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Archives Mensuelles: avril 2013

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L’exposition « Les Mécaniques Poètiques » de Yann Nguema, graphiste et musicien au sein du groupe EZ3kiel, est née de la collaboration entre l’Atelier Arts-Sciences, l’Hexagone Scène nationale de Meylan et des Champs Libres, Erasme, le centre multimédia du conseil général du Rhône et bien sûr EZ3kiel. L’interactivité est le maître mot de ce projet où, en confrontant des matériaux anciens à de nouvelles technologies, les 10 installations présentes offrent la possibilité à chacun d’entrer en interaction avec elles. Une composition sonore et visuelle accompagne la découverte de ces plateformes.

L’exposition nous interpelle dès le début par rapport à l’interactivité que le spectateur peut entretenir avec les différentes oeuvres : cela vient éveiller notre intérêt et stimule notre imaginaire au fur et à mesure que l’on découvre, voire joue, avec ces plateformes interactives. Cette forte facilité d’approche incite fortement à découvrir l’ensemble de l’exposition et à ne pas se limiter uniquement à une seule installation.
Ce qui est aussi marquant est la contradiction temporelle entre la forme des oeuvres et les possibilités d’interactions et de représentation que ces dernières offrent.

Le Cyclophare« Le Cycloharpe » en est un exemple parfait où en interagissant avec une proéminente machine à coudre en bois on se retrouve au final capable de composer une musique par l’intermédiaire d’une interface tout à fait particulière, relative à une machine à coudre, mais à la fois riche en fonctionnalité, en accord avec notre époque, qu’il est possible d’écouter mais aussi d’observer via un écran.
De plus, au delà de ces plateformes interactives audio-visuelles, la présence d’installations interactives uniquement visuelles est intéressante car elle rompt un peu avec le reste de l’exposition tout en s’inscrivant dans la continuité de celle-ci. Je trouvais tout particulièrement intéressant « Le Théâtre de Naphtaline » (manipulation du décor via un détecteur de mouvement) car on avait l’impression de pouvoir redécouvrir l’environnement dans lequel la visite s’effectuait sous un tout autre angle ; ce qui pourrait expliquer son positionnement dans les lieux : en fin de parcours. Tous les tableaux de l’exposition se retrouvaient retranscrits dans la plateforme mais celle-ci permettait cette fois de pouvoir interagir avec ces tableaux tout en apportant de nouveaux détails offrant ainsi une réelle (re) découverte d’une partie de l’exposition. « (Re)découverte » car durant tout le long de la visite, l’intérêt que suscite l’interaction avec les différentes oeuvres est tellement important qu’on finit par ne plus faire attention à notre environnement « inerte ». Ce n’est qu’en m’intéressant à ce « Théâtre de Naphtaline » que j’ai pris conscience que les tableaux faisaient vraiment partis de l’exposition. Etaient-ils là dans l’unique but de mettre en scène cette installation ou accompagnaient- ils l’exposition dans son ensemble ?

Naphtaline_Orchestra32

« Le Stelescope » était lui aussi assez intriguant car l’appareil offrait une perspective sur un théâtre où il était possible d’observer cliché par cliché diverses scènes de plusieurs (ou d’une seule) pièce de théâtre. J’avais l’impression, qu’à défaut de pouvoir construire une telle installation, l’artiste nous offrait tout de même la possibilité de prolonger la visite dans la continuité de son projet d’ensemble.

Le Stelescope

Par ailleurs en interagissant directement avec les différentes installations on n’a plus uniquement l’impression d’être un simple spectateur mais d’être un acteur de l’exposition : on participe, de manière limitée bien sûr, à une sorte de création artistique éphémère. Celle-ci permet d’ailleurs souvent d’intriguer les personnes à proximité.

