Les Mécaniques Poétiques

20110902_ek3kiel

Du 5 au 20 Mars 2013, l’espace Jean Legendre de Compiègne reçoit l’exposition Les Mécaniques Poétiques. Une alliance parfaite entre l’art et les hautes technologies est proposée aux visiteurs, imaginée et mise en scène par Yann Nguema.

  • L’artiste

Essentiellement connu pour son rôle de compositeur de musique électronique au sein du groupe EZ3kiel, Yann Nguema est un artiste à part entière. Après une première année passée à étudier les mathématiques et la physique, il décide de s’orienter vers une licence de communication spécialisée sur l’image. Passionné par ce cursus, il obtient le diplôme national supérieur d’études plastiques. Dès l’âge de 18 ans, il intègre le fameux groupe qui lui permet d’allier ses passions pour la musique et pour la création d’images. Les évolutions des différentes technologies le poussent à s’adapter et c’est ainsi qu’il passe de l’image fixe à la vidéo, puis de la vidéo aux images interactives. Depuis peu, il se spécialise dans les installations et a notamment été sollicité par la Fédération Française de ski pour l’organisation des Jeux Olympiques. C’est ainsi qu’il met en scène, depuis 2009, un ensemble de 11 installations, éveillant les sens et la curiosité. Ainsi, sur les conseils de notre professeur d’art et techniques contemporaines, nous nous sommes rendus à cette exposition.

  • Description de l’exposition

Arrivé à l’espace Jean Legendre, on ne peut qu’être frappé par la froideur des lieux. Seul un îlot de chaleur semble émaner d’un coin du hall, lieux de l’exposition. L’atmosphère chaleureuse et intimiste, crée par un éclairage audacieux et l’utilisation de rideaux rouges sur fond noir, permettent au visiteur de se sentir à l’aise et de trouver tout de suite sa place entouré d’oeuvres parfois déstabilisantes. Ce dernier est en effet invité à redécouvrir des objets du passé, revisités grâce à des installations numériques sonores et lumineuses. Le parcours en boucle laisse le visiteur libre d’aller d’une oeuvre à une autre au gré de ses envies et de ses attirances. Cependant, ce manque d’encadrement entraine un temps d’adaptation nécessaire avant d’oser s’approcher, toucher et interagir avec ces oeuvres parfois impressionnantes.

Cependant, l’oeil est tout de suite attiré par Le buste de La Madone Theremin entourée de deux tableaux des Naphtalines (photos dessous) qui semblent lui rendre grâce. Le visiteur est alors amené à approcher ses mains de la sculpture, ajoutant ainsi des vagues d’interférences à une douce mélodie jouée au piano.

images

La balade continue avec une vieille machine à coudre transformée en boîte à musique moderne. Le Cycloharpe permet ainsi de choisir des rythmes grâce à la pédale et de créer des mélodies symbolisées par des cercles sur un écran lumineux remplaçant le plateau de la machine. Les pieds et les mains sont mises à contribution sur cette table de mixage moderne.

Puis, entourée de deux autres tableaux des Naphtalines, La Cage de Fa Ré Do, composée de 120 pièces en métal et en acier, n’est pas sans rappeler les grandes cages à oiseaux. A cette différence près qu’un sentiment de liberté semble s’échapper des barreaux. En effet, le fait de toucher un barreau engendre la création d’un son et d’une lumière. On entend ainsi des passages au piano, mais aussi de doux chants d’oiseaux qui semblent s’évader de cette cage aux allures poétiques.

Nous sommes ensuite conviés à passer de l’autre côté de la paroi pour découvrir une autre pièce, plus sombre que la première, où les jeux de lumières nous mènent vers une atmosphère davantage intime et mystérieuse. Nous nous retrouvons ainsi nez à nez avec un tableau en noir et blanc représentant une femme asiatique en habits traditionnels. Le tableau est très éclairé et attire le regard. Juste devant lui, presque dans la pénombre, se trouve L’Orgue à Flacons, une véritable table de chimiste où le simple fait de soulever les bouchons des fioles engendre la création d’une délicate mélodie accompagnée de la mise en lumière du flacon correspondant.

Prenons ensuite place devant cet écran accroché au mur devant lequel un pupitre est mis en lumière invitant les passants à y prendre place. En se saisissant de cette manette aux allures de télégraphe, ceux ci ont alors la possibilité de faire tomber des Balles Perdues à l’écran. Rappelant ce fameux jeu pour enfants où la balle doit suivre un parcours, ici les pièges permettent de créer des sons, chaque cavité ayant sa propre tonalité.

Une fois ces oeuvres passées, on peut remarquer une sorte de rupture au sein de l’exposition. En effet, si jusque là, le sonore semblait être le plus important, on remarque qu’à partir de là, le visuel reprend une place beaucoup plus significative. Les Cordes Sensibles, entourées de deux tableaux dans le même style bichrome  que le premier, se composent de trois mobiles que l’on peut déplacer et tourner, pour créer et modifier des cordes et leur longueurs. On est ainsi invité à créer un réseau sur cette table interactive et à trouver la symbiose parfaite en jouant avec les trois mobiles.

