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Archives Mensuelles: novembre 2012

Kayla BELANGER

Typortraits by Kevin McPherson Eckhoff

2011 of the collection of works

Typortraits

Visual Writing 023

/ubu editions

2011

Je n’avais jamais vu ce que je sais maintenant être ASCII Art jusqu’à ce que la recherche dans la « Visual Poetry ». Ma première réaction était que son style étaitdifférent de tout ce que j’ai vu avant. J’ai vu des images constituée d’autres photos, mais jamais une image des lettres. J’ai été impressionné et intéressé je voulais desavoir plus. Pendant la recherche à travers plus de l’art la poésie visuelle, j’ai décidé de choisir ces œuvres parce que je me sentais une émotion plus connecté. Alors que j’ai vu d’autres exemples de lettres et des mots pour créer des formes et autres effets visuels (comme certains que je vais reporter à plus tard), ces images de personnes réelles qui ont existé et sont capturés par ces lettres dans un moment de temps réel et donc représentent un lien plus fort.

La première question que je me suis demandée c’était is des symboles et des lettres signifiait quelque chose. Je l’ai interrogé à penser qu’un vrai artiste ferait chaque symbole significatif. Après avoir cherché pendant plus d’information sur cet artiste, j’ai trouvé qu’ils ont un sens, en fait. Dans au moins deux de ses créations, les symboles connecter au modèle dépeinte parce qu’ils viennent d’articles écrits par ou sur cette personne. Par exemple, l’image de Woody Allen a été tiré d’un magazine qui aussi a fourni un article avec plein de texte qui a été utilisé dans le portrait.

Ce œuvre est un œuvre parce que l’artiste est capable d’utiliser des caractères qui sont habituellement utilisés pour dire quelque chose, de dire quelque chose d’autre ou quelque chose similaire dans une manière complètement différente. Au premier coup d’œil sur les créations de cet artiste, on peut voir un visage ou un tas de lettres et de symboles. Mais ce premier regard n’est pas ce qui est important. Après votre attention est attirée sur la complication de l’image, vous pouvez voir que les lettres et les symboles ont été utilisés d’une manière pas normale et pas à leur objectif principal, mais sont toujours capables de raconter une histoire.

Après avoir pris le temps de réfléchir et d’explorer dans d’autres œuvres de ce genre, j’ai compris pourquoi ce s’appelle la poésie visuelle. Il ya un lien très fort avec la poésie ici que j’ai vu dans la poésie graphique de Taryn Abîme:  Ici, les mots sont plus importants pour le poème tandis que les images ajoute un fort lien émotionnel. Ici, sans les mots, l’idée ne pouvait pas être compris, et sans l’aide visuelle, l’idée est toujours comprise. C’est le contraire de ce que Kevin McPherson Eckhoff fait.

Un autre lien qui a été faite à la poésie était l’œuvre de Jiri Valoch intitulée « 8 Sonnets”. Ici, il utilise aussi des symboles pour créer une image. La différence ici est que tout le sens dépend de les formes et les mots du titre. Avec seulement les formes, peut-être il ne peut pas être connu ce qu’ils signifient, et avec juste le titre ou les lettres dans les chiffres, le point ne peut pas être satisfaite. Ce n’est que lorsque vous êtes en mesure de relier ces formes de la poésie ou les mots que vous pouvez comprendre qu’ils représentent la structure d’un sonnet.

Une troisième connexion J’ai fait pendant rechercher ce type d’art a été du premier type de l’écriture même. Cela peut même avoir été là où ce type d’art a commencé à évoluer. Avant la langue écrite est devenue l’usage des lettres, ils ont fait des photos. Hiéroglyphes sont une grande connexion à ces œuvres dans une autre façon. . Les hiéroglyphes utilisent des images comme des lettres ou des mots.

