Retour sur notre installation : l’Amour et l’Autre

Lors des séances avec Fabrice Métais, nous avons réalisé une installation qui avait pour but de mettre en avant la technique et le rapport à autrui (œuvre relationnelle). Composée de plusieurs dispositifs, l’installation devait faire naître chez les personnes la parcourant différents sentiments comme le désir, la jalousie ou l’amour. Placés dans un parcours différent, les visiteurs rencontrent des dispositifs techniques pour interagir entre eux. Cette installation peut se percevoir de deux façons : la vivre de l’intérieur ou l’observer de l’extérieur.
Dans un premier temps, nous expliquerons le concept de notre installation, puis nous verrons en quoi les dispositifs desservent le concept pour enfin faire une rétrospective de ce projet.

 

Dans un premier temps, mon binôme et moi avons cherché un thème, une idée directrice pour notre future installation : d’emblée, l’idée de la relation au sein du couple nous est venue. En effet, le couple est une source de nombreux sentiments ce qui est pertinent dans le cadre d’une œuvre relationnelle. La trame de cette expérience serait donc l’amour, en se basant sur le principe que les deux visiteurs soient en couple. Ainsi un parcours aurait pour thème « Amour éternel » où le visiteur serait conforté dans son amour, tandis que l’autre parcours serait intitulé « Amour en danger », où le visiteur aurait des doutes sur la personne qu’il aime. Nous avons donc pensé à deux parcours asymétriques se basant sur un ensemble de quiproquos. En effet, nous avons imaginé que chaque personne dans son parcours respectif vivrait une expérience unique, tout en pensant que l’autre serait en train de vivre la même chose, alors qu’en réalité, l’autre ressent et expérimente l’exact opposé. Cette installation aurait donc comme finalité de prendre conscience que l’humain n’est pas omniscient, l’incompréhension dans les relations avec les autres, mais surtout au sein du couple, est due souvent au fait que l’on ne sait pas ce que vit l’autre réellement, ce que pense l’autre. Ainsi, à travers la suite de questions, d’expériences et de sentiments vécus, chaque personne remet en cause les fondements de son amour et sa perception de l’autre ; c’est pourquoi nous avons choisi notre titre « l’Amour et l’Autre » et que la question à la fin de notre parcours « Connaît-on vraiment l’autre ? » permet au public de s’interroger autour du sens que l’on a donné à notre installation.
Une interaction finale permet alors un échange sur les deux expériences vécues ainsi qu’une prise de conscience : la perception est subjective et diffère de la réalité. L’installation se poursuit finalement même au-delà des parcours, les personnes continuant à échanger sur ce qu’elles ont vécu. Ce concept a été formulé sous forme d’un PowerPoint pour clarifier les idées et afin de pouvoir passer à la réalisation technique du projet.

 

Une fois l’idée précisée, il a fallu mettre en place différents dispositifs pour transmettre au mieux notre concept. Nous avons modélisé notre installation sur Google Sketchup, en créant deux parcours symétriques, le tout formant un cœur qui est le symbole de l’amour. Mais ce choix architectural vient aussi illustrer le concept de l’installation. En effet, les deux membres du couple entrent dans leur parcours respectif par la pointe du cœur : ils sont proches géographiquement, ils suivent la même direction : cela traduit l’idée qu’ils entrent au départ à « égalité », sans aucune séparation en pensant qu’ils vont vivre des expériences similaires. Cependant, dès le passage de l’entrée, chaque « branche » du cœur commence par s’éloigner montrant ainsi la séparation conceptuelle des deux parcours et la séparation des deux êtres synonyme de discorde et d’incompréhension. Enfin, les deux branches se rejoignent au moment où les visiteurs commencent à prendre conscience de la réalité de l’autre. La sortie du parcours rapproche très fortement les deux êtres ce qui est propice à l’échange des deux expériences antagonistes vécues. Par ailleurs, nous avons opté pour un parcours où les murs sont en quinconces. Les quinconces permettaient au visiteur de ne pas percevoir l’atelier suivant avant d’y parvenir (sans avoir recours aux portes qui nous semblaient cloisonner l’espace), ce qui contribue au suspens des parcours. L’autre avantage, c’est que les quinconces offraient des couloirs naturellement. Ceux-ci permettent d’enrichir l’œuvre en favorisant l’atmosphère (musique, décors) ce qui contribue à plonger le sujet dans l’univers proposé. Une fois, l’architecture conçue nous y avons ajouté des dispositifs techniques. Ces derniers ont pour but de susciter des émotions, pour cela nous avons souvent utilisé des moyens techniques qui relèvent du truchement (exemple : l’atelier 4 où la déclaration d’amour devient les cris d’une personne en danger), du suspens et des surprises (exemple : l’atelier 5 où les objets à toucher ne sont pas visibles et dont les textures peuvent être surprenantes) et qui provoquent des chocs émotionnels (par exemple le premier atelier où l’on voit la personne aimée nous tromper ou au contraire cette dernière est magnifiée). Nous avons tenté d’utiliser divers sens (le toucher, l’ouïe, la vue) qui sont des paramètres importants dans la relation amoureuse. Ainsi, chaque dispositif technique a pour but de susciter divers sentiments chez le sujet ce qui répond à la consigne de l’œuvre relationnelle. D’autre part, nous avons voulu rythmer notre parcours par des questions communes à chaque membre du couple pour qu’ils puissent comprendre le fil conducteur de notre installation et se remettre en question tout en les laissant interpréter à leur manière. Enfin, sur Google Sketchup nous avons terminé par concevoir la décoration qui est fortement mise en évidence et contribue à aider le sujet à s’imprégner de l’univers et à amplifier ses émotions. Ainsi, nous avons créé deux ambiances radicalement différentes entre les deux parcours : dans le parcours « Amour éternel », nous avons voulu créer une ambiance plutôt romantique et agréable tandis que dans l’autre parcours, l’ambiance créée était plutôt angoissante : nous avons utilisé pour cela des peintures surréalistes par exemple. Il est vrai que le courant surréaliste qui a pour principe de se libérer de la logique de l’esprit se tourne vers l’inconscient, le rêve, les automatismes et peuvent facilement troubler l’esprit. Le modèle 3D étant réalisé, nous avons extrait de ce modèle des séquences vidéo représentant ce que les visiteurs verraient au cours de leur parcours. A partir de ces séquences, nous avons monté un film de notre projet où nous avons essayé de rendre au mieux notre concept de départ; pour cela nous avons ajouté des commentaires, des sons…Pour ce film, nous avons opté pour des explications assez brèves. Le but était d’en donner autant (sauf parfois plus quand cela était nécessaire à la compréhension du film) que si le public parcourait l’œuvre qui existerait réellement. Ainsi, nous avons ni évoqué les sentiments que l’on avait imaginé, ni donné des détails techniques mais nous avons juste expliqué l’œuvre pour qu’elle soit compréhensible et on a donné au sujet des pistes de réflexion. Cela avait pour but de laisser l’imagination au public et de lui permettre de s’approprier l’œuvre à sa manière. Enfin, nous avons réalisé un montage audio qui différait d’une oreillette à l’autre de telle sorte que le sujet puisse choisir de parcourir : le parcours de la fille ou du garçon. Ainsi, les divers choix proposés ont desservi le concept et doivent susciter chez le sujet des sentiments relatifs à celui-ci tels que : la jalousie, le désir, la déception, le doute, le contentement, la frustration, la sensation agréable/désagréable, la peur, le danger…Cette installation a donc exigé diverses étapes de réalisation dont nous pouvons tirer certaines conclusions.

 
Nous finirons par faire une rétrospection de ce projet. Ainsi, nous allons d’abord expliquer nos difficultés. Il nous a été difficile de travailler ensemble pour cause de soucis de disponibilité c’est pourquoi nous avons utilisé des outils informatiques de travail collaboratif via internet. Mais cela n’était pas évident, car il risque tout de même d’avoir des incompréhensions de la part de l’autre, de plus les soucis techniques sont plus lents à résoudre lorsque l’on doit se débrouiller seul. Le projet qui nous a été proposé, notre méthode de travail et nos difficultés ont suscité de la part de toutes les deux des conclusions communes. Globalement, ce projet nous a apporté beaucoup. D’une part, nous étions totalement néophytes en termes de création d’installation artistique. Cette création était donc intéressante ; de même le fait de produire une œuvre relationnelle nous pousse à la réflexion sur les rapports à autrui et l’influence des moyens employés pour créer une interaction entre deux personnes. Réaliser sa propre installation nous a également apporté de nouvelles connaissances techniques et pratiques: nous ne connaissions pas Google Sketch up et avons donc pu nous familiariser avec ce logiciel qui a de grandes possibilités en termes de modélisation, mais qui ne nous semblait pas très ergonomique. De même, pour monter la vidéo nous avons utilisé Adobe Première que l’on découvrait également et qui s’avère très puissant dans son domaine. Seulement, découvrir de nouveaux logiciels prend du temps, et c’est peut être cela qui nous a manqué pour mener parfaitement à bien notre projet quoique qu’on soit plutôt satisfaites du résultat. D’autre part, nous avons apprécié découvrir les différentes étapes de réalisation des autres étudiants ainsi que leur réalisation finale: il y avait de très bonnes idées et des beaux travaux. Voir le projet des autres permet de prendre du recul par rapport à son propre travail et de voir les points à améliorer ; cela renforce notre esprit critique et permet de mieux savoir évaluer notre travail et celui des autres. Grâce à ce recul, nous pensons que notre vidéo aurait pu être plus intéressante et aurait davantage desservi notre concept si on avait mieux expliqué et scandé chaque étape de notre parcours, et si on avait également plus développé l’idée que notre installation se poursuit au-delà du parcours dans notre vidéo. Cette expérience a donc été très riche malgré certaines difficultés.

 

En conclusion, cette œuvre relationnelle a été construite autour d’un concept qui est le rapport à l’autre dans le couple ainsi que la difficulté à connaître l’autre et sa réalité. Il a donc été nécessaire de trouver des moyens techniques afin d’illustrer au mieux cette idée. On a pu ainsi comprendre comme la technique peut être constitutive des rapports à l’autre. De cette expérience résulte un apprentissage de la technique et une ouverture sur l’art qui nous a plu. Suivant une formation d’ingénieur, ce projet nous a permis d’avoir une approche sur les types de métier que peut avoir l’ingénieur dans l’art et de le pratiquer en partie. Dans tous les cas, il nous a permis de s’initier à diverses tâches nécessaires à notre futur métier telles que : savoir gérer des situations délicates (travail à distance, problèmes techniques…), apprendre à utiliser des logiciels seuls, présenter un projet, clarifier nos idées, nourrir notre imaginaire qui est toujours nécessaire pour trouver des solutions à des problèmes techniques par exemple.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :