Different Trains, Part 2 : « Europe, During the war » ; Steve Reich ;

Description de l’oeuvre : 

     En fond : des sirènes identiques à celles utilisées en Europe pendant les bombardements (à Londres par exemple) tournent en boucle à un rythme régulier pendant toute l’œuvre. Au premier plan un quatuor à corde joue, accompagné d’enregistrements de voix obtenus en entretiens avec plusieurs déportés. La composition pour le quartet « suit » d’une certaine façon les enregistrements de voix. Donc au contraire il serait plus intéressant de dire que les enregistrements de voix sont accompagnés par le quartet de violon, qui traduit dans le langage musical l’émotion et la tension naturelle dégagé par la voix humaine. Les violons suivent le ton, l’intonation, le rythme de la personne qui parle ; plusieurs personnes parlant, et chaque phrase étant coupé et parfois tronqué et répété. De fait, cela induit une grande diversité de rythme et de tonalité, de phrases qui s’entrecoupent et s’entrechoquent. Vers la fin de l’oeuvre, il y a apparition d’enregistrements de trains renforçant le caractère dirigé de l’oeuvre : une évolution partant d’une naissance, un développement. 

La tension et la force des mots jouent un rôle moteur dans la tension émotionnelle que communique l’œuvre : on remarque une accélération du rythme continue qui rappelle une course effrénée jusqu’à l’apogée, où le calme revient, malgré que le sens des mots soit le plus choquant: « flames going up in the sky ». On peut interpréter ce « calme » non pas comme un apaisement mais plutôt comme un abattement, une fatalité, la parole nue est alors le véhicule principal de l’émotion et non plus les violons qui occupaient pour la majeur partie de l’œuvre l’espace sonore.

 Steve Reich et le mouvement minimaliste :

     Steve Reich est un compositeur américain. Il est né en 1936 à New York. Il est considéré comme l’un des pères fondateurs du minimalisme, qui comprends entre autre les compositeurs Terry Ryley et Philip Glass. Terry Riley a étudié au Shasta College, à l’Université de San Francisco et au conservatoire de San Francisco avant de remporter, en 1961, un « Master of Art » à l’Université de Berkeley. On trouve parmi ses compositions les oeuvres suivantes : In C, Music for the Balls, Requiem for Adam.  Erik Satie, compositeur et pianistre français né en 1866, un des théoriciens et précurseurs du minimalisme a résumé en une phrase la visée du minimalisme : le « dépassement extatique du temps dans la répétition, dans l’obsession contemplative du même ».

     En quelques mots, Erik Satie voit dans la répétition d’un même motif (harmonique, rythmique et mélodique) la création chez l’auditeur d’un état contemplatif proche de la transe du fait que la perfection de la répétition d’un motif simple remplace l’imperfection du changement : la répétition crée un sentiment d’infini et de pureté chez l’auditeur. Sans doute que cette visée serait confortée par la théorie Kantienne du sublime : sentiment qu’il décrit comme étant différent du beau, que l’être humain ressent lorsqu’il est confronté à l’infini et qui le renvoit à sa propre finitude et condition insignifiante. L’homme est par essence fini et mortel, ce qui lui ait rappelé lorsqu’il est mis en présence de ce qui est infini. Si l’on met en parallèle ces deux théories on peut comprendre alors que la recherche faite par le minimalisme tends à faire ressentir à travers la musique ce que l’on ressentirait par exemple devant un ciel étoilé : le dépassement de la condition humaine à travers l’observation de l’infini parfait et pur. (Pur ici dans le sens ou le motif harmonique & mélodique utilisé est souvent très simple). 

La musique minimaliste est née dans les années 60, quand les cultures asiatiques et orientales ont commencé à influencer et intéresser l’occident. En effet, elle s’est beaucoup inspiré de la musique traditionnelle africaine, et des pratiques spirituelles asiatiques (yoga et mantra) utilisant aussi des sons répétitifs pour trouver une spiritualité. Cette spiritualité peut d’une certaine manière naître de cette conscience de mort qui naît à travers la confrontation à l’infini.

Mise en lien avec d’autres oeuvres 

Il est évident que l’on peut relier cette œuvre avec d’autres œuvres issu du même courant, les codes étant les mêmes. Pour moi cependant, il était plus intéressant d’essayer de faire un lien avec un groupe que je connais bien : Pink Floyd. Pink Floyd est un groupe de rock qui a fait ses débuts dans les années 1967-1968, il s’inscrit tout d’abord dans le courant psychédélique pour ensuite évoluer vers le rock progressif.

Ce qui m’a frappé après avoir écouté plusieurs œuvres minimalistes, c’est que je retrouvais plusieurs codes présents dans certain morceaux de Pink Floyd, bien évidemment pas tous. Bien sur le caractère répétitif n’est pas aussi développé mais « l’obsession contemplative » est très présente. On peut dire quelle s’exprime sous une forme un peu différente avec la recherche de nouvelles sonorités qui ne sont pas présentes chez Steve Reich, mais la proximité est tout de même assez frappante. Elle est frappante de part cette impression d’infini qui naît des sonorités utilisés, mais aussi de l’impression de transe et d’improvisation musicale que donne la musique de Pink Floyd. Le groupe à été dans la recherche de ce sentiment d’infinitude jusqu’à ses oeuvres plus tardives (Après 1973) où il s’est orienté sous la direction de Roger Waters vers un style légèrement différent et plus « simple ».

      Pink Floyd ne s’est jamais revendiqué du courant minimaliste, pourtant il se peut que l’explication du fait que mon ressentit de ces œuvres soit proche soit lié au fait que le contexte dans lequel elles ont étés écrites soit le même. En effet le mouvement Hippie et psychédélique dans lequel Pink Floyd s’inscrit à ses débuts, a fortement été influencé par les pratiques spirituelles orientales. Il est donc compréhensible que d’un point de vue musical, ces œuvres aient des points communs.

Pour en citer quelques unes :

  • Nick’s Boogie. (1967)

  • Careful with that axe, Eugene (1967)

Caractère répétitif à la basse, malgré une montée en tension.

  • Set the controls for the heart of the sun (1968)

Ici le caractère répétitif est imprimé par les percussions rappelant la musique traditionnelle africaine.

  •  Echoes

Enfin ce morceau de 23 minutes paru sur l’album Meddle. Je l’ajoute bien qu’il y ait un caractère répétitif très limité à cette oeuvre, car la partie centrale de l’oeuvre représente parfaitement ce que je voulais dire par la recherche de « l’obsession contemplative » que je rencontre chez Pink Floyd.

Merci d’avoir lu cette brève analyse personnelle de l’oeuvre de Reich, et j’espère vous avoir fait découvrir l’univers musical profond qu’est Pink Floyd.

4 commentaires
  1. christofgarnier a dit:

    Attention la création du groupe Pink Floyd remonte à 1964, le leader était Syd Barret, qui à beaucoup influencer le coté psychédélique du début du groupe. Ensuite il a été remplacé petit à petit par David Gilmour, à partir de l’album A Saucerful of Secrets. Roger Water a pris le leadership des Floyd. Mais il basculé vers un coté rock petit à petit. Rongé par les traumatismes de la disparition de son père pendant la 2ème guerre mondiale, il a écrit ce qui reste son œuvre principale, The Wall en 1979. Paru en 1981, The Final Cut devait être la bande son du film The Wall, présenté à Cannes. Mais cette dérive trop punk a créer une coupure dans le groupe et Water part seul. Gilmour, Wright et Masson continue l’aventure Pink Floyd.

    L’univers des Floyds est vraiment à saisir dans des albums comme Meddle, Wish you were here ou encore Dark Side of the moon.

    • ofitzpat a dit:

      En effet, merci pour ces précisions concernant l’histoire de Pink Floyd. Pour apporter une petite précision : La période précédant Saucerful of Secrets (pour schématiser) s’inscrit dans le psychédélisme sous l’influence de Syd Barret. A consulter pour cette période là : A Tree full of secrets Compilation de face B et improvisations. On note aussi la participation au cours métrage : »The Commitee » et aussi bien sur « The Pink Floyd Anthology » qui collectionne des vidéos très rares du groupe depuis le début (Première expérimentations du groupe dans la maison de Syd, prises de drogues psychédéliques) et les apparitions du groupes dans le club UFO (club underground berceau de la musique psychédélique anglaise).
      Ensuite on a une période plus proche du rock progressif (toujours en étant à la pointe de la technologie musicale) avec Atom heart mother Meddle (periode de transition avec Saucerful et Ummagumma ou la composition est divisée entre les membres du groupe, voeu initial de Syd) et enfin le domination Waters à partir de The Dark Side of The Moon). Bien entendu tout ceci est très schématique et à creuser.
      C’était tout simplement pour dire ceci : à ma sensibilité l’univers Pink Floyd est multiple et pour se faire une idée il faut tout écouter ! L’emprunte de leurs débuts s’entend même à la fin. Tout simplement parce que ce sont les mêmes personnes qui ont évolués et donc leur musique à évolué avec elles. Et une fois l’oreille éduquée on apprécie vraiment leurs débuts psychédéliques. D’autres groupes comme King Crimson, The Soft Machine, The Doors, on aussi poursuivis sur cette voie plus métaphysique que musicale.
      Je regrette simplement la souffrance vécue par Syd Barrett, si elle avait pu être évitée! J’aurais voulu pouvoir écouter plus de compositions de sa part, et surtout voir comment il aurait évolué musicalement avec le temps. Un brillant embryon avorté. Dommage ! Bonne écoute à vous !

  2. red fox a dit:

    Merci pour cet article ! Si je peux me permettre juste de rectifier une erreur : on dit un quatuor à cordes et il est composé de 2 violons, un alto et un violoncelle et non un quartet de violons…

  3. Garance a dit:

    merci pour cette article 🙂 ça m’a beaucoup aidé pour les liens à faire avec l’oeuvre générale !

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