La prochaine étape dans l’évolution de ce type d’art ont pu être le manuscrit enluminé. La différence avec ce type d’art est qu’il est tiré par la main et ne se fait pas par une machine à écrire. Par conséquent, il ya des couleurs et l’utilisation de différentes techniques de nage au lieu des lettres et de symboles communs sur une machine à écrire. La similarité réside dans le fait que les mots et les images se réunissent en une seule entité, comme tous les exemples précédents le font aussi. Quelques exemples de manuscrit enluminé:

La dernière connexion que j’ai pu tirer de ces œuvres sont potos qui ont fait de mots. Dans ces images les mots sont tout aussi importants que l’image qu’ils créent. Dans cet exemple, une photo de Barack Obama a été créé avec des mots qui sont importants pour sa campagne et ses perspectives. Il ya plus de liberté dans ce style d’art car ils sont générés par ordinateur et avoir la liberté de changer de couleur et la taille des mots, mais il est toujours comparable à typortraits de Kevin McPherson Eckhoff comme les caractères ou les mots sont réunis avec une image. Il se compose de deux types d’émotions mélangées ensemble pour créer une réaction très forte.

Description de l’oeuvre : 

     En fond : des sirènes identiques à celles utilisées en Europe pendant les bombardements (à Londres par exemple) tournent en boucle à un rythme régulier pendant toute l’œuvre. Au premier plan un quatuor à corde joue, accompagné d’enregistrements de voix obtenus en entretiens avec plusieurs déportés. La composition pour le quartet « suit » d’une certaine façon les enregistrements de voix. Donc au contraire il serait plus intéressant de dire que les enregistrements de voix sont accompagnés par le quartet de violon, qui traduit dans le langage musical l’émotion et la tension naturelle dégagé par la voix humaine. Les violons suivent le ton, l’intonation, le rythme de la personne qui parle ; plusieurs personnes parlant, et chaque phrase étant coupé et parfois tronqué et répété. De fait, cela induit une grande diversité de rythme et de tonalité, de phrases qui s’entrecoupent et s’entrechoquent. Vers la fin de l’oeuvre, il y a apparition d’enregistrements de trains renforçant le caractère dirigé de l’oeuvre : une évolution partant d’une naissance, un développement. 

La tension et la force des mots jouent un rôle moteur dans la tension émotionnelle que communique l’œuvre : on remarque une accélération du rythme continue qui rappelle une course effrénée jusqu’à l’apogée, où le calme revient, malgré que le sens des mots soit le plus choquant: « flames going up in the sky ». On peut interpréter ce « calme » non pas comme un apaisement mais plutôt comme un abattement, une fatalité, la parole nue est alors le véhicule principal de l’émotion et non plus les violons qui occupaient pour la majeur partie de l’œuvre l’espace sonore.

 Steve Reich et le mouvement minimaliste :

     Steve Reich est un compositeur américain. Il est né en 1936 à New York. Il est considéré comme l’un des pères fondateurs du minimalisme, qui comprends entre autre les compositeurs Terry Ryley et Philip Glass. Terry Riley a étudié au Shasta College, à l’Université de San Francisco et au conservatoire de San Francisco avant de remporter, en 1961, un « Master of Art » à l’Université de Berkeley. On trouve parmi ses compositions les oeuvres suivantes : In C, Music for the Balls, Requiem for Adam.  Erik Satie, compositeur et pianistre français né en 1866, un des théoriciens et précurseurs du minimalisme a résumé en une phrase la visée du minimalisme : le « dépassement extatique du temps dans la répétition, dans l’obsession contemplative du même ».

     En quelques mots, Erik Satie voit dans la répétition d’un même motif (harmonique, rythmique et mélodique) la création chez l’auditeur d’un état contemplatif proche de la transe du fait que la perfection de la répétition d’un motif simple remplace l’imperfection du changement : la répétition crée un sentiment d’infini et de pureté chez l’auditeur. Sans doute que cette visée serait confortée par la théorie Kantienne du sublime : sentiment qu’il décrit comme étant différent du beau, que l’être humain ressent lorsqu’il est confronté à l’infini et qui le renvoit à sa propre finitude et condition insignifiante. L’homme est par essence fini et mortel, ce qui lui ait rappelé lorsqu’il est mis en présence de ce qui est infini. Si l’on met en parallèle ces deux théories on peut comprendre alors que la recherche faite par le minimalisme tends à faire ressentir à travers la musique ce que l’on ressentirait par exemple devant un ciel étoilé : le dépassement de la condition humaine à travers l’observation de l’infini parfait et pur. (Pur ici dans le sens ou le motif harmonique & mélodique utilisé est souvent très simple). 

