Factory Records

 

Factory logoLe sujet de notre exposé porte sur Factory Records qui est un label créé en 1978 à Manchester. Celui-ci a fermé ses portes dans les années 90.

Ce label est culte pour sa musique mais aussi pour son image. En effet, autour de ce label et de sa musique, il y a d’autres activités comme le graphisme des pochettes ou encore le club (l’Hacienda).

Cependant, ce label se démarque aussi par son fonctionnement original. Par exemple, il y a différents numéros pour les albums, affiches,… Ces numéros, comme FAC 83 n’ont pas d’ordre logique malgré de nombreuses théories. Nous pouvons tout de même noter certains numéros : FAC 61 pour un procès d’un des fondateurs du label ; FAC 501 pour le cercueil de T. Wilson (un fondateur) ; FAC 191 pour un chat.

Ce label n’a vécu que 10 à 15 ans mais il y a tout de même 3 périodes différentes représenté entre autres par 3 groupes différents : Joy Division, New Order et Happy Mondays. Ces groupes seront présentés dans la première partie de notre exposé. Bien sûr, il ne faut pas pour autant négliger l’influence de tous les autres groupes du label.

Le label a aussi une équipe créative, qui sera présenté dans la seconde partie, avec 3 figures principales et emblématiques: un animateur télé local passionné par sa ville T. Wilson, un graphiste, P. Saville et un producteur/ingénieur son, M. Hannett.

En dernière partie, nous évoquerons la décadence de Factory Records.

I/ Trois groupes – trois périodes

Joy Division

Unknown Pleasures Fact 10 JoyDivision-Closer

Pochettes : Unknown Pleasures (1979) – Closer (1980)

Au départ, Factory était le nom donné à un club de Manchester où quelques associés avaient décidé de lancer une série de concerts avec des groupes locaux, dont Joy Division. Au vu du succès, ils ont alors sorti une compilation de ces lives et c’est à ce moment que le label à été créé.

Le premier album sorti par le label a été Unknown Pleasures de Joy Division (FACT 10, 1979). Cet album, qui était aussi le premier du groupe, n’a pas vraiment eu beaucoup de succès à sa sortie, mais a finalement eu une grande influence sur le mouvement émergent de la Cold Wave et est aujourd’hui considéré comme un album culte. Ce succès très modéré à l’époque est aussi dû au fait que le son du groupe sur l’album semblait différent de celui qu’ils avaient lors de leurs concerts, ce qui avait surpris, voire déçu les fans.

A leurs débuts, le groupe était qualifié de post-punk, mais on verra que leur son va rapidement évoluer. On retrouve tout de même les marqueurs principaux du groupe : la voix du leader, grave et profonde, le style du batteur ou encore une basse très présente. En effet, le guitariste du groupe aimait ajouter un effet de distorsion à sa guitare et sur l’ampli qu’il avait cela ne marchait qu’en mettant le son au maximum, de ce fait, le bassiste ne s’entendait plus et devait alors monter ses aigus pour compenser. Toutes ces particularités, associées avec les paroles du leader et la qualité de la composition font que le groupe remporte encore aujourd’hui un grand succès critique. Plusieurs critiques ont aussi noté que Joy Division était le premier groupe du genre à mettre des émotions dans ses chansons.

Joy Division est donc un groupe marquant, mais cela n’est pas seulement dû à sa musique. Ce sont d’abord ses performances, comme on l’a mentionné, qui l’ont fait remarquer. Ian Curtis, le leader, était très charismatique, presque hanté et il avait une façon très intense de chanter. Cela se ressentait fortement dans les prestations et a fortement participé à créer l’image du groupe. Epileptique et dépressif, Curtis se suicide en 1980, alors que Joy Division allait effectuer une tournée aux Etats-Unis. L’album Closer sort après sa mort, tout comme la chanson Love Will Tear Us Apart, probablement leur titre le plus connu.

