Murmur of the words – Clark Lunberry

http://www.ubu.com/film/lunberry_murmur.htm

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A travers cette vidéo, nous pouvons découvrir l’œuvre que Clark Lunberry et ses élèves ont installé sur un étang en face de la bibliothèque de l’Université de Floride du nord en 2008.

Tout d’abord, voici quelques informations sur Clark Lunberry afin de mieux situer son travail et de comprendre la portée de son œuvre. Clark Lunberry est un professeur de l’Université de Floride du nord dans le département de l’anglais. Au delà de son travail de professeur, il fait des recherches dans le domaine des relations entre les différentes formes d’art ainsi que sur la poésie moderne et l’histoire de l’avant-garde. C’est également un artiste et un poète réputé depuis plusieurs années pour écrire des poèmes dans des environnements singuliers tel que sur l’eau (comme c’est le cas pour l’œuvre étudiée ) ou dans les airs. C’est ce que l’on appelle des installations, ce type d’œuvre met en scène des éléments dynamiques utilisant plusieurs supports et a pour but de proposer une expérience aux spectateurs. Cela relève plus de l’art de la forme. Clark Lunberry a en effet réalisé ce genre d’installations dans de nombreux pays, au Japon, en France ou encore en Angleterre.

Clark Lunberry considère que nous ne faisons pas attention à la vraie signification des mots que nous employons et son but est de nous en faire prendre conscience à travers ses œuvres. En les plaçant dans un contexte particulier pour susciter la curiosité du spectateur mais aussi pour renforcer le sens du poème qui a souvent un rapport avec l’environnement choisi par Clark Lunberry. Cette prise de conscience s’opère aussi grâce au changement du poème au cours du temps et grâce au fait que ces poèmes ne sont que des expressions se réduisant à quelques mots, ce qui donne un portée bien plus importante au sens de ses mots et laisse le temps de réfléchir à chacun d’eux.

Nous allons maintenant étudier l’œuvre « Murmur of the Words ». Clark Lunberry a écrit le poème suivant en grand format (8 pieds sur 8 pieds) à la surface de l’eau:

« Murmur of the words », ce qui signifie « le murmure des mots », et une semaine plus tard, il a modifié ce poème pour écrire « Murmur of the wounds », c’est-à-dire « le murmure des blessures ». De plus l’œuvre contenait également une dimension sonore, par l’intermédiaire de haut-parleurs installés dans le bâtiment devant des baies vitrées de sorte que l’on voit le poème et que l’on entende en même temps les voix de 25 personnes choisies au hasard dans une librairie. Leur voix ont toutes été superposées, ce qui donne l’effet d’un murmure lorsqu’on l’écoute.

Cette œuvre est intéressante car elle fait appel à plusieurs sens en même temps, la vue et l’ouïe. De plus les mots écrits sur l’étang traduisent ce que ressent la personne qui passe devant le poème et qui entend ces voix mélangées, c’est-à-dire un immense murmure. Il est impossible de discerner les phrases prononcées et de comprendre le sens de ce que l’on entend mais parfois des mots ressortent, d’où « le murmure des mots ». Cette expression est plutôt neutre mais elle semble indiquer à la personne qui regarde l’œuvre ce qu’elle doit éprouver. Cela insiste sur le sens des mots du poème, en effet le spectateur lit le murmure des mots et il l’entend en même temps.

Le changement de « words » en « wounds » est particulièrement intéressant. Il peut avoir plusieurs sens, mais selon moi, ce changement vient du fait qu’entendre toutes ces voix, fortes, sans pouvoir comprendre ce qu’elles disent est une sensation oppressante. Et le fait d’écrire « le murmure des blessures », qui est un mot avec une connotation péjorative liée à la souffrance, à la douleur, renforce ce sentiment de malaise. Le son des voix semble s’intensifier et s’accélérer lorsque l’on change de mots. Cela s’inscrit dans la volonté de Clark Lunberry d’insister sur la réelle signification des mots. Il montre ainsi l’influence qu’a la vision du mot dans une certaine situation sur le spectateur. En effet, la dimension sonore n’a pas changé entre les deux phases de l’œuvre, mais rien qu’en employant un mot plutôt qu’un autre, on change la perception qu’a le spectateur de ce son.