La musique minimaliste est née dans les années 60, quand les cultures asiatiques et orientales ont commencé à influencer et intéresser l’occident. En effet, elle s’est beaucoup inspiré de la musique traditionnelle africaine, et des pratiques spirituelles asiatiques (yoga et mantra) utilisant aussi des sons répétitifs pour trouver une spiritualité. Cette spiritualité peut d’une certaine manière naître de cette conscience de mort qui naît à travers la confrontation à l’infini.

Mise en lien avec d’autres oeuvres 

Il est évident que l’on peut relier cette œuvre avec d’autres œuvres issu du même courant, les codes étant les mêmes. Pour moi cependant, il était plus intéressant d’essayer de faire un lien avec un groupe que je connais bien : Pink Floyd. Pink Floyd est un groupe de rock qui a fait ses débuts dans les années 1967-1968, il s’inscrit tout d’abord dans le courant psychédélique pour ensuite évoluer vers le rock progressif.

Ce qui m’a frappé après avoir écouté plusieurs œuvres minimalistes, c’est que je retrouvais plusieurs codes présents dans certain morceaux de Pink Floyd, bien évidemment pas tous. Bien sur le caractère répétitif n’est pas aussi développé mais « l’obsession contemplative » est très présente. On peut dire quelle s’exprime sous une forme un peu différente avec la recherche de nouvelles sonorités qui ne sont pas présentes chez Steve Reich, mais la proximité est tout de même assez frappante. Elle est frappante de part cette impression d’infini qui naît des sonorités utilisés, mais aussi de l’impression de transe et d’improvisation musicale que donne la musique de Pink Floyd. Le groupe à été dans la recherche de ce sentiment d’infinitude jusqu’à ses oeuvres plus tardives (Après 1973) où il s’est orienté sous la direction de Roger Waters vers un style légèrement différent et plus « simple ».

      Pink Floyd ne s’est jamais revendiqué du courant minimaliste, pourtant il se peut que l’explication du fait que mon ressentit de ces œuvres soit proche soit lié au fait que le contexte dans lequel elles ont étés écrites soit le même. En effet le mouvement Hippie et psychédélique dans lequel Pink Floyd s’inscrit à ses débuts, a fortement été influencé par les pratiques spirituelles orientales. Il est donc compréhensible que d’un point de vue musical, ces œuvres aient des points communs.

Pour en citer quelques unes :

  • Nick’s Boogie. (1967)

  • Careful with that axe, Eugene (1967)

Caractère répétitif à la basse, malgré une montée en tension.

  • Set the controls for the heart of the sun (1968)

Ici le caractère répétitif est imprimé par les percussions rappelant la musique traditionnelle africaine.

  •  Echoes

Enfin ce morceau de 23 minutes paru sur l’album Meddle. Je l’ajoute bien qu’il y ait un caractère répétitif très limité à cette oeuvre, car la partie centrale de l’oeuvre représente parfaitement ce que je voulais dire par la recherche de « l’obsession contemplative » que je rencontre chez Pink Floyd.

Merci d’avoir lu cette brève analyse personnelle de l’oeuvre de Reich, et j’espère vous avoir fait découvrir l’univers musical profond qu’est Pink Floyd.

Inspiré du compte des frères Grimm paru la première fois en 1812 puis repris par Walt Disney en 1937, Blanche-Neige a aussi inspiré Angelin Preljocaj pour créer un nouveau ballet en  2008.
Cette œuvre a été chorégraphiée pour 26 danseurs de la compagnie Preljocaj basée à Aix en Provence depuis 1996.  La première a eu lieu le 25 Septembre 2008 à la Blennale de la danse à Lyon. Les décors de ce spectacle de 1h50 ont été réalisés par Thierry Leproust et les costumes par le créateur Jean Paul Gaultier. Enfin la musique est l’œuvre du compositeur et chef d’orchestre allemand du XIX° siècle Gustav Mahler.

