Mécaniques Poétiques.

      Le concept des « Mécaniques Poétiques » est né de l’imagination débordante de l’artiste français Yann NGuema, et de son association avec l’Atelier Arts Sciences, qui pendant deux ans, lui a permis de travailler avec des ingénieurs du CEA-LETI de Grenoble et avec l’Hexagone Scène nationale de Meylan, en collaboration avec ERASME, centre multimédia du Rhône. Ainsi, entreprise en 2007, elle est présentée pour la première fois, lors de la Biennale Arts-Sciences, au Centre de Culture Scientifique Technique et Industrielle de Grenoble du 2 octobre 2009.

      Fruit du croisement éclectique entre art et technologie, le projet a tout autant contribué à cette quête perpétuelle qu’est le dépassement des limites établies entre deux univers fascinants, qu’à la recherche artistique d’un groupe de musique indépendant, EZ3kiel. Y officiant en tant que bassiste depuis sa formation, en 1992, Yann NGuema a su développer au fil des productions une véritable identité graphique, axée sur la symbiose entre dimension visuelle et musicale, et atteignant son paroxysme lors de la sortie de l’album Naphtaline, en 2007, où la frontière entre les deux arts semble plus infime que jamais.

       Ainsi, l’exposition itinérante s’installe à Compiègne, du 5 au 20 Mars 2013, à l’espace Jean Legendre. Sous une lumière tamisée, et au sein d’une atmosphère doucement onirique, les douze installations développées se répartissent dans une unique salle. Conçues à partir d’un patrimoine résolument antique, ces dernières offrent un contraste saisissant entre cette enveloppe désuète et la technologie innovante qui les habille. En réaction à la conceptualisation de certaines œuvres interactives contemporaines, les traitements du son et de l’image les plus perfectionnés viennent ici au service de l’esthétique pour mener à bien cette immersion totale dans l’univers poétique et onirique de Yann NGuema.

      Au coeur du mouvement steampunk, l’énergie créatrice et esthétique de Yann Nguema semble délibérément bloquée au stade de la machine à vapeur, en pleine révolution industrielle des années 1900. Une machine à vapeur qui aurait toutefois possédé une avancée technologique considérable sur ses contemporains. Cependant, dans un univers où règnent les automates à la complexité démesurée et extravagante, faits de mécanismes aussi nombreux que compliqués, l’atemporalité est de mise : entre rétro-futurisme et révolution industrielle et esthétique du XIXème siècle, l’exposition nous plonge dans un sentiment d’immersion, passionné et passionnant, aux airs faussement burtoniens, et empreint de l’œuvre de précurseurs tels George Méliès ou autres Jules Verne.  

      Parmi ces douze hybridations poétiques, musicales et technologiques, on retiendra notamment le  » Piano Quart de Corps « , sorte d’instrument à corde frappé réduit, par opposition au gigantisme de l’univers du musicien, d’une vingtaine de touches. Il est surmonté d’un écran diffusant les gestes d’un automate aux bras mécaniques, dorés et nacrés, reproduisant les notes choisies par l’utilisateur. Ses mouvements sont codifiés en fonction des notes et produisent un son à mi-chemin entre le clavecin, le clavicorde et le piano traditionnel, dont toute la technologie apparaît masquée par l’aspect désuet de l’instrument, et par l’incroyable travail technologique et de lutherie réalisé en amont.

Image

     S’il ne devait avoir qu’un reproche adressé à cette exposition, il ne pourrait concerner que son installation : s’expatriant à travers toute la France, parmi de nombreuses villes de l’hexagone, et dans tout autant de salles différentes, atteindre l’osmose originelle imaginée par l’artiste n’est pas chose aisée. Ici, on regrettera le peu d’espace consacré à chaque installation. L’immersion dans l’univers de l’artiste en fut réduite, et il était parfois difficile de s’intéresser à une installation particulière sans percevoir la symphonie grandiloquente causée par le reste de l’exposition.

                L’œuvre dans son ensemble possède un trait atypique qu’est celui d’inverser les codes établis par l’art, aussi complexes soient-ils. Le spectateur, et aussi paradoxalement que cela puisse paraître, ne se contente pas de regarder, ni d’écouter : il prend part à l’œuvre, lui donne vie l’espace de quelques minutes, et en fait sa propre création. Puis, il s’en détourne, la laisse s’éteindre, doucement, avant son renouveau, sa résurrection, engendrés par l’émerveillement et la curiosité du spectateur suivant. L’expérience est ici l’âme de l’exposition, de chaque œuvre, en laquelle chaque spectateur voit s’ériger une création qui lui est propre.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

<span>%d</span> blogueurs aiment cette page :