Cette œuvre ne se contente pas de provoquer un sentiment chez la personne qui la regarde/écoute, mais en plus elle détermine ce sentiment. Lorsqu’il est écrit « words », on entend seulement un mélange de mots sans comprendre le sens des phrases, alors que quand il est écrit « wounds », on entend un brouhaha inaudible et oppressant, qui crée une sensation plutôt désagréable. Cela montre le pouvoir des mots.

Voici l’une des dernières oeuvres de Clark Lunberry, qui reprend le même principe que l’oeuvre que nous étudions. Elle a été réalisée en 2011, et se situait au même endroit, c’est-à-dire devant les fenetres de la bibliothèque de l’université de Floride du nord. Elle se décompose également en deux parties disjointes dans le temps, mais tend à faire prendre conscience de la portée des mots employés. Au début il écrit  » la sensation de couler » puis dans un deuxième temps  » la sensation de penser ». Alors que la prononciation de ces deux expressions est quasiment la même, leurs sens sont totalement différents, voire opposés. Et la perception que nous avons de notre situation change également entre ces deux phases.

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Je voudrais faire un parallèle entre ces œuvres et l’art de rue moderne, et en particulier les trompes l’œil, d’abord parce qu’ils sont aussi une forme d’art que l’on rencontre dans la rue ou lorsqu’on se déplace au quotidien. C’est-à-dire dans un contexte particulier qui n’est pas celui dans lequel on est confronté habituellement dans notre rapport à l’art. Nous sommes souvent pressés, mais pourtant cette œuvre nous intrigue et nous prenons le temps de l’admirer et d’intégrer son message.

Il y a notamment un trompe l’oeil à Paris, rue George V, que je trouve très impressionnant.

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Il a été réalisé par Pierre Delavie, en 2008, sur une bache destinée à masquer les travaux de l’immeuble en dessous. Il représente une façade d’immeuble totalement déformée avec des ondulations.

Je trouve ce trompe l’oeil intéressant car il resprésente effectivement un immeuble, comme on s’attend à en trouver un à cet endroit là, mais il représente un immeuble irréel, déformé, contrariant les lois de la physique. Un peu  comme dans l’oeuvre de Clark Lunberry, le trompe l’oeil explicite la réalité, il y a effectivement un immeuble à cet endroit de la rue, avec des balcons, des balustrades et des fenêtres,  mais il l’explicite de manière détournée, irréelle pour que le spectateurs prennent conscience que même si l’oeuvre représente un immeuble, cela n’en est pas un. Clark Lunberry voulait montrer la réalité des choses qui n’apparaissent pas toujours clairement , Pierre Delavie veut montrer l’inverse, les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent.

Contrairement à d’autres trompes l’oeil, il ne se contente pas de représenter une scène quotidienne ou un objet destinés à faire croire qu’ils sont réels, car ici notre première réaction est que c’est impossible, irréel.

De plus, ce trompe l’œil a lui aussi tendance à créer une émotion, ou plutôt une impression chez la personne qui le regarde. En effet, on se demande si cela est vrai et d’où cela pourrait provenir, comme dans « murmur of the words », l’œuvre crée ce sentiment en nous. On trouve donc un lien surréaliste et l’effet produit est saisissant, l’œuvre nous projette dans une autre dimension et provoque une sensation puissante à la fois d’irréalité et de rêve.

Le trompe l’œil est une pratique assez ancienne, il existe depuis le Ve siècle sous la forme de peintures ou de vitraux essentiellement, c’est l’une des premières formes d’art moderne. Par exemple le plafond de la chapelle Sixtine à Rome, réalisé par Mickel Ange était considéré comme l’un des plus beau trompe l’œil jamais réalisé.

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Mais c’est à partir de 1955 que les trompes l’œil sont vraiment devenus une forme d’art à part entière et très utilisés, ils représentent le début de l’art moderne. On trouve aujourd’hui de grands trompes l’œil modernes très impressionnants comme ce trompe l’oeil réalisé à Londres par Joe Hill en 2011, qui représente un gouffre avec une chute d’eau sur le sol.

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Dans toutes ces œuvres, les artistes cherchent à interpeller les spectateurs pour leur communiquer des sentiments, des émotions. Ces créateurs jouent avec l’illusion du réel ayant pour conséquence d’entraîner le public vers une réflexion personnelle leur permettant d’intégrer ces modifications de la réalité.

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