Point de vue personnel

J’ai connu cette œuvre car je suis natif d’Aix en Provence et j’ai eu la chance d’assister à plusieurs spectacles de la compagnie Preljocaj. J’ai particulièrement été marqué par  l’aspect féerique, l’harmonie et les techniques très innovantes de cette œuvre que j’ai découverte en Octobre 2009. Mais par dessus tout, j’ai été littéralement transporté par l’utilisation de la musique de Mahler à travers la danse.
C’était la première fois que j’assistais à un ballet, contemporain de surcroît. J’avais toujours un apriori sur la danse moderne car elle était synonyme pour moi de sujets extrêmement subjectifs, abstraits ce qui me semblait avoir un aspect très désordonné et peu harmonieux.
Mais dès les premiers instants j’ai été plongé dans un univers dont je ne soupçonnais pas la beauté.
Cela m’a inspiré d’abord une reconnaissance du talent des danseurs qui accomplissent des prouesses techniques et physiques, mais aussi pour celui du chorégraphe parvenant à faire d’un simple compte universel vieux de deux siècles, une véritable œuvre d’art médiatrice d’émotions et extrêmement novatrice.
Etant un pianiste passionné aussi par la musique symphonique, j’ai tout particulièrement été touché par la mise en œuvre de la musique de Mahler. Moi même à l’écoute de ses symphonies, je suis très sensible à leur aspect plastique et même parfois narratif. Mahler étant très proche de la nature, il cherchait souvent à en représenter la force. Ces œuvres sont devenues célèbres pour leur orchestration magistrale donnant naissance à une musique d’une puissance jusque là inouïe.

Or Preljolocaj utilise notamment l’Adagietto de la 5ème symphonie pour la scène où le prince charmant découvre Blanche-Neige. A cet instant commencent à résonner les premières harmonies  très aquatiques de la harpe, source de mes premiers frissons. La scène qui s’en suis et d’une grâce immense. Le prince passe par plusieurs états d’âme : le chagrin, le regret, la colère et enfin le désespoir. Preljolocaj parvient à inscrire ces émotions avec génie dans la musique et la danse. Le grand thème du début  transparaît parfaitement avec les mouvements rampants du prince allongeant ainsi encore plus les sonorités déjà très étirées de cette pièce. L’extrême romantisme de cette symphonie est à la hauteur de la passion de cette union. Le prince ne pouvant en faire le deuil, il tente de raviver son amour en l’étreignant ce qui donne lieu à une scène très particulière. Le prince danse avec la dépouille de Blanche-Neige. Or ceci pourrait paraître macabre mais bien au contraire le chorégraphe parvient à donner à la scène une grande délicatesse s’ajoutant à l’époustouflante agilité des danseurs. Cet élan d’obstination est renforcé d’autre part par le grand crescendo menant à un glissando synonyme de désespoir et d’abandon pour le prince. Alors la musique reprend le même thème initial et les premiers signes de vie de Blanche-Neige apparaissent jusqu’à la renaissance de l’amour emportée par un final exalté.

Le choix musical pour cette scène est à mon avis parfait. En effet cet adagietto représente à mes yeux la quintessence du romantisme. Dans un sens c’est une pièce d’une grande tristesse mais elle est à la fois indéniablement sublime. Or dans une situation telle que celle décrite précédemment, on a à la fois le chagrin du prince mais aussi la puissance de l’amour qui résonne dans la musique.

Liens vers d’autres oeuvres

Cette situation me rappelle la dernière scène du film de Luchino Visconti : Mort à Venise sorti en 1971 et qui utilise le même adagietto. Ce long métrage est le récit d’un séjour à Venise du compositeur allemand Gustav Von Aschenbach (inspiré de Mahler) à la Belle Epoque c’est-à-dire en 1911. Lors de sa villégiature, il rencontre un jeune adolescent polonais qui apparaît à ces yeux comme l’incarnation de la beauté divine qu’il a toujours recherché à exprimer dans ses œuvres. Or cette découverte ne va que renforcer le mal-être de l’artiste en manque d’inspiration, arrivé à un âge mûr et à qui la jeunesse immaculée de ce jeune homme fait prendre conscience du temps qui passe. Ce désir inaccessible s’avère devenir le testament du créateur, comme un lent voyage initiatique vers la mort. En effet lors de la scène finale Aschenbach observe une dernière fois son idéal mais dans son impureté et sa vieillesse il est incapable de rejoindre un tel spectacle et succombe sur la plage de son hôtel.
L’adagietto de Mahler qui accompagne cette scène et qui est inscrit tout au long du film, ne fait qu’en amplifier la dimension tragique. Mais alors que le cadavre de l’artiste est transporté, on ressent encore   par cette lenteur glaciale, que  ce dernier est envahi par la Beauté. La musique accompagne cette procession idyllique comme si le protagoniste même dans la mort, demeurait obsédé par la grâce de l’adolescent. C’est le même sentiment de bonheur dans la souffrance et la mort que j’ai ressenti dans la scène du ballet de Preljocaj.

http://www.ubu.com/film/lunberry_murmur.htm

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A travers cette vidéo, nous pouvons découvrir l’œuvre que Clark Lunberry et ses élèves ont installé sur un étang en face de la bibliothèque de l’Université de Floride du nord en 2008.