Le Théâtre de Naphtaline attire ensuite la curiosité. En effet, des personnes semblent agiter les mains devant une boîte noire sans qu’on ne comprenne réellement pourquoi. En s’approchant, nous remarquons que les mouvements permettent aux décors présents à l’intérieur de changer peu à peu, au grès des envies et des gestes. Cette installation est purement visuel tout comme ce vieil appareil photo mis en lumière juste à côté. On s’approchant, comme pour prendre une photo, on y voit les mêmes décors, en 3D, sous le regard bienveillant d’un autre tableau représentant la même femme. Le Stélescope nous permet ainsi de voyager dans les étoiles en ayant pourtant les pieds fermement cloués au sol.

En face, dans la pénombre trône un écran tactile où le virtuel prend toute son ampleur. En effet, le contact avec cette tablette permet de créer des particules qui coupent la trajectoire d’une montgolfière créent ainsi des sons. Les décors évoluent au fil des sonorités et petits et grands se prennent au jeu, leurs doigts se mêlent créant ainsi un son doux et reposant. Les Vents d’Antan nous permettent de nous envoler vers cette montgolfière.

A l’autre bout de la pièce, une bicyclette, placé en face d’un grand écran, invite le visiteur à une promenade interactive. En pédalant, on voit ainsi défiler un paysage, Le Jardin d’Exebecce sur lequel on est libre de se balader et de faire apparaître des objets. Les Naphtalines rythment encore une fois cette installation, ainsi qu’un tableau de la femme chinoise portant un masque, et on prend énormément de plaisir à pédaler pour aller à la rencontre des ses magnifiques ciels étoilés.

Enfin, l’exposition se termine par une invitation au clavier. Le Piano Quart de Corps incite petits et grands à s’installer et à jouer un air, repris par un automate aux bras articulés visibles sur l’écran qui surmonte l’installation. Un dernier tableau veille sur nous à chacune des notes jouer, comme un regard bienveillant par dessus notre épaule.

  • Commentaires

Cette exposition se rapproche des photographies et des oeuvres de Léo Caillard. En effet, ce dernier s’interroge lui aussi sur les rapports parfois contradictoires qu’il existe entre virtualité et réalité mais aussi entre art et consommation. Dans ses photographies, il met en scène des personnages presque mythiques comme la Joconde, au sein des tablettes numériques par exemple. Les deux démarches sont finalement assez proches dans le sens où on est amené à s’interroger concernant la perpétuelle évolution et ce patrimoine culturel qu’il serait sans aucun doute bon de préserver.

Au cours de cette exposition, Yann Nguema nous propose de voyager avec lui et de revisiter un temps qui nous paraît déjà lointain tant les objets de base nous paraissent obsolètes. Et pourtant, les nouvelles technologies, telles que la fibre optique ou les écrans tactiles, semblent remettre ces objets anciens au goût du jour en ajoutant une touche de sensibilité à ce qui paraît brut et froid au premier abord. La musique électronique n’est plus dépendante d’un ordinateur mais d’objets beaucoup plus vétustes qui la créent et la mettent en scène dans une atmosphère aux lumières tamisées. Un art noble et ancien comme la peinture, est ainsi mêlé à des oeuvres beaucoup plus innovantes et la symbiose est parfaite. Les anachronismes permettent à l’abstrait et au concret de se rejoindre en créant un monde onirique où la lumière semble émaner des tableaux.

Cette exposition permet aussi de s’interroger quant au caractère plus ou moins éphémère des oeuvres d’art et du rapport entre art et technologie. Celles de Yann Nguema sont en effet changeantes et modulables, elles interrogent, déstabilisent et font passer un message implicite. Ainsi, le visiteur est amené à endosser lui même le rôle de l’artiste qui cherche à tâtons la justesse, la satisfaction, l’équilibre et l’esthétisme. Une fois l’accord parfait trouvé, on laisse la musique résonner quelques instants avant de partir tandis que le silence reprend peu à peu sa place. Puis un autre personne viendra et s’appropriera à son tour l’installation en créant sa propre mélodie, son oeuvre éphémère.

Les acolytes du groupe EZ3kiel reconnaitront sans aucun doute quelques graphismes présents lors des spectacles de musiques électroniques mais aussi des morceaux célèbres du groupe. Les novices seront quand à eux subjugués et intrigués devant ces machines au caractère presque magique, laissant aller leur imagination où bon leur semble. Chacun verra en cette exposition ce qu’il veut y voir. Rien n’est prédéfini et finalement, chaque visiteur observera des oeuvres différentes selon sa façon de s’approprier les installations.

60041387

 NB : Les photos de cet article proviennent du compte Devianart de l’artiste.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :