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Archives Mensuelles: décembre 2012

« Qui est l’autre? »

(Colas Prodhomme, Luc Betreloot)

Introduction et consignes

Lors de notre premier cours, nous avons abordé, avec M. Métais, le sujet des installations artistiques. A l’issue de cette séance, il nous a proposé le projet de concevoir, modéliser et présenter notre propre installation. L’idée directrice était de prendre deux visiteurs (se connaissant ou non) et de leur offrir une visite dont l’enchaînement spatial et temporel ferait vivre une « histoire », une expérience évoluant d’un état A à un état B. Cette tâche devait être réalisée à l’aide de dispositifs disséminés tout au long du parcours afin d’offrir des possibilités d’interactions entre les visiteurs. Sur cette base, libre à nous de choisir notre propre « histoire », nos propres dispositifs et notre propre concept.
Le projet devait se dérouler en trois temps :
Étude préliminaire de l’installation en elle-même, c’est à dire recherche des idées, des concepts, etc.
Modélisation de l’installation sur le logiciel Google Sketchup pour en créer une maquette en 3D comprenant les différentes pièces mais aussi les dispositifs et autres objets à visée esthétique.
Création d’une vidéo de présentation de notre projet, à l’aide de notre maquette et de toutes les ressources que nous jugerions bon d’ajouter (sonores, visuelles…). La vidéo devait se suffire à elle même et faire sens sans aucune explication extérieure.

Le concept de l’installation et sa réalisation.

Les interactions entre deux personnes passent principalement par l’explicite. Ainsi, deux sujets se connaissant peu se voient obligés de formuler complètement leur pensée pour être bien compris, de vérifier constamment si leurs actes ou leur conduite ne heurtent pas l’autre, etc. On constate cependant que dans un couple de personnes proches – qu’il soit amoureux, amical, familial… – il est de moins en moins utile d’être explicite dans la communication. A force de se côtoyer, à force de parler et de vivre des choses ensemble, deux personnes acquièrent en effet des « repères » quant à l’autre : on devient capable de prévoir les réactions de son meilleur ami, on sait quels films son amant aimera ou n’aimera pas, on comprend le sens de la pensée de son frère avant même qu’il n’ait fini de la formuler clairement (ou sans même qu’il n’en ait besoin!).
Partant de cette constatation, nous avons pensé qu’il serait intéressant de mettre en place une expérience visant à briser, à l’intérieur d’un couple, cette intimité, ces repères sur lesquels il se base, et en avons fait le sujet de notre installation « Qui est l’autre ? ».
L’idée de base est la suivante : confronter au fil du parcours les membres d’un couple à des interactions d’abord fortes (c’est à dire offrant des contacts étroits, intimes : collaboration, dialogue…) puis de plus en plus faibles et décalées (jeux compétitifs complexes, dispositifs de communication « piégés »). L’idée est d’utiliser les dispositifs pour brouiller leurs repères, d’introduire de l’incompréhension, des réactions incongrues ou encore des sentiments de trahison et de frustration pour générer une désynchronisation du couple. Nous avons ainsi retenu 7 dispositifs, répartis en 7 salles :

1. Le jeu collaboratif. Les visiteurs sont amenés à jouer à un jeu collaboratif à travers lequel ils peuvent communiquer « explicitement » (par signes). Le but est de souligner et amplifier la proximité des binômes, de les mettre en confiance dans une situation de connivence. Il s’agit aussi d’offrir une première impression amusante et facile de la visite, en contraste avec ce qui suivra.

2. La table tactile. Les binômes sont amenés à se toucher via une table tactile, diffusant une ambiance douce lors du contact. Encore une fois, il s’agit de cultiver la proximité et l’intimité, mais en introduisant une distance : la communication « explicite » n’est plus possible.

3. La visioconférence. Les binômes sont invités à se voir par visioconférence, mais un algorithme caché vient – totalement au hasard – augmenter ou réduire la vitesse du flux vidéo sur l’un des deux écrans (voire les deux), ainsi que dégrader l’image. L’objectif est double : dégrader la communication et donner une sensation de perte de contrôle, due au caractère imprévisible des perturbations.

4. Le chat paraphasique. Les visiteurs sont amenés à chatter, mais un nouvel algorithme vient cette fois remplacer des mots par d’autres dans le dialogue. Ces remplacements sont pensés de manière à générer des phrases grammaticalement correctes, mais insensées. Cette fois, l’incompréhension est quasi totale, mais paraît, en plus, intentionnelle. On développe un sentiment de trahison au sein du binôme, qui n’a plus l’impression de pouvoir deviner les réactions de l’autre aussi facilement et ne le reconnaît plus…

5. Le faux choix. Chaque participant possède un écran et un jeu de trois boutons qui permettent de contrôler ce qui est affiché sur l’écran du partenaire. Cependant, le choix est faussé : en vérité, chaque bouton génère l’effet inverse de ce qu’il annonce. Cette fois, la perte des repères est très forte, car ces choix n’ont plus vraiment à voir avec les goûts et habitudes du binôme mais lui sont tout de même imputés. De même, l’idée d’intentionnalité est toujours très fortement présente : cette fois, la complicité des binômes chute fortement.

6. Le jeu frustrant. A nouveau, les joueurs s’affrontent mais dans un jeu qui, cette fois, est compétitif. Or les consoles sont programmées pour rendre le jeu très difficile, bourré de bugs et de handicaps. Le but principal est de créer une intense frustration, et de la canaliser contre le rival, qui n’est autre que l’autre membre du binôme. Cette fois, l’opposition directe balaie totalement toute intimité et toute connivence entre les deux visiteurs.

7. Les retrouvailles. Pour quitter l’installation, les binômes doivent attendre la fin d’un timer dans une seule pièce totalement vide. L’objectif est de les pousser à renouer le contact et à échanger sur ce qu’ils viennent de vivre, sur ce qu’ils ont ressentis… Il est question de les mettre en face des sentiments vécus par leur partenaire mais aussi face à leurs propres sentiments.

Outre les dispositifs en eux mêmes, l’architecture a aussi été mise à contribution dans l’installation. Le design des couloirs et des pièces permet d’une part de s’assurer que les visiteurs restent toujours le plus éloigné possible l’un de l’autre (pour éviter des interactions « illégales » à travers les murs) et d’autre part de souligner le « dégradé » dans l’intensité des interactions. Les premières pièces, offrant des interactions fortes, présentent ainsi des tons chauds et vivants alors que les suivantes deviennent petit à petit ternes, froides et tristes. Du reste, le contenu de l’installation est volontairement minimal (peu de décorations ou d’objets n’appartenant pas aux dispositifs) dans le but de concentrer toute l’attention des participants sur les dispositifs eux-mêmes et de les recentrer non pas sur ce qui se déroule autours d’eux, mais sur ce qui se déroule en eux.

La vidéo de présentation de l’installation.

Il apparaît qu’une telle vidéo de présentation peut être s’entendre de deux façons différentes. D’un côté, on peut envisager l’aspect purement explicatif, n’ayant pas pour objectif de faire vivre l’expérience à celui qui la regarde mais bien de lui en présenter tous les dessous. D’un autre côté, on peut réaliser une « visite virtuelle », c’est à dire une vidéo qui plonge celui qui la regarde dans l’installation elle même pour la lui faire vivre. Ces deux approches radicalement différentes peuvent totalement changer le point de vue sur l’expérience : là où la vidéo explicative insistera plus sur le concept et sur un aspect quasi « scientifique », la visite virtuelle – elle – insistera plus sur le côté artistique et fera planer un certain « mystère » quant à son objectif, mystère pouvant amener le spectateur à se questionner. D’un côté l’installation (et la vidéo) paraît documentaire, de l’autre elle paraît libre de réflexion.

Plutôt que de trancher, nous avons estimé ces deux points de vue comme aussi passionnants l’un que l’autre, et avons conçu notre vidéo de manière à les croiser. Pour rendre l’aspect « visite virtuelle », nous avons filmé dans la maquette 3D un parcours du point de vue des deux participants à la fois. Pour rendre l’aspect documentaire, nous avons coupé la visite à intervalles réguliers pour introduire des scènes plus imagées et textuelles, expliquant dans le détail les dispositifs et leurs buts.
Dans tous les cas nous avons estimé que le spectateur devait parfaitement saisir la dimension linéaire de l’installation et l’importance des enchaînements temporels : à nouveau, la vue « première personne » nous a été très utile pour rendre compte de cela, car elle « oblige » bien le spectateur à suivre l’installation dans l’ordre prévu pour la visite, et permet de montrer sans ellipses ni montages l’enchaînement des pièces et des dispositifs dans le temps et l’espace (même si ce parti-pris augmente sensiblement la durée de la vidéo). Pour insister sur l’importance du découpage et de l’évolution des dispositifs, nous avons aussi décidé d’introduire chacun d’entre eux par une séquence de titre bien visible.

Le principal intérêt de cette vidéo était de pouvoir suivre la création d’une telle installation de A à Z, et de vivre pleinement le processus artistique : la créativité sans bornes lors des étapes de réflexion, les retours à la réalité forcés au moment de réfléchir aux moyens à employer pour les concrétiser, la réflexion sur le meilleur axe de présentation à choisir pour la vidéo…
Le seul point négatif a été sur le travail final réclamé. Notre vidéo a en effet été considérée par les autres étudiants comme trop longue, trop « explicative » et ne laissant pas assez de place à la « magie du mystère artistique ». Il ne faut pas perdre de vue que ce n’est pas la vidéo l’objet artistique mais bien l’œuvre qu’elle présente, et qu’exposer les « dessous » de notre réflexion répondait pleinement à la consigne de départ. De plus, la vision de l’artiste et ce qu’il a voulu transmettre via son travail nous paraissent tout aussi intéressants que ce que le visiteur a réellement ressenti lors de sa visite ! Mieux, la mise en évidence d’un décalage possible entre l’intention de l’artiste et le ressenti de son public, est à lui seul source possible de multiples analyses et réflexions. Il était donc important de ne pas négliger la présentation de notre travail de conception et de réflexion en lui même…

Consignes

Dans le cadre du thème Amour Augmenté_Dramaturgie , nous avons dû réaliser durant l’atelier avec Fabrice Métais une installation sur le logiciel de modélisation 3D Sketch Up. Dans cette installation, deux personnages suivent deux parcours, pas nécessairement distincts, et des interactions doivent survenir, de manière synchrone (ex : talkie-walkie) ou asynchrone (ex : message enregistré puis diffusé plus tard à l’autre personnage). A l’aide d’animations, nous avons ensuite réalisé deux films synchronisés qu’il a fallu à la fin réunir en un fichier vidéo autonome où les parcours des deux personnages sont mis l’un à côté de l’autre. Nous avons ainsi construit une histoire.

Notre production et les explications de nos choix

Notre installation s’appelle « Distance ». Constituée de deux étages, elle se fait à la première personne : l’étage du dessus est parcouru par le personnage A, l’étage du dessous, par le personnage B. Ayant eu de nombreuses idées pour les différentes salles, nous avons décidé de réaliser les parcours selon des salles thématiques : dans celles-ci, les personnages sont immergés dans différents aspects de la vie réelle, notamment le caractère social. Le personnage A traverse des salles dans lesquelles il sera dans un décor plus convivial, plus agréable que le personnage B dont le parcours est majoritairement peu éclairé et au cours duquel il prendra conscience des conditions précaires de la vie. La distance séparant les personnages, mais avant tout le décalage entre les parcours effectués justifient le titre de notre installation.

En ce qui concerne les différentes interactions, l’utilisation de textures transparentes nous a été utile, par exemple, lors d’une interaction commune nécessitant que les deux personnages puissent se voir. Les vitres teintées d’un seul côté nous également permis de traiter la notion de pouvoir, de sentiment de supériorité en ce qu’elles permettent à un personnage de voir ce que l’autre fait sans que ce dernier le sache.

Nicholas MirzoeffThe Right To Look - Counterhistory of VisualityCette notion de supériorité associée à la vue a été développé par Nicholas MIRZOEFF dans son œuvre The Right to Look : A Counterhistory of Visuality. Il y est notamment expliqué comment les généraux de guerre pouvaient, durant l’ère napoléonienne, visualiser des champs de batailles sur lesquels ils n’étaient pas présents, toujours en réfèrence à l’idée d’être omniscient, capable de tout voir grâce à une certaine hauteur.