Tout d’abord, voici quelques informations sur Clark Lunberry afin de mieux situer son travail et de comprendre la portée de son œuvre. Clark Lunberry est un professeur de l’Université de Floride du nord dans le département de l’anglais. Au delà de son travail de professeur, il fait des recherches dans le domaine des relations entre les différentes formes d’art ainsi que sur la poésie moderne et l’histoire de l’avant-garde. C’est également un artiste et un poète réputé depuis plusieurs années pour écrire des poèmes dans des environnements singuliers tel que sur l’eau (comme c’est le cas pour l’œuvre étudiée ) ou dans les airs. C’est ce que l’on appelle des installations, ce type d’œuvre met en scène des éléments dynamiques utilisant plusieurs supports et a pour but de proposer une expérience aux spectateurs. Cela relève plus de l’art de la forme. Clark Lunberry a en effet réalisé ce genre d’installations dans de nombreux pays, au Japon, en France ou encore en Angleterre.

Clark Lunberry considère que nous ne faisons pas attention à la vraie signification des mots que nous employons et son but est de nous en faire prendre conscience à travers ses œuvres. En les plaçant dans un contexte particulier pour susciter la curiosité du spectateur mais aussi pour renforcer le sens du poème qui a souvent un rapport avec l’environnement choisi par Clark Lunberry. Cette prise de conscience s’opère aussi grâce au changement du poème au cours du temps et grâce au fait que ces poèmes ne sont que des expressions se réduisant à quelques mots, ce qui donne un portée bien plus importante au sens de ses mots et laisse le temps de réfléchir à chacun d’eux.

Nous allons maintenant étudier l’œuvre « Murmur of the Words ». Clark Lunberry a écrit le poème suivant en grand format (8 pieds sur 8 pieds) à la surface de l’eau:

« Murmur of the words », ce qui signifie « le murmure des mots », et une semaine plus tard, il a modifié ce poème pour écrire « Murmur of the wounds », c’est-à-dire « le murmure des blessures ». De plus l’œuvre contenait également une dimension sonore, par l’intermédiaire de haut-parleurs installés dans le bâtiment devant des baies vitrées de sorte que l’on voit le poème et que l’on entende en même temps les voix de 25 personnes choisies au hasard dans une librairie. Leur voix ont toutes été superposées, ce qui donne l’effet d’un murmure lorsqu’on l’écoute.

Cette œuvre est intéressante car elle fait appel à plusieurs sens en même temps, la vue et l’ouïe. De plus les mots écrits sur l’étang traduisent ce que ressent la personne qui passe devant le poème et qui entend ces voix mélangées, c’est-à-dire un immense murmure. Il est impossible de discerner les phrases prononcées et de comprendre le sens de ce que l’on entend mais parfois des mots ressortent, d’où « le murmure des mots ». Cette expression est plutôt neutre mais elle semble indiquer à la personne qui regarde l’œuvre ce qu’elle doit éprouver. Cela insiste sur le sens des mots du poème, en effet le spectateur lit le murmure des mots et il l’entend en même temps.

Le changement de « words » en « wounds » est particulièrement intéressant. Il peut avoir plusieurs sens, mais selon moi, ce changement vient du fait qu’entendre toutes ces voix, fortes, sans pouvoir comprendre ce qu’elles disent est une sensation oppressante. Et le fait d’écrire « le murmure des blessures », qui est un mot avec une connotation péjorative liée à la souffrance, à la douleur, renforce ce sentiment de malaise. Le son des voix semble s’intensifier et s’accélérer lorsque l’on change de mots. Cela s’inscrit dans la volonté de Clark Lunberry d’insister sur la réelle signification des mots. Il montre ainsi l’influence qu’a la vision du mot dans une certaine situation sur le spectateur. En effet, la dimension sonore n’a pas changé entre les deux phases de l’œuvre, mais rien qu’en employant un mot plutôt qu’un autre, on change la perception qu’a le spectateur de ce son.

