Bojangles of Harlem Fred Astaire

Affiche de la comédie musicale Swing Time

Fred Astaire, chanteur, acteur mais surtout danseur américain star du cinéma et de la comédie musicale des années 30, interprète dans cette vidéo une danse de claquette« Bojangles of Harlem». Celle-ci est extraite de la comédie musicale « Swing Time » (traduit en français par “les ailes de la danse”) réalisé par Georges Stevens en 1936. Cette comédie musicale s’inscrit dans une phase montante du cinéma hollywoodien : celui-ci est devenu un nouveau moyen artistique de s’exprimer et non plus une simple innovation technique. D’ailleurs, La majorité des films datant de cette époque, bien qu’en noir et blanc, sont encore considérés aujourd’hui comme des chef- d’œuvres.

Bojangles of Harlem

http://www.ubu.com/film/astaire_bojangles.html

La danse Bojangles of Harlem est un solo de claquette réalisé par Fred Astaire, où l’on aperçoit le célèbre danseur en avant plan, et plus surprenant, trois grandes ombres humaines noires en arrière-plan projetées sur une toile blanche.  Cette technique « d’effet spécial » assez révolutionnaire pour l’époque va apporter beaucoup plus de profondeur à la prestation, que l’on ne regarde plus du tout comme un solo mais bien comme une chorégraphie à quatre danseurs. L’œil est attiré par l’intégralité de la scène, ainsi l’artiste va utiliser ces ombres dans une sorte de  jeu de rôle dansé. S’il semble au départ ne pas les apercevoir, il finit par les défier, les entrainant dans des pas de claquettes de plus en plus rapides. Les ombres finissent pas abandonner le challenge et « quittent » la scène vaincues,  laissant Fred Astaire seul maître sur scène finir par un solo endiablé.

Il est à noter que cette prestation rencontra une vive polémique à sa sortie car Fred Astaire danse avec le visage maquillé en noir (ce qui était souvent vu à cette période de l’histoire comme une manifestation de racisme.)

Fred Astaire, attired to evoke the dancer Bill Robinson, in the “Bojangles of Harlem” solo sequence of “Swing Time” (1936). (Everett Collection)

Bill Robinson (alias Bojangles) in « The Big Broadcast of 1936 (Everett Collection)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour Fred Astaire cependant, c’était sa façon de valoriser les danseurs de claquettes noirs du début du 19ème, et notamment de rendre hommage à Bill Robinson (nom de scène Bojangles) le plus célèbre, qui a réussi à faire une brillante carrière grâce aux films qu’il a réalisés avec Shirley Temple. Fred Astaire salut donc cette réussite à travers sa prestation.

Si dans un premier temps on perçoit donc le côté festif des claquettes (danseur  tout sourire habillé en veste à pois) on ressent aussi le côté engagé de Fred Astaire qui reprend l’habituel caricature raciste de l’époque (le visage peint en noir) pour célébré la tradition et le talent  de ces danseurs méconnus par des préjugés raciaux.  On remarque aussi de nombreuses références au jazz que cela soit dans la musique ou dans son jeu de scène (posture et mouvements des mains).

Si l’on recherche d’autres œuvres similaires, de nombreux films mettant en scène de la danse et des claquettes ont été réalisé à différentes époques.

==> Dans le film soleil de nuit réalisé par Taylor Hackford en 1986, les claquettes représentent de nouveau un moyen de dénoncer le racisme : un danseur russe doit travailler avec un danseur de claquette noir qui a fui son pays (les Etats Unis) durant la guerre du Vietnam pour se réfugier en URSS. S’enchaine une collaboration entre ces deux acteurs (joués par Mikhail Baryshnikov et  Gregory Hines) ou l’amitié va primer sur les différences raciales, comme le montre cette danse mélange de claquettes et de classique.

==> Le film plus récent(2000) Billy Elliot de Stephen Daldry relie lui claquettes et révolte. Un petit garçon anglais souhaite faire de la danse plutôt que de la boxe comme le voudrait son père. Sa danse représente toute sa peine et sa lutte pour réussir à faire une activité qui lui plait et à s’affranchir des traditions familiales. On peut relier cela à l’interprétation de Fred Astaire : à un moment les ombres essaye de s’affranchir du danseur et se révoltent en ne suivant plus ses pas.  Elles finissent par abandonner et quitter « la scène ».

==> Le film The Artist de Michel Hazanavicius (2010), film en noir et blanc, peut être vu comme un hommage rendu à Fred Astaire et à sa célèbre partenaire de danse Ginger Rogers. Lorsque au final les deux acteurs se lance dans un tap-dance rythmé, on repense presque immédiatement à ce couple de claquette mythique.  Cela ressemble à la partie hommage faite par Fred Astaire à Bill Robinson.

C’est d’ailleurs grâce à ce film que j’ai eu envie d’approfondir l’œuvre de Fred Astaire. Ce qui m’a interpellé c’est la ressemblance entre cette prestation et les danses dansées dans The Artist. J’ai donc été intriguée et ai cherchée l’origine de cette danse pour voir si elle avait été un des sources d’inspiration du réalisateur. De plus je comprends le message que le danseur a voulu faire passer, un message à la fois de respect et d’hommage, mais aussi de révolte et de joie. Fred Astaire semble réellement passionné par ce qu’il fait, on a envie de partager cet art et d’essayer les claquettes.  Il réalise ici pleinement son but : divertir le public en rendant hommage à un autre grand danseur.

De plus les techniques d’ombre semblent une nouveauté pour l’époque, on se demande vraiment comment elles ont été réalisées, et comment le danseur sans les voir arrive à être parfaitement synchronisé avec elles. La technicité de Fred Astaire, sa présence sur scène associé aux effets d’ombre en fond d’écran  représente une approche artistique innovante par rapport à ce qui pouvait être réalisé à l’époque. Ainsi, les danses de Fred Astaire ont rencontré un grand succès, ce qui prouve qu’il a réussi à faire passer une émotion à son public, et à partager son art. Et selon moi l’art, c’est surtout une notion de partage, et de transmission d’émotion.

Sources :

Ubuweb (source de l’oeuvre)

http://www.ubu.com/film/astaire_bojangles.html

Site regroupant des informations sur Swing time

http://hollywoodclassic.hautetfort.com/archive/2012/08/18/sur-les-ailes-de-la-dance-swing-time.html

Article du New York Times: Astaire the Artist, Even in Blackface

http://www.nytimes.com/2011/01/30/arts/dance/30astaire.html?_r=0

 

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