Frantz FanonF. Fanon - Les damnés de la terreDans un contexte colonial, Frantz FANON (1925-1961) reprend cette idée dans Les Damnés de la Terre, avec une idée concrète : la relation dominant-dominé entre colonisateur et colonisé. On peut aisément s’imaginer l’image d’un contremaître contrôlant en hauteur les colonisés au travail dans les champs et c’est contre cette situation que l’auteur des Damnés de la Terre à consacrer la plus grande partie de son œuvre.


La notion de décision apparaît dès le début de l’installation dans le choix du parcours à effectuer, mais aussi dans une salle à température basse : le personnage A aura notamment le choix d’augmenter la température dans laquelle il se trouve au détriment du personnage B qui aura d’autant plus froid.

Les difficultés rencontrées

Des difficultés sont apparues au cours de la réalisation de ce projet, en particulier le jeu de la caméra : il a fallu placer des scènes principales, puis intermédiaires de façon à ce que les personnages ne paraissent pas traverser le décor. Outre les subtilités techniques telles que l’incorporation des photos sur les écrans ou encore l’attention à porter sur les détails des différents objets importés depuis la banque de données, la plus grande difficulté a été de synchroniser le mieux possible les deux vidéos en tant que production finale.

Bilan personnel

Ce projet a été très intéressant de par la possibilité de laisser libre cours à notre imagination pour raconter une histoire, selon l’agencement des salles et ce qu’elles contiennent. Cette installation nous a également permis de prendre en main le logiciel SketchUp. Néanmoins, la très courte durée de réalisation du projet ne nous a pas permis de faire autant de choses que nous le souhaitions. Il aurait été grandement préférable de raconter une histoire avec un seul personnage, et éventuellement d’autres personnages déjà présents dans l’installation avec qui des interactions auraient été possibles.

Lors des séances avec Fabrice Métais, nous avons réalisé une installation qui avait pour but de mettre en avant la technique et le rapport à autrui (œuvre relationnelle). Composée de plusieurs dispositifs, l’installation devait faire naître chez les personnes la parcourant différents sentiments comme le désir, la jalousie ou l’amour. Placés dans un parcours différent, les visiteurs rencontrent des dispositifs techniques pour interagir entre eux. Cette installation peut se percevoir de deux façons : la vivre de l’intérieur ou l’observer de l’extérieur.
Dans un premier temps, nous expliquerons le concept de notre installation, puis nous verrons en quoi les dispositifs desservent le concept pour enfin faire une rétrospective de ce projet.

 

Dans un premier temps, mon binôme et moi avons cherché un thème, une idée directrice pour notre future installation : d’emblée, l’idée de la relation au sein du couple nous est venue. En effet, le couple est une source de nombreux sentiments ce qui est pertinent dans le cadre d’une œuvre relationnelle. La trame de cette expérience serait donc l’amour, en se basant sur le principe que les deux visiteurs soient en couple. Ainsi un parcours aurait pour thème « Amour éternel » où le visiteur serait conforté dans son amour, tandis que l’autre parcours serait intitulé « Amour en danger », où le visiteur aurait des doutes sur la personne qu’il aime. Nous avons donc pensé à deux parcours asymétriques se basant sur un ensemble de quiproquos. En effet, nous avons imaginé que chaque personne dans son parcours respectif vivrait une expérience unique, tout en pensant que l’autre serait en train de vivre la même chose, alors qu’en réalité, l’autre ressent et expérimente l’exact opposé. Cette installation aurait donc comme finalité de prendre conscience que l’humain n’est pas omniscient, l’incompréhension dans les relations avec les autres, mais surtout au sein du couple, est due souvent au fait que l’on ne sait pas ce que vit l’autre réellement, ce que pense l’autre. Ainsi, à travers la suite de questions, d’expériences et de sentiments vécus, chaque personne remet en cause les fondements de son amour et sa perception de l’autre ; c’est pourquoi nous avons choisi notre titre « l’Amour et l’Autre » et que la question à la fin de notre parcours « Connaît-on vraiment l’autre ? » permet au public de s’interroger autour du sens que l’on a donné à notre installation.
Une interaction finale permet alors un échange sur les deux expériences vécues ainsi qu’une prise de conscience : la perception est subjective et diffère de la réalité. L’installation se poursuit finalement même au-delà des parcours, les personnes continuant à échanger sur ce qu’elles ont vécu. Ce concept a été formulé sous forme d’un PowerPoint pour clarifier les idées et afin de pouvoir passer à la réalisation technique du projet.

 

Une fois l’idée précisée, il a fallu mettre en place différents dispositifs pour transmettre au mieux notre concept. Nous avons modélisé notre installation sur Google Sketchup, en créant deux parcours symétriques, le tout formant un cœur qui est le symbole de l’amour. Mais ce choix architectural vient aussi illustrer le concept de l’installation. En effet, les deux membres du couple entrent dans leur parcours respectif par la pointe du cœur : ils sont proches géographiquement, ils suivent la même direction : cela traduit l’idée qu’ils entrent au départ à « égalité », sans aucune séparation en pensant qu’ils vont vivre des expériences similaires. Cependant, dès le passage de l’entrée, chaque « branche » du cœur commence par s’éloigner montrant ainsi la séparation conceptuelle des deux parcours et la séparation des deux êtres synonyme de discorde et d’incompréhension. Enfin, les deux branches se rejoignent au moment où les visiteurs commencent à prendre conscience de la réalité de l’autre. La sortie du parcours rapproche très fortement les deux êtres ce qui est propice à l’échange des deux expériences antagonistes vécues. Par ailleurs, nous avons opté pour un parcours où les murs sont en quinconces. Les quinconces permettaient au visiteur de ne pas percevoir l’atelier suivant avant d’y parvenir (sans avoir recours aux portes qui nous semblaient cloisonner l’espace), ce qui contribue au suspens des parcours. L’autre avantage, c’est que les quinconces offraient des couloirs naturellement. Ceux-ci permettent d’enrichir l’œuvre en favorisant l’atmosphère (musique, décors) ce qui contribue à plonger le sujet dans l’univers proposé. Une fois, l’architecture conçue nous y avons ajouté des dispositifs techniques. Ces derniers ont pour but de susciter des émotions, pour cela nous avons souvent utilisé des moyens techniques qui relèvent du truchement (exemple : l’atelier 4 où la déclaration d’amour devient les cris d’une personne en danger), du suspens et des surprises (exemple : l’atelier 5 où les objets à toucher ne sont pas visibles et dont les textures peuvent être surprenantes) et qui provoquent des chocs émotionnels (par exemple le premier atelier où l’on voit la personne aimée nous tromper ou au contraire cette dernière est magnifiée). Nous avons tenté d’utiliser divers sens (le toucher, l’ouïe, la vue) qui sont des paramètres importants dans la relation amoureuse. Ainsi, chaque dispositif technique a pour but de susciter divers sentiments chez le sujet ce qui répond à la consigne de l’œuvre relationnelle. D’autre part, nous avons voulu rythmer notre parcours par des questions communes à chaque membre du couple pour qu’ils puissent comprendre le fil conducteur de notre installation et se remettre en question tout en les laissant interpréter à leur manière. Enfin, sur Google Sketchup nous avons terminé par concevoir la décoration qui est fortement mise en évidence et contribue à aider le sujet à s’imprégner de l’univers et à amplifier ses émotions. Ainsi, nous avons créé deux ambiances radicalement différentes entre les deux parcours : dans le parcours « Amour éternel », nous avons voulu créer une ambiance plutôt romantique et agréable tandis que dans l’autre parcours, l’ambiance créée était plutôt angoissante : nous avons utilisé pour cela des peintures surréalistes par exemple. Il est vrai que le courant surréaliste qui a pour principe de se libérer de la logique de l’esprit se tourne vers l’inconscient, le rêve, les automatismes et peuvent facilement troubler l’esprit. Le modèle 3D étant réalisé, nous avons extrait de ce modèle des séquences vidéo représentant ce que les visiteurs verraient au cours de leur parcours. A partir de ces séquences, nous avons monté un film de notre projet où nous avons essayé de rendre au mieux notre concept de départ; pour cela nous avons ajouté des commentaires, des sons…Pour ce film, nous avons opté pour des explications assez brèves. Le but était d’en donner autant (sauf parfois plus quand cela était nécessaire à la compréhension du film) que si le public parcourait l’œuvre qui existerait réellement. Ainsi, nous avons ni évoqué les sentiments que l’on avait imaginé, ni donné des détails techniques mais nous avons juste expliqué l’œuvre pour qu’elle soit compréhensible et on a donné au sujet des pistes de réflexion. Cela avait pour but de laisser l’imagination au public et de lui permettre de s’approprier l’œuvre à sa manière. Enfin, nous avons réalisé un montage audio qui différait d’une oreillette à l’autre de telle sorte que le sujet puisse choisir de parcourir : le parcours de la fille ou du garçon. Ainsi, les divers choix proposés ont desservi le concept et doivent susciter chez le sujet des sentiments relatifs à celui-ci tels que : la jalousie, le désir, la déception, le doute, le contentement, la frustration, la sensation agréable/désagréable, la peur, le danger…Cette installation a donc exigé diverses étapes de réalisation dont nous pouvons tirer certaines conclusions.

