Blanche Neige d’Angelin Preljocaj

Inspiré du compte des frères Grimm paru la première fois en 1812 puis repris par Walt Disney en 1937, Blanche-Neige a aussi inspiré Angelin Preljocaj pour créer un nouveau ballet en  2008.
Cette œuvre a été chorégraphiée pour 26 danseurs de la compagnie Preljocaj basée à Aix en Provence depuis 1996.  La première a eu lieu le 25 Septembre 2008 à la Blennale de la danse à Lyon. Les décors de ce spectacle de 1h50 ont été réalisés par Thierry Leproust et les costumes par le créateur Jean Paul Gaultier. Enfin la musique est l’œuvre du compositeur et chef d’orchestre allemand du XIX° siècle Gustav Mahler.

Point de vue personnel

J’ai connu cette œuvre car je suis natif d’Aix en Provence et j’ai eu la chance d’assister à plusieurs spectacles de la compagnie Preljocaj. J’ai particulièrement été marqué par  l’aspect féerique, l’harmonie et les techniques très innovantes de cette œuvre que j’ai découverte en Octobre 2009. Mais par dessus tout, j’ai été littéralement transporté par l’utilisation de la musique de Mahler à travers la danse.
C’était la première fois que j’assistais à un ballet, contemporain de surcroît. J’avais toujours un apriori sur la danse moderne car elle était synonyme pour moi de sujets extrêmement subjectifs, abstraits ce qui me semblait avoir un aspect très désordonné et peu harmonieux.
Mais dès les premiers instants j’ai été plongé dans un univers dont je ne soupçonnais pas la beauté.
Cela m’a inspiré d’abord une reconnaissance du talent des danseurs qui accomplissent des prouesses techniques et physiques, mais aussi pour celui du chorégraphe parvenant à faire d’un simple compte universel vieux de deux siècles, une véritable œuvre d’art médiatrice d’émotions et extrêmement novatrice.
Etant un pianiste passionné aussi par la musique symphonique, j’ai tout particulièrement été touché par la mise en œuvre de la musique de Mahler. Moi même à l’écoute de ses symphonies, je suis très sensible à leur aspect plastique et même parfois narratif. Mahler étant très proche de la nature, il cherchait souvent à en représenter la force. Ces œuvres sont devenues célèbres pour leur orchestration magistrale donnant naissance à une musique d’une puissance jusque là inouïe.

Or Preljolocaj utilise notamment l’Adagietto de la 5ème symphonie pour la scène où le prince charmant découvre Blanche-Neige. A cet instant commencent à résonner les premières harmonies  très aquatiques de la harpe, source de mes premiers frissons. La scène qui s’en suis et d’une grâce immense. Le prince passe par plusieurs états d’âme : le chagrin, le regret, la colère et enfin le désespoir. Preljolocaj parvient à inscrire ces émotions avec génie dans la musique et la danse. Le grand thème du début  transparaît parfaitement avec les mouvements rampants du prince allongeant ainsi encore plus les sonorités déjà très étirées de cette pièce. L’extrême romantisme de cette symphonie est à la hauteur de la passion de cette union. Le prince ne pouvant en faire le deuil, il tente de raviver son amour en l’étreignant ce qui donne lieu à une scène très particulière. Le prince danse avec la dépouille de Blanche-Neige. Or ceci pourrait paraître macabre mais bien au contraire le chorégraphe parvient à donner à la scène une grande délicatesse s’ajoutant à l’époustouflante agilité des danseurs. Cet élan d’obstination est renforcé d’autre part par le grand crescendo menant à un glissando synonyme de désespoir et d’abandon pour le prince. Alors la musique reprend le même thème initial et les premiers signes de vie de Blanche-Neige apparaissent jusqu’à la renaissance de l’amour emportée par un final exalté.

Le choix musical pour cette scène est à mon avis parfait. En effet cet adagietto représente à mes yeux la quintessence du romantisme. Dans un sens c’est une pièce d’une grande tristesse mais elle est à la fois indéniablement sublime. Or dans une situation telle que celle décrite précédemment, on a à la fois le chagrin du prince mais aussi la puissance de l’amour qui résonne dans la musique.

Liens vers d’autres oeuvres

Cette situation me rappelle la dernière scène du film de Luchino Visconti : Mort à Venise sorti en 1971 et qui utilise le même adagietto. Ce long métrage est le récit d’un séjour à Venise du compositeur allemand Gustav Von Aschenbach (inspiré de Mahler) à la Belle Epoque c’est-à-dire en 1911. Lors de sa villégiature, il rencontre un jeune adolescent polonais qui apparaît à ces yeux comme l’incarnation de la beauté divine qu’il a toujours recherché à exprimer dans ses œuvres. Or cette découverte ne va que renforcer le mal-être de l’artiste en manque d’inspiration, arrivé à un âge mûr et à qui la jeunesse immaculée de ce jeune homme fait prendre conscience du temps qui passe. Ce désir inaccessible s’avère devenir le testament du créateur, comme un lent voyage initiatique vers la mort. En effet lors de la scène finale Aschenbach observe une dernière fois son idéal mais dans son impureté et sa vieillesse il est incapable de rejoindre un tel spectacle et succombe sur la plage de son hôtel.
L’adagietto de Mahler qui accompagne cette scène et qui est inscrit tout au long du film, ne fait qu’en amplifier la dimension tragique. Mais alors que le cadavre de l’artiste est transporté, on ressent encore   par cette lenteur glaciale, que  ce dernier est envahi par la Beauté. La musique accompagne cette procession idyllique comme si le protagoniste même dans la mort, demeurait obsédé par la grâce de l’adolescent. C’est le même sentiment de bonheur dans la souffrance et la mort que j’ai ressenti dans la scène du ballet de Preljocaj.

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