Au delà de ça, ce qui est intéressant concernant l’exposition est la façon dont celle-ci est née. En regardant le reportage on comprend que ces différentes oeuvres sont en fait des idées qui ont pris naissance sous un point de vue artistique mais qui ce sont concrétisées par la technologie. Comme l’équipe travaillant sur le projet le dit : l’alliance de l’artiste avec la technologie n’était pas évidente mais nécessaire. Par ailleurs, la démarche qui a mené à la création de ces oeuvres est aussi intrigante puisqu’à l’origine le groupe s’intéressait uniquement à du sampling de musique ethnique mais a finalement pris conscience de la culture technologique propre à la France : on aboutit alors à une sorte de fusion entre la technologie et l’art.
Le travail réalisé semble, selon moi, se rapprocher d’une oeuvre. Le fait que, généralement, ce genre de projet ne se retrouve pas exposé dans de grands musées ou de grandes expositions ne facilite pas la réelle considération qu’on peut lui porter. Habitué à la contemplation d’oeuvres relatives à la peinture, à la sculpture,… l’arrivée de projet marqué par la technologie se fait sûrement avec beaucoup de réticence pour de nombreuses personnes. Pourtant la technologie a toujours fait partie de l’évolution de l’art avec par exemple la photographie : mal acceptée à l’origine, la photographie occupe aujourd’hui une place importante dans le domaine artistique. Pourtant c’est peut-être par cette collaboration artistes/chercheurs que le travail réalisé peut être apprécié comme
une oeuvre : l’entente entre deux mondes bien distincts.
Pourtant il reste difficile d’observer une réelle cohérence entre les différentes installations : la volonté de rendu reste la même (interactivité avec effets visuels et souvent sonores) bien que le support et/où la manière d’interaction diffèrent.

Au final, ce qui fait selon moi la force de nombreuses installations, et donc de l’exposition en général, est le fait que la création musicale ne se réalise pas uniquement de manière originale mais on peut aussi observer sa conception de façon fantaisiste comme le montre la plateforme « Les vents d’autan » où en créant des flux, le trajet de la montgolfière est ainsi modifié, et par l’intermédiaire de ces mouvements des notes sont jouées. Il y a un véritable travail entre la forme et le fond de chaque oeuvre qui est très appréciable. C’est par ailleurs par les aspects techniques et technologiques que, selon moi, la valorisation de l’exposition s’effectue : on a beau ne pas comprendre tous les mécanismes et techniques qui ont permis d’aboutir à l’élaboration des différentes installations, on sait qu’il y a une véritable réflexion et beaucoup de travail derrière chacune d’elles.

Catherine Balet est une photographe diplômée de l’école des beaux arts de paris, ayant tout d’abord travaillé pour divers magazines et la mode, elle s’est spécialisée dans le portrait avec une approche artistico-sociale du sujet.

Strangers in the light est une série inspirée par sa vision d’un couple se prenant en photo à l’aide de téléphones portables, la beauté de la scène tenant à l’éclairage du flash lui fit prendre conscience du romantisme pouvant exister à travers la technologie.
C’est en 2008 que sa première photo inspirée de peintures célèbres « Ines connected with Amina » (inspirée de Balthus) lui permet de gagner le 3ème prix de la National gallery.


Par la suite elle s’inspire d’autres peintres comme Botticelli, Manet ou Hopper pour montrer la place grandissante que la technologie a pris dans nos vies et l’évolution des mœurs grâce à ces nouveaux moyens de communication.

J’ai connu cette série à travers  une exposition à l’espace Jean Legendre de Compiègne. Diverses photos de la série étaient exposées dans les couloirs menant à la salle de Théâtre.
Il me fallut quelques passages devant les photos avant de porter mon regard dessus, en effet si on n’y prête pas attention, les couleurs choisies, l’éclairage et la composition les confondent avec de vieilles toiles. Mais lorsque je pris le temps d’observer en détail une photo en particulier, le décalage entre cette première impression et le contenu réel de l’image m’a tout de suite fasciné, et je me suis pris au jeu d’essayer de comprendre non seulement les références aux peintres passés, mais aussi le message caché dans ces clairs-obscurs modernes.


J’ai trouvé l’utilisation de références connues et reconnues pour montrer l’évolution des usages particulièrement intéressante et efficace. Non seulement les photos sont agréables à l’œil au premier regard, grâce à des jeux de couleurs et d’éclairages réfléchis et efficaces mais cet air de déjà-vu pousse tout de suite à s’intéresser au contenu, à jouer aux 7 différences ce qui nous mène tout de suite vers ces accessoires technologiques. On comprend alors que se sont eux les vrais sujets des photos, et prend conscience de la place grandissante qu’ils ont dans nos vies. Le choix même de la photographie pour recréer des peintures dans notre modernité montre que si la vie de tous les jours est influencée par cette évolution des techniques, l’art aussi évolue à la mesure des découvertes.

Les seules sources de lumière de ces photographies sont les écrans qui relient les sujets au monde extérieur, excluant quelque part le sujet de son environnement, il semble seul même si il est physiquement entouré. On comprend à travers ces mises en scènes que ces écrans nous interfaçant avec le monde peuvent aussi nous en couper, nous isoler.
C’est cette double réflexion à la fois sur l’évolution des techniques et des mœurs et sur la place de ces objets dans notre vie, ce que ca implique dans notre rapport à autrui qui m’a donné envie d’en parler car  la force de la photographe est d’exprimer tout cela de manière très simple au travers d’une belle image, quoi de plus engageant ?

Titre : «  Composition dans le losange avec jaune, noir, bleu, rouge et gris»
Auteur : Piet Mondrian
Date de réalisation : 1921
Taille : 60 x 60 cm
Huile sur toile

Image

La peinture abstraite est un art qui ne cherche plus à représenter la réalité. Un peintre abstrait ne peint pas quelque chose qu’on voit dans la nature et qu’on aurait l’illusion de reconnaître sur la toile : il propose une équivalence ou une métaphore.
Au début du 20ème siècle, Mondrian qui est l’un des pionniers de peinture abstraite, a inventé un art nouveau qu’il nomme le néoplasticisme.
En espérant que ses peintures ouvrent la voie vers un futur utopique, Mondrian souhaite écarter la nature matérielle au profit de son essence en exprimant la forme et la couleur naturelles par l’abstraction de toute forme et couleur. Il ne commence à utiliser que la ligne droite et la couleur primaire nettement définie pour dessiner.
Bien que des abstractions de Piet Mondrian puissent sembler éloignées de la nature, sa vision de base a été enracinée dans le paysage, en particulier la géographie plate de sa Hollande natale. En commençant par ses premiers paysages naturalistes, il a réduit les formes naturelles à leurs équivalents linéaires et colorés les plus simples afin de suggérer leur unité et de l’ordre. Finalement, il a éliminé entièrement ces formes, en développant un langage visuel pur qui se compose des verticales, horizontales et couleurs primaires.
Les croyances théosophiques de Mondrian lui font accorder à l’angle droit une signification universelle. Plus que tout compte le rapport entre couleurs, entre dimensions, entre positions. En effet, pour lui, le rapport de la verticale à l’horizontale est à l’image de la dualité et des oppositions qui régissent d’une façon générale la vie et l’univers – le masculin et le féminin, l’extérieur et l’intérieur, le matériel et le spirituel.
Dans « la composition Losange avec Jaune, Noir, Bleu, Rouge et Gris », Mondrian a tourné une toile carrée pour créer une relation dynamique entre la composition rectiligne et les lignes diagonales des bords de la toile. Faussement simple, ses œuvres sont le résultat d’ajustements constants pour atteindre l’équilibre et l’harmonie absolue, et ils révèlent une attention rigoureuse aux relations subtiles entre les lignes, les formes et les couleurs.
J’ai connu cette œuvre grâce à l’article qui s’appelle « How to Look at Mondrian» écrit en anglais par James Elkins qui est un critique d’art et historien.
Tout d’abord, il me parait que c’est une peinture simple et même un petit peu naïve. Il n’y a que quatre zones de couleur dans la peinture : pur noir, bleu, jaune, et une touche de rouge orangé. Les zones sont séparées par des rayures. Pourtant, après avoir lit l’article de monsieur James, je me suis aperçu que je suis trompé. J’ai trouvé que véritablement c’est une image très complexe et difficile, déguisée en une simple abstraction. C’est la raison pour laquelle je l’ai choisie.
Si on regarde plus proche de la zone jaune, on peut trouver que les surfaces peintes sont pulpeuse et les bords de la zone jaune sont bien lissés. Image
Il est également possible de voir que chaque surfaces et bandes ont ses propre texture: les bandes sont marqués avec des petits nervures, la peinture est riche en textures de surface, ce que les historiens artistiques appellent la facture.
De plus, Mondrian construit ses tableaux dans une façon de tissu en bas-relief. Il peint ses galons en fixant des bandes de papier.
Dans d’autres parties de la peinture, Mondrian clairement peint à main levée, sans papier pour le guider. Sur un même lieu, il est possible de voir comment il a peint la verticale, avec soin de remonter à la rayure.
On ne voit pas tout cela à partir de deux ou trois pieds de distance, et il est clair que Mondrian attendait de ses spectateurs à prendre du recul. Mais maintenant on est conscient de la richesse, un effet chatoyant, une profondeur. Les peintures sont en trois dimensions. La peinture a des gestes visibles, il est humain.
Dans cette peinture, Mondrian a bien réussi à exprimer une abstraction absolue et une harmonie parfaite en utilisant exclusivement des éléments primaires qui sont simples mais bien détaillés. La richesse de facture qui est camouflée par la simple abstraction distingue cette œuvre d’un travail normal.
Effectivement, par son essai « Réalité naturelle et réalité abstraite » publié dans la revue De Stijl (Le Style), Mondrian a défini deux lois esthétiques pour le néo-plasticisme : premièrement il n’y a ni courbes ni obliques mais que des traits verticaux ou horizontaux et deuxièment les couleurs sont les primaires uniquement (cyan, magenta et jaune) et les non-couleurs (gris, noir et blanc). Dans ce cas-là, « la composition Losange avec Jaune, Noir, Bleu, Rouge et Gris » n’est pas exceptionnelle. Elle obéit les deux lois esthétiques du néo-plasticisme.Image
La première œuvre vraiment néo-plastique est « la Composition avec jaune, rouge, noir, bleu et gris » qui est réalisée par Mondrian 1920. Mondrian développe dès lors son système de représentation, le néo-plasticisme, pendant plus de 20 ans jusqu’à son séjour à New York.
Il travaille toujours à la fois instinctivement et avec une grande rigueur. Les séries de variations, strictement numérotées à partir de 1920, enchaînent toutes les possibilités plastiques.
Ses idées ont été extraordinairement influentes sur presque tous les aspects du design moderne, de l’architecture à des objets ménagers.
« la Composition avec jaune, rouge, noir, bleu et gris »