 
Nous finirons par faire une rétrospection de ce projet. Ainsi, nous allons d’abord expliquer nos difficultés. Il nous a été difficile de travailler ensemble pour cause de soucis de disponibilité c’est pourquoi nous avons utilisé des outils informatiques de travail collaboratif via internet. Mais cela n’était pas évident, car il risque tout de même d’avoir des incompréhensions de la part de l’autre, de plus les soucis techniques sont plus lents à résoudre lorsque l’on doit se débrouiller seul. Le projet qui nous a été proposé, notre méthode de travail et nos difficultés ont suscité de la part de toutes les deux des conclusions communes. Globalement, ce projet nous a apporté beaucoup. D’une part, nous étions totalement néophytes en termes de création d’installation artistique. Cette création était donc intéressante ; de même le fait de produire une œuvre relationnelle nous pousse à la réflexion sur les rapports à autrui et l’influence des moyens employés pour créer une interaction entre deux personnes. Réaliser sa propre installation nous a également apporté de nouvelles connaissances techniques et pratiques: nous ne connaissions pas Google Sketch up et avons donc pu nous familiariser avec ce logiciel qui a de grandes possibilités en termes de modélisation, mais qui ne nous semblait pas très ergonomique. De même, pour monter la vidéo nous avons utilisé Adobe Première que l’on découvrait également et qui s’avère très puissant dans son domaine. Seulement, découvrir de nouveaux logiciels prend du temps, et c’est peut être cela qui nous a manqué pour mener parfaitement à bien notre projet quoique qu’on soit plutôt satisfaites du résultat. D’autre part, nous avons apprécié découvrir les différentes étapes de réalisation des autres étudiants ainsi que leur réalisation finale: il y avait de très bonnes idées et des beaux travaux. Voir le projet des autres permet de prendre du recul par rapport à son propre travail et de voir les points à améliorer ; cela renforce notre esprit critique et permet de mieux savoir évaluer notre travail et celui des autres. Grâce à ce recul, nous pensons que notre vidéo aurait pu être plus intéressante et aurait davantage desservi notre concept si on avait mieux expliqué et scandé chaque étape de notre parcours, et si on avait également plus développé l’idée que notre installation se poursuit au-delà du parcours dans notre vidéo. Cette expérience a donc été très riche malgré certaines difficultés.

