Les Mécaniques Poètiques / EZ3kiel

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L’exposition « Les Mécaniques Poètiques » de Yann Nguema, graphiste et musicien au sein du groupe EZ3kiel, est née de la collaboration entre l’Atelier Arts-Sciences, l’Hexagone Scène nationale de Meylan et des Champs Libres, Erasme, le centre multimédia du conseil général du Rhône et bien sûr EZ3kiel. L’interactivité est le maître mot de ce projet où, en confrontant des matériaux anciens à de nouvelles technologies, les 10 installations présentes offrent la possibilité à chacun d’entrer en interaction avec elles. Une composition sonore et visuelle accompagne la découverte de ces plateformes.

L’exposition nous interpelle dès le début par rapport à l’interactivité que le spectateur peut entretenir avec les différentes oeuvres : cela vient éveiller notre intérêt et stimule notre imaginaire au fur et à mesure que l’on découvre, voire joue, avec ces plateformes interactives. Cette forte facilité d’approche incite fortement à découvrir l’ensemble de l’exposition et à ne pas se limiter uniquement à une seule installation.
Ce qui est aussi marquant est la contradiction temporelle entre la forme des oeuvres et les possibilités d’interactions et de représentation que ces dernières offrent.

Le Cyclophare« Le Cycloharpe » en est un exemple parfait où en interagissant avec une proéminente machine à coudre en bois on se retrouve au final capable de composer une musique par l’intermédiaire d’une interface tout à fait particulière, relative à une machine à coudre, mais à la fois riche en fonctionnalité, en accord avec notre époque, qu’il est possible d’écouter mais aussi d’observer via un écran.
De plus, au delà de ces plateformes interactives audio-visuelles, la présence d’installations interactives uniquement visuelles est intéressante car elle rompt un peu avec le reste de l’exposition tout en s’inscrivant dans la continuité de celle-ci. Je trouvais tout particulièrement intéressant « Le Théâtre de Naphtaline » (manipulation du décor via un détecteur de mouvement) car on avait l’impression de pouvoir redécouvrir l’environnement dans lequel la visite s’effectuait sous un tout autre angle ; ce qui pourrait expliquer son positionnement dans les lieux : en fin de parcours. Tous les tableaux de l’exposition se retrouvaient retranscrits dans la plateforme mais celle-ci permettait cette fois de pouvoir interagir avec ces tableaux tout en apportant de nouveaux détails offrant ainsi une réelle (re) découverte d’une partie de l’exposition. « (Re)découverte » car durant tout le long de la visite, l’intérêt que suscite l’interaction avec les différentes oeuvres est tellement important qu’on finit par ne plus faire attention à notre environnement « inerte ». Ce n’est qu’en m’intéressant à ce « Théâtre de Naphtaline » que j’ai pris conscience que les tableaux faisaient vraiment partis de l’exposition. Etaient-ils là dans l’unique but de mettre en scène cette installation ou accompagnaient- ils l’exposition dans son ensemble ?

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« Le Stelescope » était lui aussi assez intriguant car l’appareil offrait une perspective sur un théâtre où il était possible d’observer cliché par cliché diverses scènes de plusieurs (ou d’une seule) pièce de théâtre. J’avais l’impression, qu’à défaut de pouvoir construire une telle installation, l’artiste nous offrait tout de même la possibilité de prolonger la visite dans la continuité de son projet d’ensemble.

Le Stelescope

Par ailleurs en interagissant directement avec les différentes installations on n’a plus uniquement l’impression d’être un simple spectateur mais d’être un acteur de l’exposition : on participe, de manière limitée bien sûr, à une sorte de création artistique éphémère. Celle-ci permet d’ailleurs souvent d’intriguer les personnes à proximité.

Au delà de ça, ce qui est intéressant concernant l’exposition est la façon dont celle-ci est née. En regardant le reportage on comprend que ces différentes oeuvres sont en fait des idées qui ont pris naissance sous un point de vue artistique mais qui ce sont concrétisées par la technologie. Comme l’équipe travaillant sur le projet le dit : l’alliance de l’artiste avec la technologie n’était pas évidente mais nécessaire. Par ailleurs, la démarche qui a mené à la création de ces oeuvres est aussi intrigante puisqu’à l’origine le groupe s’intéressait uniquement à du sampling de musique ethnique mais a finalement pris conscience de la culture technologique propre à la France : on aboutit alors à une sorte de fusion entre la technologie et l’art.
Le travail réalisé semble, selon moi, se rapprocher d’une oeuvre. Le fait que, généralement, ce genre de projet ne se retrouve pas exposé dans de grands musées ou de grandes expositions ne facilite pas la réelle considération qu’on peut lui porter. Habitué à la contemplation d’oeuvres relatives à la peinture, à la sculpture,… l’arrivée de projet marqué par la technologie se fait sûrement avec beaucoup de réticence pour de nombreuses personnes. Pourtant la technologie a toujours fait partie de l’évolution de l’art avec par exemple la photographie : mal acceptée à l’origine, la photographie occupe aujourd’hui une place importante dans le domaine artistique. Pourtant c’est peut-être par cette collaboration artistes/chercheurs que le travail réalisé peut être apprécié comme
une oeuvre : l’entente entre deux mondes bien distincts.
Pourtant il reste difficile d’observer une réelle cohérence entre les différentes installations : la volonté de rendu reste la même (interactivité avec effets visuels et souvent sonores) bien que le support et/où la manière d’interaction diffèrent.

Au final, ce qui fait selon moi la force de nombreuses installations, et donc de l’exposition en général, est le fait que la création musicale ne se réalise pas uniquement de manière originale mais on peut aussi observer sa conception de façon fantaisiste comme le montre la plateforme « Les vents d’autan » où en créant des flux, le trajet de la montgolfière est ainsi modifié, et par l’intermédiaire de ces mouvements des notes sont jouées. Il y a un véritable travail entre la forme et le fond de chaque oeuvre qui est très appréciable. C’est par ailleurs par les aspects techniques et technologiques que, selon moi, la valorisation de l’exposition s’effectue : on a beau ne pas comprendre tous les mécanismes et techniques qui ont permis d’aboutir à l’élaboration des différentes installations, on sait qu’il y a une véritable réflexion et beaucoup de travail derrière chacune d’elles.

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