’est produite plusieurs fois. La transparence des vitraux colorés, le bassin, l’eau qui jaillit de la fontaine, les mosaïques représentant des arabesques bleues, les douches latérales ; ce sont autant d’éléments qui mettent en valeur l’élément eau et son usage quotidien (piscine, douche) évoqués également dans le ballet de Carolyn Carlson.

La Piscine de Roubaix, musée

Orphée de Jean Cocteau (1950), film. La référence au miroir et à l’Antiquité qui a été évoquée dans la pièce étudiée (Narcisse et miroir).

La traversée du miroir, Orphée, Jean Cocteau, 1949

La naissance de Vénus de Botticelli, peinture du XVème siècle. Elle représente l’Antiquité et le lien profond qu’il y a entre la féminité et l’eau comme évoqué dans la pièce étudiée. Dans cette peinture, il y a beaucoup de courbes, de fluidité.

La naissance de Vénus, Botticelli, 1485

Ces différents travaux placent toujours l’eau comme une source précieuse, de vie et comme élément avec des propriétés (fluide, cristalline…)

Description du choix et de mon expérience vis-à-vis de l’œuvre :

Cette œuvre a été vue pour la première fois au Colisée de Roubaix il y a quelques années. En consultant, le site www.ubuweb.com,  j’ai eu envie de la revoir et de l’étudier, pour plusieurs raisons. D’abord, j’avais beaucoup aimé cette œuvre. Ensuite, j’ai eu l’occasion de voir le ballet Swan le 3 octobre 2012 et de faire la Master Class associée à cette pièce. On y a justement travaillé la qualité  des éléments : feu, eau, air. Je trouvais donc intéressant de voir le rapprochement de ce que j’avais pu apprendre lors de cette master class et de ma formation artistique et comment était retranscrit l’élément eau par une grande dame de la danse. Par ailleurs, Eau de Carolyn Carlson est une pièce très riche. Lors du premier contact avec cette œuvre, j’ai pu prendre conscience des différents thèmes évoqués ; en effet ceux-ci sont assez explicites dans la pièce.  Cependant, il y a tellement d’informations dans cette pièce qu’il était intéressant d’approfondir l’analyse. Par ailleurs, l’eau est au cœur de l’actualité politique et économique  ce qui en fait un thème central. Cette œuvre m’est parue assez complète que ce soit la première fois que je l’ai vue et surtout la deuxième fois, car j’ai pu l’analyser plus précisément. Lors de mon premier contact avec cette pièce, il y a quelques années, je l’ai trouvée très belle esthétiquement, ainsi qu’assez facile à décrypter de manière globale. La chorégraphe a su bien transmettre son message et sa position de façon relativement explicite. J’ai trouvé aussi que Carolyn Carlson avait eu de bonnes idées pour évoquer l’eau sous toutes ces formes (plastique, bassin d’eau, tube, reflet de l’eau sur écran…). En regardant à nouveau cette pièce, avec un œil plus analytique, celle-ci m’est parue belle mais surtout recherchée et surprenante. Il est par exemple, étonnant, à première vue, d’évoquer l’eau (plutôt représentée comme limpide, claire en générale) dans un univers aussi sombre (les danseurs dansent presque tout le temps dans l’obscurité !). En y réfléchissant, l’essentiel de l’eau sur Terre sont des eaux profondes où l’obscurité est présente. La deuxième fois, j’ai beaucoup plus senti la mosaïque d’arts utilisés comme formant un ensemble uni et cohérent.

CONCLUSION :

Eau, de Carolyn Carlson ne  peut être exhaustive mais reste sur le plan artistique une œuvre relativement complète tant dans les thèmes abordés que dans les outils artistiques utilisés que dans l’esthétisme. Cette œuvre évoque un thème qui a été évoqué dans l’Histoire par bon nombre d’artistes et sur lequel Carolyn Carlson a travaillé dans plusieurs de ces pièces. C’est une œuvre qui est belle à voir et à analyser pour cette richesse artistique et son engagement sur des thèmes d’actualité qui nous concernent tous. Pour ma part, cette œuvre s’inscrit dans une passion qui est la danse.

L’œuvre que j’ai choisie s’intitule « Un chien andalou ». C’est un court métrage d’une vingtaine de minutes réalisé par Luis Buñuel en 1929. Il a la particularité d’être en noir et blanc, et muet à l’origine. Cependant, la version que j’ai étudiée comporte deux musiques qui s’alternent (« Tristan et Isolde » de Wagner et un tango argentin). Le scénario a été écrit par Luis Buñuel et Salvador Dali en six jours seulement.