 

En conclusion, cette œuvre relationnelle a été construite autour d’un concept qui est le rapport à l’autre dans le couple ainsi que la difficulté à connaître l’autre et sa réalité. Il a donc été nécessaire de trouver des moyens techniques afin d’illustrer au mieux cette idée. On a pu ainsi comprendre comme la technique peut être constitutive des rapports à l’autre. De cette expérience résulte un apprentissage de la technique et une ouverture sur l’art qui nous a plu. Suivant une formation d’ingénieur, ce projet nous a permis d’avoir une approche sur les types de métier que peut avoir l’ingénieur dans l’art et de le pratiquer en partie. Dans tous les cas, il nous a permis de s’initier à diverses tâches nécessaires à notre futur métier telles que : savoir gérer des situations délicates (travail à distance, problèmes techniques…), apprendre à utiliser des logiciels seuls, présenter un projet, clarifier nos idées, nourrir notre imaginaire qui est toujours nécessaire pour trouver des solutions à des problèmes techniques par exemple.

Piper funk

Mon œuvre choisi : Funk lessons du site UBU

http://www.ubu.com/film/piper_funk.html

L’artiste :

L’artiste américaine Adrian Piper (née en 1948, et vivant actuellement à Berlin en Allemagne) est une figure emblématique de l’époque de l’art contemporain international. Sa démarche est influente dès la première génération conceptuelle des années 1960. Utilisant la performance, la photographie et l’intervention, elle a travaillé autour des questions sociales, principalement au sujet des minorités raciales et des problématiques de genre. Elle a été professeur de philosophie analytique, après avoir accompli une thèse sur Kant à l’université de Harvard et a publié plusieurs ouvrages et articles sur la Critique de la raison pure. Elle a participé à d’importantes expositions internationales comme : « Information », organisée par Kynaston McShine au MOMA de New York et «Wack ! Art and the Feminist Revolution » (2007) au Moca de Los Angeles. Ainsi qu’à la Johannesburg Biennale (1995), laDocumenta 11 à Kassel (2002).

Piper est une artiste qui propose un art réflexif, et son vocabulaire esthétique est souvent relié à des positions éthiques et des théories philosophiques.

L’œuvre :

Funk Lessons est une œuvre vidéo filmant l’intervention performative de l’artiste avec une audience interactive réalisée à l’université de Californie (Berkeley) en 1983. Cette action, et la vidéo qui l’accompagne, dépassent largement la performance, et questionnent le statut ambigu de la classe ouvrière afro-américaine à travers la musique et la danse comme partie intégrante de la culture américaine.

Ce que j’ai aimé dans cette œuvre :

Le support musical de cette œuvre est une musique qui a marquée toute une génération et qui aujourd’hui encore est une référence pour qualifier cette période. Cette œuvre décrypte les gestes des danseurs et la vision que l’on peut en avoir. Elle nous pose la question de l’image que l’on a d’autrui mais aussi de l’image que l’on donne à voir à autrui, et que l’on pense donner à autrui. Plusieurs points illustrent ce positionnement social, en effet beaucoup de gens dansent, mais tous dansent seul. L’individu est centré sur lui-même alors qu’il évolue au sein de la société. Les danseurs suivent un modèle « naturellement » que l’artiste leurs décrit ; mais au sein de la société, ne suivons-nous pas des schèmes que l’on ne sait pas analyser, mais nous les suivons car ils sont  tous repris par la société.

Dans les années 80, le monde entier a été inondé par la vague disco, elle a unifié les individus dans le monde à travers la danse. Cette combinaison de mouvements de l’individu quelques soit la race, la religion, le statut social a généré une union sociétal mais vécu individuellement. Il y avait de nombreux « allers/retours » entre le groupe et l’individu.

Ce que je n’ai pas aimé dans cette œuvre :

La description des mouvements du bassin avec le coté sexuel, qui sont ici décrit, semblent en décalage avec la société libéré de l’époque (apparition du SIDA). Avec le recul, aujourd’hui ces mouvements ont un côté « pathétique ».

 

Les questions qui se posent vis-à-vis de cette œuvre :

Au spectateur, se pose alors la question (tout comme je crois, à ceux qui ont réalisé cette performance) de sa position au sein de la société vis à vis d’autrui. Il est aussi intéressant de se voir sur à la fin de la performance des gens qui sont à la limite d’entrer en transe, es-ce pour se distinguer vis-à-vis du groupe ? Enfin quel regard aurait aujourd’hui l’artiste sur cette performance ?