New Order

New Order - Movement NewOrderPower,Corruption&Lies

Pochettes : Movement (1981) – Power, Corruption & Lies (1983)

Les autres membres de Joy Division créent ensuite New Order. Jusque dans les années 90, ils ne donnaient pas beaucoup d’interviews, surtout pour éviter les questions sur Curtis, ce qui leur a donné une image un peu froide. De plus, ils ne faisaient pas de rappels et n’incluaient pas leurs singles dans leurs albums, ce qui avait tendance à énerver les fans.

Dans les premiers albums, on sent encore fortement le lien avec Joy Division, par exemple sur Ceremony, qui était en fait une chanson du groupe défunt. Mais New Order devient assez vite un groupe à part entière lorsque leur son commence à s’orienter vers l’électro, mélange dance/rock. Ce tournant est illustré par le titre Blue Monday, sorti en 1983. Les membres du groupe ont reconnu avoir été influencés par Kraftwerk par exemple. De ce fait, ils deviennent un des groupes phares de la New Wave en Angleterre. De plus, ils sont un peu les représentants du label, puisqu’ils participent activement à son fonctionnement et sont le premier vrai succès commercial.

Happy Mondays

 Happy Mondays - Rave On Happy Mondays - Wrote For Luck

Pochettes : Rave On (1989) – Wrote for Luck (1988)

Les Happy Mondays ont été découverts par le fondateur de Factory Records pendant une battle de groupes dans le club du label. Leur style peut paraître très différent de celui des groupes précédents, il est moins électro et ressemble plus au rock alternatif de l’époque, comme The La’s, ou des groupes de Manchester comme les Stone Roses, ou encore les Charlatans un peu plus tard. Néanmoins, les Happy Mondays mélangent plusieurs genres : l’indé est associé à des rythmes de house music et devient donc moins pop. D’ailleurs, ils deviendront même les chefs de file d’un mouvement : Madchester.

Le groupe rencontre aussi un succès commercial international. Même si New Order marchait encore à cette époque, nous avons trouvé que ce groupe représentait un changement de période pour le label. En effet, New Order avait co-acheté l’Haçienda, mais ce sont plutôt les Happy Mondays  qui lui sont associés, puisqu’ils représentaient plus la culture rave. Le titre d’une de leur chanson, 24 Hour Party People illustre bien cette ambiance et sera plus tard le nom d’un film sur le label.

II/ Trois figure emblématiques

Anthony Wilson

tony_wilson_fac[1]

Photo : Saville, Wilson et Erasmus devant le club Factory

Nous allons maintenant présenter les figures de ce label, ceux qui ont permis de créer un label aussi particulier.

La première figure emblématique est Tony Wilson ou Antony Wilson qui était un animateur local. Il travaillait à la télé, notamment à la BBC, et à la radio. Il y présentait des programmes culturels, surtout musicaux. Par exemple il a vu passer Iggy Pop, ou les Sex Pistols.

Une des caractéristiques principales de T. Wilson était son amour pour sa ville, Manchester. Il souhaitait donc la dynamiser grâce à la musique. Il a même été appelé Mr. Manchester jusqu’à sa mort en 2007.

Pour dynamiser sa ville il a commencé par promouvoir quelques groupes et a ensuite lancé avec Erasmus, une série de concerts. En même temps, il a vu le fonctionnement d’un autre label de la ville, Rabbid Records. Cela l’a incité à vendre des albums et ainsi promouvoir Manchester.

Marquer l’histoire et le succès de ses groupes l’intéresse plus que le côté financier (ce n’est pas un businessman). Le côté financier du label est donc mis de côté et c’est ce qui va provoquer sa perte.

Cependant, T. Wilson était très investi dans le label (même si il faisait toujours d’autres activités à côté comme la radio) et ses choix étaient très importants car c’est lui qui découvrait les groupes. Il avait plus un rôle de management.

Peter Saville

Factory poster Fac-2

Images : The Factory (Club No. 1) (FAC 1) – A Factory Sample (FAC 2)

Peter Saville est un graphiste qui représente l’image du label. Il a commencé avec une affiche demandée par T.Wilson pour le premier concert (FAC 1). Il a ensuite réalisé toutes les premières pochettes et les premiers logos (surtout ceux en rapport avec Joy Division ou New Order).

On peut d’ailleurs remarquer que la plupart de ses graphismes des pochettes ou des logos sont liés à l’usine, Factory et ce depuis la première affiche.

Pulsar - UNknown Pleasures                Unknown Pleasures - Joy Division

Pour chaque groupe, il avait une démarche qui consistait à trouver ce qui allait mieux avec la musique et l’image des groupes. Pour cela, il utilisait ce qui les entourait. Par exemple, pour un des albums de Joy Division, il a pris une image de l’Encyclopédie d’astronomie de Cambridge et ne l’a que très légèrement modifiée, mais cette simple modification a permis de changer complètement l’atmosphère que dégage l’image, qui s’associe alors parfaitement à Joy Division. Pour un album de New Order, Power Corruption & Lies, il est allé à la National Gallery et a trouvé par hasard une carte postale d’Henri Fantin-Latour.

Petit à petit d’autres graphistes sont arrivés et il a donc de plus en plus supervisé la partie graphique. Mais on observe toujours son empreinte minimaliste dans les graphiques avec des pochettes qui n’indiquait pas toujours le nom du groupe, ni même le titre de l’album.

Martin Hannett

Hanett

Martin Hannett est un producteur et ingénieur son récupéré chez Rabbid Records.

Il avait la réputation d’avoir des méthodes spéciales, parfois d’être un peu tyran. Par exemple, en studio, il démontait totalement la batterie du batteur de Joy Division pour lui faire enregistrer chaque fût séparément.

Cependant il est surtout connu pour avoir créé le « Son Joy Division ». Nous pouvons observer une nette différence entre le son d’un concert en live et le son de l’album, et même le groupe était étonné. Ce son enregistré sur les albums transmet moins l’énergie punk et plutôt une atmosphère, une profondeur.

Pour finir, il y eu un conflit avec les autres fondateurs de Factory Records qui débouchât sur un procès en 1982. Il considérait que la musique n’avait pas de place suffisamment importante dans ce label. Par exemple, les membres de Factory Records ont préféré acheter un club mais pas de studio. Finalement, il revient pour un album des Happy Mondays, mais il n’était plus dans l’équipe du label.

III/ Une ville

Manchester

Manchester-Factory

Manchester était une ville ouvrière, un peu vide et pas très attractive. Le label, et surtout Tony Wilson avec les concerts qu’il organisait, a commencé à faire ressortir une scène musicale locale intéressante, comme on a pu le voir. Avec les Happy Mondays, un mouvement sera créé à la fin des années 80 : « Madchester ».

L’Haçienda

The-Haçienda

Au début des années 90, Manchester devient la ville la plus demandée par les étudiants cherchant une université. Cela est en partie dû au nightclub l’Haçienda et à ses soirées légendaires. Acheté par les directeurs du label et New Order et ouvert en 1982, on y retrouve l’esprit de Factory, notamment dans le design. C’est aussi à cette époque que la musique, du label comme en général, commençait à devenir plus électro. On trouvait par exemple parallèlement le mouvement techno à Berlin.

Très vite, le lieu est devenu mythique, grâce à ses soirées et raves. Newsweek le nomme même le club le plus connu au monde dans les 90’s.

Mais cette ambiance provoque aussi beaucoup d’excès. Le club est ouvert tout le temps et ne fait pas gagner d’argent au label, même si ses soirées participent à la réputation de Factory. Il est en fait considéré comme un « service public », ce que concèdera plus tard Tony Wilson. A l’intérieur, plus de drogues sont consommées que d’alcool. Les Happy Mondays deviennent accro. Et finalement, le club ferme une première fois en 1991 après la mort d’une jeune fille par overdose dans son enceinte. Il a ensuite été ré-ouvert jusqu’en 1997, en tenant sur les ventes d’albums de New Order.