Ce film est une œuvre d’avant-garde du cinéma. Il appartient au genre surréaliste puisqu’il a directement été inspiré par les rêves des deux scénaristes. Sa première projection fut en avril 1929, dans un petit cinéma d’avant-garde de Paris appelé le Studio des Ursulines.

 

 

C’est un ami à moi qui m’a fait découvrir ce court métrage, parmi d’autres films assez spéciaux qu’il connaissait. L’illustration de la page Films&Vidéos du site Ubuweb correspond à la première scène d’ « un chien andalou », que j’ai tout de suite reconnue. Ce film est composé d’une succession de scènes plus ou moins originales et n’ayant pas forcément de lien entre elles. Il y a peu de personnages (cinq ou six, difficile à dire étant donné qu’il y en a un en double), dont les deux principaux sont un homme et une femme. A aucun moment on ne sait le nom des personnages et leurs relations. Le lieu et le temps de l’action change parfois brutalement, sans raison particulière. La majorité des scènes se déroulent dans un appartement. Des objets ou des personnages apparaissent aussi de façon improbable. Ces particularités perturbent beaucoup le spectateur, et c’est principalement ce qui m’a plu dans cette œuvre.

Résumé

La première scène est très spéciale pour l’époque puisque l’on peut voir un homme découpant l’œil d’une femme avec un rasoir qu’il a bien aiguisé au préalable. S’enchaînent ensuite plusieurs scènes sans suite logique. Huit ans après, on voit un homme portant des vêtements féminins tombant à vélo, et la même fille qui s’était fait découpé l’œil qui vient l’embrasser. Une fois montés dans l’appartement, l’homme a des fourmis qui lui sortent de la main. Un peu plus tard, on peut voir ce même homme tirer sur deux cordes, au bout desquelles il y a deux pianos à queue sur lesquels sont posés des dépouilles d’ânes. Vers trois heures du matin, toujours dans le même appartement, l’homme a la visite de son double, qui lui reproche d’avoir porté des vêtements féminins. Seize ans plus tard, l’homme est face à son double, avec un livre dans chaque main. Les livres se transforment alors en pistolets, qui lui permettent de tirer sur son double. Son corps tombe ensuite dans une forêt, où il essaie de s’accrocher au dos d’une femme nue, qui disparaît après. De retour dans l’appartement, on peut voir l’homme qui fait disparaître sa bouche pour la transformer en un duvet de poil, qui ressemble à l’aisselle de la fille. Celle-ci sort par la porte et arrive sur une plage, où elle retrouve un homme qu’elle embrasse. La dernière scène se déroule au printemps et montre deux corps ensablés jusqu’aux épaules (probablement les corps du couple de la plage).

Liens

« Un chien andalou » m’a fait penser à deux films en particulier : « Las Vegas parano » de Terry Gilliam, sorti en 1998, et « Rubber » de Quentin Dupieux, sorti en 2010.

Le premier se rapproche du court métrage que j’ai étudié par son absence de logique dans la suite des évènements. En effet, ce film montre ce que peuvent vivre deux hommes drogués dans Las Vegas : leurs comportements sont irrationnels et leurs aventures surréalistes. En regardant « un chien andalou », je me suis demandé si les personnages n’étaient pas drogués eux aussi. L’aspect un peu choquant de ces deux films m’a aussi permis de les mettre en relation.

Quant à « Rubber », c’est l’histoire d’un pneu tueur. Une histoire qui n’a pas vraiment de sens, un peu comme dans le court métrage que j’ai étudié. L’absurdité que l’on peut percevoir dans « un chien andalou » m’a rappelé celle que l’on ressent en regardant « Rubber ». Un autre point commun entre ces deux films : ils ne semblent pas d’un grand intérêt pour la plupart des spectateurs, qui cherchent à comprendre ou interpréter l’histoire.

Mon point de vue

« Un chien andalou » m’a beaucoup plu car c’est un film qui sort de l’ordinaire, bien qu’il date des années vingt. Le fait qu’il soit assez court est une bonne chose je pense, car l’absence totale de logique aurait été un peu lassante si le film avait été plus long. Le titre correspond bien à l’œuvre puisqu’il n’y a aucun rapport avec son contenu. Les temps, lieux et objets improbables que l’on retrouve m’ont surprise et c’est ce que j’attendais de cette œuvre.

