Les mécaniques poétiques : La Madone Theremin

Dans le cadre de l’exposition Les mécaniques poétiques, à l’espace jean Legendre à Compiègne dans le cadre du festival « Les composites », nous avons pu voir des installations numériques interactives sonores et visuelles jouant sur les anachronismes. Ces installations ont été réalisées par le musicien et graphiste Yann Nguema qui fait partie du groupe EZ3kiel. EZ3kiel est un groupe de musique français, originaire de Tours, formé en 1992. En 2007, le groupe enregistre l’album Naphtaline, sur lequel est basée l’exposition. Une installation, La Madone Theremin, nous a particulièrement intéressé.

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Cette installation est formée d’une statue de femme sur un piédestal, contenant un theremin. Un theremin est un instrument de musique électronique apparu en 1916.  Sur son pied, on peut trouver un serpent. Lorsqu’on s’approche de cette statue, elle émet des sons électroniques qui varient en fonction des mouvements que l’on fait. La statue est réalisée en résine. En faisant des mouvements variés, on peut moduler les sons et changer leur hauteur.

ImageTheremin

 

Lorsque nous sommes approchées de la statue, celle-ci  a fait un bruit intriguant. Surprises, nous avons donc pris le temps de découvrir cette œuvre et son fonctionnement. Ainsi, à chacun de nos mouvements, la statue « répondait » avec des sons électroniques. Nous avons choisi de parler plus en détails de cette œuvre car, d’un aspect extérieur, elle ne semblait pas mêler art et technologie, contrairement aux autres installations de l’exposition.  En effet, la statue à l’air banale au premier abord. De plus, sa place dans l’exposition la mettait en valeur ; c’est la première œuvre que nous avons perçue. Cette installation lie à la fois l’ancien et le high-tech : une statue ressemblant aux statues grecques ou religieuses qui abrite en fait un instrument de musique électro. On peut alors se demander comment un theremin peut transformer une sculpture, une œuvre d’art en quelque chose de nouveau et inédit.

D’après nous, cette statue peut être considérée comme une œuvre d’art car il est issu d’un travail, d’une recherche sur le contact et la sensibilité du spectateur. En effet, le contact est spécifique car il n’est pas tactile, on peut toucher la statue mais on peut simplement interagir avec elle à distance alors que la plupart des œuvres interactives requièrent une interface tactile. Cette particularité invite à une réflexion sur l’esthétique, particulièrement parce que dans le cas présent, comme le visiteur agit sur la statue, par ses gestes, il appartient lui-même au processus de création qui est ainsi sans cesse renouvelé. En suivant cette idée, on remarque que cette œuvre d’art s’adapte à chacun, et « répond » à chacun de manière différente ; le regard que l’on porte sur elle est sans cesse renouvelé. Il nous semble important qu’une œuvre d’art possède cette caractéristique : être changeante et à plusieurs niveaux, comme un jeu pour des enfants, une réalisation technologique pour d’autres…

 

Liens vers d’autres œuvres

Lors de cette exposition, nous avons essayé les différentes installations numériques au fil de la visite. L’œuvre en question, en apparence une statue, puis ensuite un instrument de musique, trouve parfaitement sa place dans cette exposition.

On peut peut-être rapprocher cette œuvre de celle d’une artiste française, France Cadet, qui explore la robotique et les nouveaux médias. En effet, par ses œuvres, cette artiste apporte une nouvelle approche des questions de la science qui font débat. Elle traite de problèmes sérieux mais sur un ton plutôt ironique et ludique: des jouets rigolos, des jeux vidéo cocasses, des animaux de compagnie mignons… Ainsi, la sensibilité de l’observateur en est à coup sûre augmentée. De plus, le rapprochement entre sciences et arts est communs à ces deux artistes. Tous deux tentent de mêler ces deux aspects, de façon différente néanmoins.

On peut, selon nous, rapprocher la Madone Theremin à l’ « Ob-cervo-drome » qui est une œuvre permettant d’analyser le comportement des individus évoluant dans l’espace surveillé par le biais d’un casque. En effet, on peut voir l’expérience de la Madone de Theremin comme une analyse du comportement : la façon dont le visiteur réalise des mouvements autour de celle-ci pourrait traduire les émotions du spectateur, ou du moins ses actes.

Point de vue critique sur l’ œuvre

 Cette « mécanique poétique « illustre à la fois la mélancolie qui se dégage des objets anciens et révolus, l’aspect désuet, mais également la fascination pour le traitement du son, mécanique.

Les installations sont construites à l’aide d’objets anciens qui ont perdu toutes leurs fonctions. Le mélange du rétro et de hightech  est poussé à l’extrême. L’exposition à part entière créer un univers troublant, contenant que des objets troublant mais aussi féeriques.

Par le biais de cette exposition, on peut sentir que les auteurs ont tenté de lier arts et technologies, artiste et scientifique. Selon nous, le sujet de fond de l’exposition est de montrer ce que l’artiste peut apporter au scientifique, et ce que la science peut apporter à l’art. Si l’on analyse l’exemple concret de la Madone de Theremin, cette œuvre est de base une statue, qui pourrait constituer une œuvre d’art à part entière. Cependant, les technologies se sont ajoutées à cette œuvre, et ont permis au visiteur de l’exposition d’utiliser son sens du touché, et ainsi d’accroître sa sensibilité. Ce lien très développé entre art et sciences est très intéressant à relever.

La Madone de Theremin suit donc bien la démarche qui a été mise en place par l’artiste tout au long de l’exposition. De plus, on remarque bien que l’artiste a voulu rompre avec l’abstraction de certaines œuvres contemporaines puisque, comme on l’a évoqué plus haut, la Madone propose des niveaux de lectures différents pour tous les visiteurs, et pourtant unique pour chacun.

Cette œuvre est particulièrement surprenante, voire inattendue. Elle attire l’attention de la plupart des visiteurs pour la simple raison que lorsqu’on l’aperçoit, on se demande ce qu’elle fait là, quel est son rôle. Puis, en la longeant, elle émet des sons, et c’est ainsi que l’on découvre toute ses fonctionnalités.

Cette exposition nous a donc permis de voir que la sciences n’est pas forcément incompatible avec l’art, et qu’il peuvent même se compléter l’un et l’autre.

 

Réflexion générale sur les installations et l’exposition

Premièrement, on peut souligner le rapport entre passé et présent au travers des objets anciens détournés de leur fonction première. Ce rapport amène à une réflexion sur la le temps qui passe et la valeur des choses, sur l’évasion et la poésie qui peut être suggérée par des objets anciens et désuets. On a aussi l’étrange impression de quelque chose qui meurt, quelque chose d’oublié, comme un souvenir.

 

Deuxièmement,  la réaction à l’abstraction et la conceptualisation montre qu’il est possible de créer des œuvres interactives avec des objets matériels, sensibles, anciens sans concepts abstraits. On a un retour au sens matériel, primaire et sensuel du terme « esthétique ».

 

Enfin, on peut remarque que la  technologie est mise au service de l’esthétique, ce que l’on peut considérer comme une inversion des rôles par rapport au design par exemple. La confrontation permanente dans l’exposition entre l’ancien et le contemporain, sans que l’un prenne le dessus sur l’autre et l’atmosphère sombre et confiné de l’exposition donnent une impression générale de spleen et d’immersion dans un passé révolu doté d’une nouvelle dimension.

Solène Kojtych et Clarisse Veron

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