On voit donc bien l’esprit 24 hour party people. Le surnom de Manchester passera même de Madchester à Gangchester. De plus, avec l’arrivée du grunge à Seattle, l’attention n’est plus focalisée sur la ville. Tony Wilson dira plus tard « Manchester était LA ville musicale mondiale, depuis 1976 jusqu’au moment où Oasis a commencé à prendre trop de drogues pour avoir un sens ».

IV/ Décadence

Tout cet aspect décrit dans le paragraphe précédent montre bien sûr le début de la décadence du label. Mais l’autre critère qui l’a conduit à sa perte a été le côté financier. En fait, ce qui a fait la réputation et l’image du label l’a fait exploser. Tout d’abord des mauvais choix de gestion. Très mauvais choix de gestion : alors que l’Haçienda coule, New Order décide d’acheter tout l’immeuble et finalement aucun des génies fondateurs de Factory n’est vraiment qualifié pour le job de directeur ou businessman.

En plus de cela, le label ne sort plus de grands albums et envoie ses groupes en vacances.  Finalement, comme les membres de Factory l’admettront plus tard, ils cherchaient plus à entrer dans l’histoire qu’à gagner de l’argent, aucune décision qu’ils prenaient ne permettait de faire des profits. Finalement, Factory Records déclare faillite en 1992.

Pour finir, un très bon exemple qui, selon nous, représente clairement ce propos : les pochettes d’albums. Le graphisme de Saville était acclamé et appuyait bien sûr l’image du label, mais cela ne l’empêchait pas de participer aussi à la création du gouffre financier. Il avait par exemple créé un tout un code couleur (que l’on peut retrouver sur la pochette de Power, Corruption & Lies notamment) permettant de contenir toutes les informations liées à un objet du catalogue Factory et ne l’a finalement utilisé que sur quatre albums.

Mais l’exemple le Blue Mondayplus frappant est la pochette du Blue Monday. Saville en avait eu l’idée en passant dans le studio de New Order : une disquette était posée sur la table et il trouvait qu’elle représentait parfaitement le tournant électro de Blue Monday. Cette pochette a été acclamée, néanmoins, avec les procédés de l’époque, elle fut très chère à produire. Il se trouve que Blue Monday est par la suite devenu le maxi 45 tours le plus vendu de tout les temps et il a été estimé que le label perdait 5 cents sur chaque exemplaire vendu.

New Order – Blue Monday (FAC 73, 1983)

Conclusion

 Factory logo-old                Rough Trade

On peut comparer Factory Records à d’autres labels comme Motown ou Rough Trade. Rough Trade n’a cependant pas d’image aussi forte et Motown qui est un label associé à la ville de Détroit n’a pas autant de dimensions/activités que Factory Records.

Donc nous pensons que c’est le seul label qui cumule des groupes phares, une image, un esprit familial : il est unique et c’est pourquoi nous avons choisi de nous y intéresser.

Mélodie Coquet et Léa Reverdy

Sources

Factory : Manchester from Joy Division to Happy Mondays, BBC. (http://www.youtube.com/watch?v=LsE4fisJucg)

ControlAnton Corbijn, Momentum Pictures, 2007.

24 Hour Party People, Michael Winterbottom, Channel Four Films, 2002.

Peter Hook et l’histoire de Joy Division, Le Mouv’, 2013. (http://joy-division.lemouv.fr/)

Factory Records : The Complete Graphic Collection (FAC 461)Matthew Robertson, Thames and Hudson, 2006.

Shadowplayers : The Rise and Fall of Factory Records, James Nice, Aurum Press, 2010.

Touching from a Distance, Deborah Curtis, Faber and Faber, 1995.

Wikipedia.org

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