Pour conclure, ce court métrage répond bien au genre du surréalisme, et montre qu’une œuvre d’art n’a pas forcément de sens explicite.

Cette oeuvre est une vidéo de quinze minutes qui date de 2005 produite par Cory Arcangel avec l’aide de Paper Rad. Elle met en scène une toute nouvelle histoire du (plus) célèbre personnage de jeu vidéo : le plombier Mario. Elle a été réalisée à partir de la cartouche du jeu “Super Mario Bros.” sorti initialement en 1985 sur la console de Nitendo : la NES. L’artiste a donc utilisé cette cartouche et par certains mécanismes a réussi à obtenir des séquences «exclusives» (qui ne peuvent apparaître lors de l’utilisation normale du jeu).

La vidéo est accompagnée d’une bande son qui n’est pas sans rappeler les bandes-sons des jeux vidéos de cette époque. C’est-à-dire une musique 8-bits assez métallique à l’oreille. Au début de la vidéo, cette musique est plutôt légère.

Le film débute par des phrases d’introduction qui peuvent nous faire comprendre le sens de la vidéo et comment celle-ci a pu être produite. En effet, la première phrase — “As a video game grows old, its content and internal logic deteriorate” — indique que grâce le contenu de la cartouche a été modifié. La deuxième phrase — “For a character caught in this breakdown problems affect every area of life” — nous fait comprendre que la vie, les aventures de Mario vont être totalement différentes de la normale.

Et en effet, Mario ne revêt pas son costume de plombier rouge et bleu, mais un costume vert et blanc, c’est le premier changement que l’on peut observer. La couleur des fameuses briques (ces briques qu’il doit toucher pour obtenir des bonus, des pièces d’or…) est aussi changée.

On entre donc dans la première partie du film, lancée par le «poème» : Ce passage nous indique donc que cette vidéo est le récit d’une nouvelle aventure de Mario. “Fortified” fait probablement référence au château où est emprisonnée la princesse Peach, princesse que Mario doit libérer de Bowser dans le jeu orginal.

On voit Mario se tenant au-dessus d’une brique et quelques secondes plus tard un nouveau message apparaît : “Standing here or jumping where, how did I get here?”. Il ne se souvient plus visiblement ce qu’il fait à cet endroit… et il se trouve maintenant dans les nuages (fidèles au graphisme original du jeu). Puis, il chute longuement dans un décor assez psychédélique fait de nuages et de couleurs vives.

Il se pose ensuite sur un gros nuage et le jeu nous interpelle de nouveau : “Lost pizzas. World revisions. Landscape lorn. What is for. Ever.” On comprend que Mario se sent bel et bien seul dans ce monde totalement revisité. Ensuite, la musique change de ton et devient beaucoup plus angoissante. Le graphisme de la vidéo devient également plus angoissant. Mario cesse d’apparaître puis, après un message illisible, indéchiffrable, réapparaît, enfin il marche et re-disparaît. On entre de nouveau dans un passage où il n’apparaît plus, des caractères et des graphismes sans aucun sens (aucune correspondance avec le jeu original) nous apparaissent, Mario fait des réapparitions das des «mondes» totalement absurdes et ceci se répète plusieurs fois. Exemple :

Ensuite, on est confronté de nouveau à un message quelque peu déroutant : “Minutes pass. A punk band. Moments last. Centuries.”. Une phase de graphismes similaire à celle décrite précédemment recommence puis un nouveau texte apparaît : “I used to [see] familiar shapes in the clouds. [Are] now th [caractères indéchiffrables] History. Fortified mystery.”. Cet extrait reprend le premier «poème» du film. Cela peut nous faire penser que Mario est en plein délire mais qu’il se souvient de ce qu’il vivait dans sa vie d’avant (ses aventures originales). Les graphismes apparaissant après ce message sont totalement délirants et colorés. La musique est aussi aussi plus folle.

Un autre message apparaît : “The master time clock is so corrupt my memories provide no reason for any thing”. On peut être amené à interpréter ce message de la sorte : Mario est devenu sénile et ses passages de délires sont le résultat de sa vieillesse.

Cette fois-ci, après un cours passage où Mario est à l’écran, un message semble être adressé par un champignon à Mario : “You’ve been in someones’ closet for twenty years of course the data is melting”. Le champignon l’invite à le suivre dans un délire : “Come with me. It is a spirit rave. Learning noise. Nite”. Le tempo de la musique s’accélère et les graphismes sont encore plus délirants et psychédéliques. On voit Mario de temps en temps flotter avec son champignon dans les décors.