A PROPOS DE L’OEUVRE : BIBLIOTHÈQUE SAINTE-GENEVIÈVE

Située Place du Panthéon à Paris, la bibliothèque Sainte Geneviève occupe un bâtiment édifié en 1851 par l’architecte Henri Labrouste. La salle de lecture au premier étage est composée d’une grande halle, divisée en deux vaisseaux par une colonnade centrale qui supporte deux voûtes d’arc en plein cintre. Franck Bohbot adopte un point de vue frontal. Traité en parfaite symétrie, le lieu prend l’aspect d’un monument sacré dédié à la culture. Comme dans beaucoup de ses photographies, F. Bohbot propose des prises de vues avec bien souvent une symétrie, et pas ou peu de personne sur la photographie.

Les hommes de cette œuvre :

Henri Labrouste (Paris11 mai 1801 – Fontainebleau24 juin 1875) est un architecte français. Après avoir séjourné six ans à Rome, il ouvrit un atelier de formation d’architectes qui devint centre du courant rationaliste. Il fut l’un des premiers à saisir l’importance du fer en architecture. Le 23 février 1852, Labrouste est promu au rang d’officier de la légion d’honneur pour le bâtiment de la nouvelle Bibliothèque Sainte-Geneviève.

 

Franck Bohbot est né à Longjumeau en 1980. Il commence sa carrière comme photographe de plateau. Depuis 2008, l’artiste consacre sa recherche artistique aux paysages urbains. Bohbot s’intéresse particulièrement aux rapports entre individu et architecture. Il photographie  des espaces publics vides de toute présence humaine. Il adopte un point de vue frontal et met en exergue une symétrie quasi-parfaite. Ces lieux deviennent alors singuliers et captivants tant sur le plan sociologique qu’esthétique.

L’histoire de la bibliothèque :

Le projet pour la nouvelle bibliothèque Sainte-Geneviève reçoit l’approbation définitive auprès des chambres en 1843. Les travaux de fondation commencent le 1er août de la même année. Le 4 février 1851, la nouvelle bibliothèque Sainte-Geneviève est ouverte au public. Sur la montagne Ste Geneviève à Paris, elle fut, et est encore le lieu d’études pour les plus grands esprits puisqu’elle est située à proximité du Lycée Henri IV et de l’école Polytechnique (avant son déménagement pour Palaiseau). Elle est à deux pas du Panthéon.  Deux des particularités de cette bibliothèque :

–          L’ombre et la lumière : l’entrée du bâtiment se faisait (et se fait encore mais l’électricité a gommé le contraste originel) par un petit vestibule éclairé à l’origine par un œil de bœuf et le vitrage de la porte. Alors que la salle de lecture est très éclairée (cf photo de l’artiste)

–          Plus de 100 noms d’auteurs sont gravés dans la façade (à l’opposé des œuvres des auteurs pour que le passant sache quelles œuvres il peut trouver à l’intérieur…) et puis l’architecte voulait profiter de  la proximité du Panthéon pour faire de la montagne Ste Geneviève un haut lieu de la commémoration des grands hommes.

L’architecte aimait à dire que la plus belle décoration d’une bibliothèque sont les livres eux-mêmes. C’est pourquoi il a fait le choix d’une salle de lecture très grande avec une galerie qui en fait le tour. La salle supporte deux voutes identiques qui s’appuient sur une charpente métallique et laissent entrainer la lumière par de grande fenêtres.

 

Ce que j’ai aimé dans cette œuvre :

La symétrie proposée par l’artiste (que l’on retrouve dans ces dernières œuvres) impose le doute au spectateur, la photo est-elle vrai ou pas. Comment l’artiste a-t-il fait ?

De plus comme aucun personnage n’est présent sur l’œuvre, associé à la profondeur de champ de la bibliothèque, l’artiste bloque le regard du spectateur.

Cette prise de vue me donne envie de me plonger dans cette source de savoir et de culture que représente cette bibliothèque. Elle pose aussi la question de la profondeur de la connaissance. On se sent comme emmené vers le fond de la bibliothèque avec la profondeur de vues, avec la profondeur des arcades, les fenêtres en plein cintre, et les rayonnages de livres. On pourrait y voir un visage qui nous regarde.

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