Ressources :
http://www.huffingtonpost.com/james-elkins/post_1036_b_756669.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Piet_Mondrian
http://delires-ongulaires.over-blog.com/article-na-et-culture-piet-mondiran-composition-en-rouge-jaune-bleu-et-noir-1926-106760263.html

Yann Nguema est le bassiste du groupe Ez3kiel. Il est aussi connu comme le graphiste et le concepteur des systèmes interactifs qu’Ez3kiel utilise sur scène. Yann a conçu l’exposition « Les mécaniques poétiques d’Ez3kiel » en partenariat avec l’atelier Art Science et l’équipe d’Erasme. 12 installations numériques interactives imaginées par Yann sont présentées dans cette exposition.
Yann a puisé son inspiration dans les anciennes machines et les vieux instruments scientifiques. En utilisant les technologies innovantes, par exemples, écrans tactiles, fibre optique, Yann nous présente un contraste important entre l’habillage révolu et la technologie de pointe, une combinaison parfaite entre la poésie et la technologie, un mélange délicat entre une esthétique classique et  une esthétique contemporaine et enfin un condensé anachronique entre le fond et la forme.
Avec le décor rétro et exquis de théâtre, nous nous mettons à remarquer la vie des engins et la mélancolie de notre mémoire collective. Nous pouvons dire que la technologie anime l’art et réciproquement l’art donne la technologie l’âme. Dans cette époque où la technologie se développe rapidement, c’est un essai fructueux de trouver l’équilibre entre la technologie et l’art.
Cette exposition envisage les nouvelles technologies comme des outils au service de leur art.
Ce projet a fait réaction à l’abstraction et à la conceptualisation de certaines œuvres interactives contemporaines, les traitements du son et de l’image les plus perfectionnés viennent ici au service de la sensibilité et de l’esthétique et les manipulations proposées, proches de la magie, font appel à l’imaginaire de chacun.
On doit aussi remarquer que ces installations sont le produit de la conjonction de multiples domaines et compétences faisant le grand écart de la recherche artistique d’un groupe de musique indépendant jusqu’aux laboratoires de recherches du CEA-Grenoble. Ça peut être la nouvelle tendance de l’art contemporain. L’art d’intersection de multiples domaines pourrait devenir populaire.

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