Cette œuvre ne se contente pas de provoquer un sentiment chez la personne qui la regarde/écoute, mais en plus elle détermine ce sentiment. Lorsqu’il est écrit « words », on entend seulement un mélange de mots sans comprendre le sens des phrases, alors que quand il est écrit « wounds », on entend un brouhaha inaudible et oppressant, qui crée une sensation plutôt désagréable. Cela montre le pouvoir des mots.

Voici l’une des dernières oeuvres de Clark Lunberry, qui reprend le même principe que l’oeuvre que nous étudions. Elle a été réalisée en 2011, et se situait au même endroit, c’est-à-dire devant les fenetres de la bibliothèque de l’université de Floride du nord. Elle se décompose également en deux parties disjointes dans le temps, mais tend à faire prendre conscience de la portée des mots employés. Au début il écrit  » la sensation de couler » puis dans un deuxième temps  » la sensation de penser ». Alors que la prononciation de ces deux expressions est quasiment la même, leurs sens sont totalement différents, voire opposés. Et la perception que nous avons de notre situation change également entre ces deux phases.

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Je voudrais faire un parallèle entre ces œuvres et l’art de rue moderne, et en particulier les trompes l’œil, d’abord parce qu’ils sont aussi une forme d’art que l’on rencontre dans la rue ou lorsqu’on se déplace au quotidien. C’est-à-dire dans un contexte particulier qui n’est pas celui dans lequel on est confronté habituellement dans notre rapport à l’art. Nous sommes souvent pressés, mais pourtant cette œuvre nous intrigue et nous prenons le temps de l’admirer et d’intégrer son message.

Il y a notamment un trompe l’oeil à Paris, rue George V, que je trouve très impressionnant.

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Il a été réalisé par Pierre Delavie, en 2008, sur une bache destinée à masquer les travaux de l’immeuble en dessous. Il représente une façade d’immeuble totalement déformée avec des ondulations.

Je trouve ce trompe l’oeil intéressant car il resprésente effectivement un immeuble, comme on s’attend à en trouver un à cet endroit là, mais il représente un immeuble irréel, déformé, contrariant les lois de la physique. Un peu  comme dans l’oeuvre de Clark Lunberry, le trompe l’oeil explicite la réalité, il y a effectivement un immeuble à cet endroit de la rue, avec des balcons, des balustrades et des fenêtres,  mais il l’explicite de manière détournée, irréelle pour que le spectateurs prennent conscience que même si l’oeuvre représente un immeuble, cela n’en est pas un. Clark Lunberry voulait montrer la réalité des choses qui n’apparaissent pas toujours clairement , Pierre Delavie veut montrer l’inverse, les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent.

Contrairement à d’autres trompes l’oeil, il ne se contente pas de représenter une scène quotidienne ou un objet destinés à faire croire qu’ils sont réels, car ici notre première réaction est que c’est impossible, irréel.

De plus, ce trompe l’œil a lui aussi tendance à créer une émotion, ou plutôt une impression chez la personne qui le regarde. En effet, on se demande si cela est vrai et d’où cela pourrait provenir, comme dans « murmur of the words », l’œuvre crée ce sentiment en nous. On trouve donc un lien surréaliste et l’effet produit est saisissant, l’œuvre nous projette dans une autre dimension et provoque une sensation puissante à la fois d’irréalité et de rêve.

Le trompe l’œil est une pratique assez ancienne, il existe depuis le Ve siècle sous la forme de peintures ou de vitraux essentiellement, c’est l’une des premières formes d’art moderne. Par exemple le plafond de la chapelle Sixtine à Rome, réalisé par Mickel Ange était considéré comme l’un des plus beau trompe l’œil jamais réalisé.

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Mais c’est à partir de 1955 que les trompes l’œil sont vraiment devenus une forme d’art à part entière et très utilisés, ils représentent le début de l’art moderne. On trouve aujourd’hui de grands trompes l’œil modernes très impressionnants comme ce trompe l’oeil réalisé à Londres par Joe Hill en 2011, qui représente un gouffre avec une chute d’eau sur le sol.

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Dans toutes ces œuvres, les artistes cherchent à interpeller les spectateurs pour leur communiquer des sentiments, des émotions. Ces créateurs jouent avec l’illusion du réel ayant pour conséquence d’entraîner le public vers une réflexion personnelle leur permettant d’intégrer ces modifications de la réalité.

