Yann Nguema est musicien au sein du groupe EZ3kiel mais est également graphiste. C’est grâce à son double talent qu’il présente Les mécaniques poétiques, en association avec l’atelier art-sciences, laboratoire de recherche commun au CEA-Leti de Grenoble, l’hexagone scène nationale de Meylan et des champs libres en collaboration avec ERAS-ME centre multimédia du conseil général du Rhône. Cette exposition rassemble douze installations numériques interactives, sonores et visuelles, issues de la fusion de la haute technologie et  d’objets d’un autre temps. Une machine à coudre mécanique en devient alors une table de mixage, des flacons d’apothicaire, un instrument harmonique, une cage à oiseau, une harpe futuriste, avec comme volonté d’intégrer écrans, câbles et interrupteurs  à l’objet pour que l’illusion de leur présence initiale en soit parfaite.

Cette exposition a ouvert ses portes le 5 mars 2013, à Compiègne, dans le cadre de la 16ème édition du festival les composites et fermera ses portes le 20 mars 2013. Ce festival marque un moment fort pour l’UTC qui y prend part grâce à l’association numéo qui clôture ce festival avec deux soirées consacrées à la projection de courts métrages d’animation. C’est donc dans ce contexte et dans le cadre du cours AR03 que je me suis rendu à l’exposition « les mécaniques poétiques ».

J’avais eu l’occasion de lire la description de l’exposition, sa présentation m’avait quelque peu surpris et pour tout dire était loin de m’allécher, j’avais déjà auparavant pu découvrir des œuvres où la technologie était usée, mais il ne s’agissait pas « d’œuvres technologiques » mais plus des œuvres où la technologie était au service de l’œuvre où quelques effets sonores , de lumières permettaient sa sublimation. Mais ici se sont bel et bien d’œuvres où la technologie n’est pas au service de l’art mais bien le sujet artistique. J’en étais donc intrigué mais tout de même retissant à l’idée de voir mon écran d’ordinateur devenir un outil artistique.

Toutes ces créations ne font pas qu’interagir avec le spectateur, elles le mettent au centre de l’œuvre, le situe en tant qu’acteur,  créateur et artiste.

L’exposition, particulière et originale, nous interroge sur l’utilisation de la technologie dans l’art. Il peut être simple de trouver le beau dans une peinture, une photo, une musique car malgré l’utilisation de ces trois arts dans des domaines autres qu’artistiques leur finalité en reste inchangée : la recherche du beau. Ce n’est pas le cas de la technologie et plus précisément de l’informatique, dont le but premier est la fonctionnalité. Il s’agit d’outils, qui par définition sont chargés dans leur sens d’une intention utilitaire et mécaniste, dépourvue d’un but esthétique gratuit. Comme si les objets technologiques interposaient leur « personnalité » dépourvue de créativité, à celui qui l’utilise. Et c’est  avec  un inconscient chargé par ces idées toutes faites, dues une utilisation formatée des outils technologiques, que la recherche du beau dans les œuvres virtuelles devient  difficile.  L’utilisation quotidienne et permanente que nous faisons des écrans à fait de l’art virtuel, un art vulgaire, un art qui ne déclenche plus d’émotions par sa banalisation et sa surexposition. Pour preuve que le numérique n’a pas la même place que la peinture ou la photo dans le domaine de l’art est la nécessité de l’intégrer dans un environnement pour en faire une œuvre. La technologie ne se suffit pas en tant qu’art. Ici les objets anciens permettent justement d’oublier qu’il s’agit d’éléments technologiques, d’oublier que l’œuvre est faite à partir des mêmes éléments que l’ordinateur. Le spectateur peut alors se concentrer sur la véritable nature de l’œuvre : la vision qu’elle nous offre.

La deuxième chose marquante de cette exposition est la dimension totale de cet art. En effet une peinture, une photographie sollicitent le regard, une musique l’ouïe, une sculpture le regard et le toucher. Ici se sont tous les sens qui sont mis en éveil, l’art est total et nous fait penser que l’on n’assiste plus à une retranscription artistique de la réalité, mais à sa copie. Les œuvres où se retrouvent des engrenages sont les plus gênantes  et donnent l’impression d’observer la copie conforme virtuelle d’un mécanisme qui pourrait tout à fait exister : par exemple une table de mixage a été fabriquée à l’aide d’une vieille machine à coudre mécanique, à chaque utilisation d’un des interrupteurs un mécanisme se créé sur l’écran et produit un son . Mais certaines œuvres vont plus loin comme celle des flacons, qui rappelle le mystère existant sur la contenance d’une fiole avant ouverture, mystère que l’on découvre ordinairement par le goût, l’odorat, la vue, mais ici par l’ouïe, décalage qui créé la surprise et le désir de découverte. L’œuvre avec le vélo nous permet quant à elle de parcourir un environnement imaginaire , plein de poésie, de nous plonger dans l’inexistant, grâce à un vélo qui permet de se diriger dans cet univers virtuel.

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La technologie ne s’est jusqu’à maintenant jamais réellement positionnée comme un outil artistique. Mais Le beau n’est vu que quand on souhaite le voir, le voir en toute chose nécessite un apprentissage. A même titre que la photographie a pris près d’un siècle avant d’être considérée réellement comme un art, le virtuel gagnera peut être ses lettres de noblesse dans le futur.

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