Les Mécaniques Poétiques d’EZ3kiel

       Dans un contexte où l’art virtuel suscite de plus en plus d’interrogations, et où la dualité art et sciences apparait encore conflictuelle aux yeux de certains, Yan Nguema s’est attaché à nous donner à voir le virtuel comme une extension du réel en construisant des cohérences sensori-motrices. Plus précisément, il interpelle le spectateur via une douzaine d’installations interactives, mêlant sons et images, attisant notre curiosité et révélant chez certains quelques douces émotions.

Ce projet a pu être mis à bien grâce à la collaboration du groupe de musique dub électroacoustique EZ3kiel dont il fait partie, avec l’atelier Arts-Sciences, laboratoire commun au CEA-LETI de Grenoble, de l’Hexagone Scène nationale de Meylan et des Champs Libres, ainsi qu’Erasme, centre multimédia du conseil général du Rhône. Cela fait déjà plusieurs années que l’exposition s’installe dans différentes villes, et semble y trouver un certain succès.

Ces œuvres troublantes se distinguent d’autres formes d’art virtuel, en embarquant le spectateur dans un univers où cohabitent une certaine mélancolie et une magie enfantine. Il s’agit d’un environnement propice à l’évasion, où il ne faut pas avoir peur de plonger, quitte à se noyer dans ce trop-plein d’artifices, qui grâce à l’audacieuse fusion de technologies et d’objets insolites types antiquités, ne confronte pas les temps et les époques, mais les unit.

En effet, si aux abords de l’exposition on peut distinguer des enfants et des adultes, une fois l’immersion faite dans «The Naphtaline World », il n’y a plus que des enfants qui interagissent avec les diverses installations. Cette accessibilité des œuvres est entre autre permise grâce à leur affordance, mais également parce qu’elles répondent au public dans un langage connu pour son universalité : la musique.

Le spectateur découvre donc un ensemble d’expériences esthétiques multi-sensorielles, régis par trois mots clefs, indissociables de l’art virtuel : « perception, cognition, action ». A noter que l’unicité de chaque expérience stimule l’imagination du spectateur, laissant un certain degré de liberté et d’ouverture dans l’œuvre.

Un point également important à souligner est l’intérêt porté à vouloir « cacher la technologie », insistant ainsi beaucoup plus sur l’aspect « magique » et « envoûtant » des installations.

Zoom sur quelques installations

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LES JARDINS D’EXEBECCE : Une bicyclette, dirigée face à un mur où est projetée une image dynamique, réagissant aux diverses stimulations exercées via le vélo : pédalage, rétropédalage, freinage etc. Ambiance paisible, moment échappatoire où surgit cette envie de pouvoir traverser l’écran.

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LE PIANO QUART DE CORPS : Un piano réduit, où la mélodie jouée est modélisée sur un écran à l’image d’un appareil mécanique à bras moteurs allant chercher les notes voulues. Plus musicale que « Les jardins d’Exebecce », elle laisse beaucoup plus de contrôle à l’utilisateur, le laissant librement exprimer ses émotions sur les touches, et lui permettant éventuellement d’attirer l’attention d’oreilles sensibles aux mêmes airs musicaux…

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L’ORGUE A FLACONS : Un ensemble de flacons de tailles diverses sur un support. Lorsque l’on soulève un bouchon, le fond du flacon s’illumine et un son est émis, et passé en boucle. Chaque flacon possède un son qui lui est propre, et il est donc possible en enlevant plusieurs bouchons à la fois de créer quelques mélodies. De loin mon coup de cœur pour cette exposition. La créativité du spectateur est encore une fois très sollicitée, mais reste encadrée dans une forme harmonieuse et originale. Par ailleurs, comme il se voit sur la photographie, cette installation se prête facilement à la participation de plusieurs spectateurs et en est même d’autant plus intéressante dans ce cas.

On retiendra alors de cette exposition un réel voyage visuel et auditif dans un univers solide et émouvant, et surtout de nouvelles problématiques soulevées, telles que la place de la technologie et du virtuel dans l’art, en concluant par ce questionnement : « le virtuel serait-il  acteur de l’œuvre d’art, mais pas œuvre d’art en soit ?»  Dixit Yves-Armel Martin, directeur du centre d’innovation numérique ERASME.

 

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