Puis, on voit une représentation d’une montagne peu accueillante avec des yeux, un nez et un passage pour s’engouffrer dedans. Mario et son champignon se tiennent devant le passage avant de voir “Magic mountain is not the same thing as haunted castle”. Cela nous conforte dans l’idée que cette aventure n’a rien à voir avec les aventures classiques (le château hanté fait référence au château de Bowser).

Un autre message — “This is the rave” — nous fait penser encore une fois qu’il est en total délire. Il passe dans cette montagne et le fond du décor devient noir, on ne voit que Mario et quelques objets changeant de couleurs.

On voit ensuite la tête de Mario, en très gros, changeant de couleur et le message : “This world is strobing me out. Something’s happening in my brain. I’m having a [caractères illisibles]”. Il se rend compte de ce qu’il lui arrive. “Yes. Your poetry has prepared you well. This is your e– You are confronting your energy.”. On ne sait pas vraiment qui ou quoi lui dit ça.

À la fin de la vidéo il perd sa forme humaine pour devenir une sorte de rectangle de pixels, puis il disparaît et des messages indescriptibles apparaissent. La musique devient plus calme… Après un «bip» appuyé la fin arrive. Cette fin représentée par le paysage original du jeu dans lequel il est présent et un message “The End”.

Mon interprétation de ce film m’amène à penser que l’artiste tente de raconter la dernière histoire de Mario, celle de sa vieillesse, la sénilité qui peut l’accompagner et enfin la fin de toute vie : la mort. En effet, le fait que l’artiste nous fasse vivre une expérience mettant en scène mario dans un décor tout à fait différent de la normale m’a intrigué. Puis au fur et à mesure, j’ai compris grâce aux messages et aux graphismes. Les messages nous rappellent l’âge du jeu, de ses données qui peuvent être corrompues, on peut donc faire un lien entre l’âge du jeu et l’âge de Mario et entre les données corrompues et la mémoire de Mario. De plus, à certains moments Mario semble perdu dans cette aventure. En outre, les graphismes comportent parfois des têtes de morts… Ou encore, le fait qu’à la fin de la vidéo Mario soit dans le noir puis qu’il disparaisse avant l’apparition du message de fin peut faire penser aux derniers instants…

Œuvres connexes :

  • I Shot Andy Warhol (2002) : un court film présentant un jeu vidéo que Cory Arcangel a totalement reprogrammé. Je l’ai choisie car l’artiste emploie la même technique que pour l’oeuvre décrite ci-dessus. J’ai aussi bien aimé le ton décalé de la vidéo.
  • P-Unit Mixtape 2005 : c’est un montage d’éléments que Paper Rad a produit en
    utilisant un ordinateur. Les graphismes sont aussi complètement décalés. J’ai choisi
    cette oeuvre car Cory Arcangel a produit Mario Movie avec l’aide de Paper Rad et que la
    «patte» de ce dernier se retrouve bien dans l’oeuvre de Cory Arcangel.

Colin Marshall est un réalisateur et présentateur de vidéos en ligne. Depuis 2010 jusqu’à maintenant encore, il est le créateur du « Ubuweb experimental video project » , où l’on redécouvre chacun des films/videos sur ubuweb que l’on croyait connaître (courtes ou longues, marrantes ou sérieuses). Le projet est basé sur le fait que tous les projets/ toutes les œuvres sont intéressantes, si elles y  sont approchées avec un grand cœur et un esprit ouvert.  Il va ici reprendre l’œuvre faite par Cory Arcangel, qui l’empli de nostalgie.

Cory est quant à lui un artiste américain connu pour ses dessins, musiques, vidéo mais surtout pour ses modifications des jeux vidéo. Il utilise la stratégie artistique de l’appropriation, où il recrée des matériaux existants pour en créer de nouveaux. Ses travaux nous font explorer toutes les relations entre la technologie et la culture.

 

La vidéo qui est présenté ici dure 2min 46 et représente un mode que Cory  a créé d’un jeu japonais de formule 1. Les voitures ont étés retirés laissant ainsi uniquement la route et son paysage.

Cette œuvre m’inspire beaucoup, particulièrement sur l’évolution monumentale qui s’est développé au niveau des jeux vidéo. Allant des simples jeux de base des années 80 (avec des jeux tels que les vieux Marios Bros, les vieux jeux de courses tels que ce jeu de famicom) aux jeux tout récents extrêmement réalistes (tels que Need For Speed, ou encore les derniers Grand tourismo qui présentent des graphismes proches de la vie réelles).

Colin Marshall énonce ici sa ‘nostalgie’ envers les anciens jeux de courses, ce jeu craqué par Arcangel représente bien les jeux d’antan, avant la réelle apparition des jeux en 3 dimensions : ici on a une caméra fixe, avec aucune autre caméra/angle de vue possible. Tout était fait en alternance de couleur et d’images superposés, pour avoir l’unique chemin que l’on devait suivre. Ces jeux sont gravés à jamais dans le cœur de nombreuses personnes, considérés à l’époque comme de grands chefs d’œuvres, prenons par exemple le jeu OutRun de sega, (1986) qui était addictif et simple. C’était un  jeu dont on ne pouvait se lasser. Colin présente dans cette vidéo son engouement pour les jeux vidéo d’antan.

Nous pouvons voir dans cette vidéo le changement des saisons en parallèle avec la route, soulignant notamment à quel point, au fil des années, ces jeux restent vivant au fil les siècles.

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                                     F1 Racer                                              Grand Tourismo

Nous pouvons ici  clairement voir les différences/ l’évolution entre les jeux.

Grâce aux modifications sur les circuits intégrés de la cartouche qui contiennent l’ensemble des données graphique, L’artiste ramène ce jeu de façon ironique, à la platitude du support qui cherche néanmoins à toujours signifier un point de vue. Il en résulte une oscillation visuelle.

On peut lier cela à la théorie d’un philosophe Français : Hubert Damisch, spécialisé dans l’histoire de l’art et l’esthétique. Sa théorie est celle du « nuage » qui dit, je cite : « la perspective n’arrive pas à atteindre le nuage, ou plutôt celui-ci se présente comme la limite même de la perspective, la naissance de l’informe via l’introduction du détail, du tissu, ou tout simplement du signe dans l’image. Il s’agirait alors de l’introduction d’une faille dans le système subjective et subjectivant de la perspective ».

Ici nous le voyons à tel point que la figure et le fond n’arrive plus à se dégager l’un de l’autre, créant ainsi une crise dans l’image vis-à-vis de la perspective et de son sujet.

Image         Image

                                    Need for speed(2005)                                           OutRun (1986)

Sources :

Lien de la vidéo correspondante : http://www.ubu.com/film/arcangel_f2.html

http://www.ubu.com/papers/marshall/marshall_arcangel_f2.html
http://www.ubu.com/papers/marshall_index.html
colinmarshall.typepad.com/blog/ubuweb-project/

Présentation de l’œuvre

L’œuvre choisie est une vidéo de moins d’une minute, intitulée Danse Serpentine.  Elle a été filmée par les Frères Lumière en 1896, et n’a donc pas de bande son.

On y voit une danseuse aux bras prolongés de longues baguettes, recouvertes d’un long et immaculé pan de soie. L’étole ne laisse voir que son visage souriant et tombe jusqu’aux chevilles. La femme, une danseuse, réalise d’amples mouvements de ces bras artificiellement allongés, faisant ainsi onduler la soie selon des enchainements rapides mais toujours fluides et élégants. Elle n’est pas immobile et superpose à ces gestes des mouvements du corps, dans des tempos un peu plus lents et attirant moins l’attention.

Sa danse créé un véritable tourbillon de tissu, qui apparaît pourtant étrangement ordonné et géométrique malgré la rapidité des larges courbes décrites. L’impression générale de profusion vive et distinguée est renforcée par la coloration changeante du tissu de soie. Bien qu’en réalité d’un blanc lilial, la soie se diapre successivement de nombreuses couleurs alors que la danseuse poursuit ses fulgurants enchaînements.

Techniques utilisées et contexte

La question qui vient à l’esprit porte évidement sur la couleur. Comment, 26 ans avant l’apparition du premier film couleur, les Frères Lumière ont-ils pu obtenir une séquence telle que celle-ci ?

En réalité, la couleur provient d’une colorisation à la main, faite à même la pellicule, image après image. Les couleurs changeantes ne sont  pourtant pas une invention des Frères Lumières, car même lors de la représentation l’étoffe de soie adoptait successivement différentes couleurs. La colorisation de la pellicule ne veut que refléter une autre technique qui était la projection sur la danseuse de lumières teintées, reflétées en toute splendeur par la soie.

Les danses serpentines et cette technique d’illumination étaient particulièrement en vogue à l’époque, introduites par Loïe Fuller (avant-garde en danse et théâtre moderne) et reprises par de nombreuses danseuses.  Celle filmée est probablement Isadore Duncan bien qu’un doute subsiste et que l’hypothèse que ce soit Papinta (une autre danseuse très célèbre de l’époque) n’est pas réfutée.

 

 

Choix de l’œuvre

L’œuvre était mise à disposition sur le site ubu.com. C’est le nom des auteurs qui a attiré mon attention, car les Frères Lumières sont après tout les inventeurs du film, un ancêtre commun à toutes les vidéos diffusées sur le site. Je ne pensais pas que leur travail pouvait avoir été conservé et numérisé. Intriguée j’ai visualisé la vidéo ; ma première réaction est surtout la fascination presque hypnotique pour la danse elle-même. Puis une interrogation sur la technique utilisée afin de créer la couleur.

Une fois les techniques utilisées clarifiées par des recherches personnelles, j’ai pu à nouveau revoir à loisir la vidéo et décider de la sélectionner car les techniques me paraissaient originales, et que je restais fascinée sans initialement comprendre pourquoi.

L’évocation, la réalité et le mouvement

J’ai dégagé plusieurs niveaux de réflexions et d’association d’idées autour de cette vidéo

  • Une fascination liée à des choix esthétiques classiquement connus pour être
     appréciés par un large publique 

Les couleurs lumineuses, les mouvements rythmés, amples et précis… sont appréciés presque unanimement. La beauté de ces danses serpentines en relève, et bien qu’elles ne soient plus célèbres, on retrouve ces caractéristiques dans beaucoup d’autres créations.

C’est bien l’enjeu que l’on retrouve par exemple dans la danse, qui est de conjuguer force et puissance avec élégance et fluidité.  On peut penser à la danse rythmique avec ruban, qui s’approcherait des danses serpentines car les mouvements du corps y sont aussi prolongés par un  tissu qui conférera une impression d’amplification du mouvement, rythmé et rapide.

 

 

  • Une profondeur acquise indirectement par le contexte

Il y a aussi une partie extérieure à l’œuvre elle-même qui la met d’autant plus en exergue : c’est la connaissance du contexte que l’on en a, et les artéfacts induits par les Frères Lumières.

La danse a été réalisée il y a très longtemps, et la vidéo nous permet de la voir encore alors que toutes les personnes ayant participé à sa production sont mortes. C’est déjà un point particulier, et le fait de réaliser que cette danse est certainement une des premières à être fixée par le film dans le temps ajoute une certaine gravité à la beauté de l’ensemble. On peut faire un lien avec ce qui est le premier enregistrement d’une voix humaine : la voix chantant Au Clair de la Lune, enregistrée par Edouard-Léon Scott de Martinville en 1860. On n’a pu faire renaître cet enregistrement qu’en 2007 grâce aux progrès de l’informatique, après de longues années de travail scientifique; le contexte le rend aussi d’autant plus précieux et touchant malgré son imperfection.

Ecouter : Au Clair de La Lune

  • Une profondeur acquise indirectement par l’élément technique intermédiaire

Au-delà du contexte, le support aussi influence nécessairement notre perception de cet instant, et il imprime non seulement la réalité du moment mais aussi des artefacts qui en font une œuvre à part entière, dus au choix de la caméra, de l’angle, du moment, des « post-coloriages »… qui relèvent des choix des artistes-inventeurs.

La volonté des Frères Lumières de coloriser à la main montrent bien leur désir d’amener l’information de la couleur comme élément indispensable à l’ensemble. Ils ont choisis de coloriser la soie mais pas le reste (les couleurs de la scène et du fond sur la vidéo ci-dessus ont été rajoutées plus tard), et ainsi en font l’élément remarquable et remarqué. De plus, les Frères Lumières cherchaient non seulement à transmettre quelque chose, mais aussi certainement à promouvoir leur appareil technique, fruit de leur travail… ce qui me semble interpellant car ainsi ils fixent mieux leur « participation » à une histoire scientifique plus large et dont ils n’avaient pas encore connaissance à l’époque bien qu’ils en envisageaient certainement partiellement l’ampleur possible. Le fait que le support / le moyen soit aussi constitutif de l’œuvre et participe à sa dimension artistique est donc bien souligné par cet exemple.

Pour conclure, j’ai apprécié cette œuvre car c’est un témoignage à la fois esthétique et technologique, qui nous propulse à cette époque tout en ayant le recul du Temps qui amène ses propres questionnements.

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