 

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Le titre de l’oeuvre est Horse calligram dont l’auteur est Guillaume Apollinaire. Elle est extraite de Calligrammes publié en 1918. Le support est du papier classique ainsi qu’un stylo plume ordinaire. Quant à la taille, nous n’avons aucune information particulière mais nous pouvons supposer que la feuille utilisé est de format A4 voire A3.

Guillaume Apollinaire est un poète et écrivain français du XXe siècle. D’origine polonaise, il ne fut naturalisé Français qu’en 1916 alors qu’il était encore au front. Puis ayant été blessé durant la Première Guerre Mondiale, il est évacué à Paris la même année et se remet à écrire. C’est en 1918 que paraît Calligrammes d’où est extrait cet œuvre. Il décède en 1918 d’une grippe espagnol causée par l’affaiblissement de son corps due à sa blessure de guerre.

Apollinaire est l’initiateur du mouvement surréaliste (c’est même l’inventeur du nom). Le Surréalisme est un mouvement littéraire et culturel, comprenant l’ensemble des procédés de création et d’expression utilisant toutes les forces psychiques (automatisme, rêve, inconscient) libérées du contrôle de la raison et en lutte contre les valeurs reçues. Il repose sur le refus de toutes les constructions logiques de l’esprit et sur les valeurs de l’irrationnel, de l’absurde, du rêve, du désir et de la révolte.
Apollinaire se caractérise par un jeu subtil entre modernité et tradition. C’est ainsi que naît le calligramme qui substitue la linéarité à la simultanéité, et constitue une création poétique visuelle qui unit la singularité du geste d’écriture à la reproductibilité de la page imprimée. C’est une contraction des mots calligraphie et idéogramme et a parfois le surnom de poésie graphique. Apollinaire n’est pas le créateur de ce genre, on le date de l’antiquité par les grecs et notamment Simmias de Rhodes considérée comme le premier à avoir inventé les calligrammes.

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Voici une oeuvre de Simmias de Rhodes intitulé Hacha et qui représente une hache.

J’ai connu l’oeuvre d’Apollinaire par ubuweb mais je connaissais déjà ce procédé qu’est le calligramme par l’école.
J’ai été tout d’abord surpris par ce type de travail car il est original, esthétique et je n’imaginais pas que cela puisse être aussi beau et élégant.

J’ai choisi cette œuvre car elle requiert une grande dextérité et du talent. Il faut non seulement maîtriser l’art de la poésie mais également avoir des notions de dessins, ce qui n’est pas à la portée de n’importe qui. Elle fait travailler notre imagination rien que par la forme de la poésie sans même l’avoir lu.
Cette expérience m’a montré à quel point deux types d’art peuvent se mélanger et créer un nouveau style original et très efficace. D’ailleurs, il est fréquent de voir deux styles se confondre comme la musique et la danse, ou la poésie et la musique.
De cela, je me demande si on peut associer n’importe quel art avec un autre.

Cela m’inspire une autre œuvre datant du 17e siècle : Celestial Alphabet Event de Jacques Gaffarel pour différentes raisons.

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Tout d’abord, elle est également crée à partir de lettres, de l’alphabet hébreu cette fois-ci. Elle ne forme peut être pas une poésie car elle représente un troupeau de lettres concentrées dans un même cercle. Puis, elle a pour but de sublimer la nature puisqu’elle désigne un ciel étoilé suivi de la lune. Dans les deux œuvres, j’ai l’impression qu’on cherche à exprimer le côté apaisant et relaxant de la nature.

Horse Calligram répond à certaines promesses. Elle est en parfaite adéquation avec son titre car elle représente bien un cheval dessiné avec des lettres. Ce style semble être un succès car il est poursuivi par de nombreux artistes (André Breton après Apollinaire par exemple).
En revanche, il y a deux points négatifs. Le premier concerne un sentiment de travail inachevé car seul l’avant du cheval est dessiné. Puis, l’œuvre semble être un peu brouillon de par ses quelques bavures d’encre et les espaces vides de lettres. Cependant, cela était peut être intentionnel de la part de l’auteur qui semblait chercher la simplicité. Je reste donc sur une œuvre belle et originale qui travaille notre imagination mais qui aurait pu être encore améliorer.

 

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