Des oeuvres qui ne semblent pas en être…

Au premier abord, certains objets considérés comme des « œuvres d’art » ne semblent pas vraiment en être. On pourrait même se demander si elle mérite vraiment cette qualification. A titre d’exemples, l’œuvre « Giulietta » de Bertrand Lavier est au final une simple voiture qu’il est allé récupérer à la casse.

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L’œuvre « Saint Frigo » de Jimmie Durham est quand à elle un réfrigérateur sur lequel l’artiste a jeté des cailloux tous les jours pendant une semaine.

ImageOn peut alors se demander en quoi de tels objets en viennent à être considérés des œuvres d’art ?

Intéressons nous donc à certains artistes dont leurs œuvres peuvent parfois laisser perplexe.

 

I) Marcel Duchamp et sa Fontaine

Marcel Duchamp est un artiste français. Après s’être intéressé au cubisme et à la décomposition du mouvement, il prit part à un mouvement artistique appelé le dadaïsme : mouvement du début du 20ème siècle qui se traduisait par le rejet des formes d’expressions traditionnelles. Marcel Duchamp deviendra alors l’inventeur du concept de ready-made. Le ready-made est une démarche qui consiste à se servir d’un objet utilitaire fabriqué industriellement qu’on vient au final arracher de son contexte et exposer aux yeux de tous dans des Salons, dans des expositions… L’objet devient œuvre d’art car l’artiste le déclare œuvre d’art.

Marcel Duchamp a réalisé plusieurs ready-made mais celui intitulé « la fontaine » (1917) nous intéresse plus particulièrement.

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L’histoire de cette œuvre d’art est bien particulière. Marcel Duchamp faisait parti d’un comité organisateur d’une exposition et il était assuré par les différents organisateurs que tout œuvre serait exposé du moment que son auteur participait financièrement. Afin de tester ce principe, Marcel Duchamp acheta un urinoir dans le but de le transmettre au comité de sélection sous un autre nom. Il nomma cet urinoir « Fontaine » et le signa « R. Mutt ». « Fontaine » se vit cependant refusé par le comité de sélection pour diverses raisons : « cet objet n’a pas sa place dans une exposition d’art et que ce n’est pas une œuvre d’art », « c’est un objet immoral et vulgaire » mais aussi « cet objet était un plagiat ».

Suite à ce refus, un article nommé « The Richard Mutt case » rédigé par Duchamp parait dans une revue. Dans cet article il défendra le cas de Richard Mutt (donc lui-même) en disant que le fait que l’objet n’est pas été fabriqué par l’artiste n’est pas important mais ce qui l’est vraiment est le choix de cet objet et l’acte de l’exposer. Le fait de sortir cet objet de son contexte traditionnel, de l’orienter et de le nommer vient remettre en cause ce que l’on pense de celui-ci, une nouvelle pensée de l’objet se créée.

Une interview de Marcel Duchamp, réalisée en 1967, permet une meilleure compréhension du concept de ready-made.

Intéressons nous maintenant à un autre artiste intriguant par ses oeuvres : César.

 

II) César et ses compressions

César est né le 1er janvier 1921 et mort le 6 décembre 1998. Il est le créateur du pouce de la défense et du trophée de bronze de la cérémonie éponyme. Il est originaire de belle-air, un quartier populaire de Marseille. Il a une relation à l’art éclairée pour lui le matériau est la seule chose utile. Par manque de moyens il délaisse le marbre pour utiliser la ferraille.

Intéressons-nous maintenant à une de ces oeuvres : une compression de voiture.

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Réalisons une comparaison avec la photo ci-dessous représentant une casse de voiture.

ImageIl y a peu voire aucune différence entre les deux. On y retrouve :

  • Anarchie dans l’ordre : la forme générale cubique (arêtes droites) réalisée dans l’anarchie du mouvement ;
  • l’art de la destruction : on sait ce que c’est, on connait sa forme mais on ne le reconnait pas : cela souligne le côté relatif de l’être, la voiture est voiture sans vraiment l’être, elle n’est que par sa forme, son utilité ;
  • l’art de l’imagination : contrairement à une peinture ou à une sculpture l’œuvre est aussi bien intérieure qu’extérieure : sauf que ce qui est à l’intérieur, on ne le voit pas, l’art de l’invisible.
  • le massif : à opposer à l’art éphémère, deux moyens d’expressions qui s’expriment par leur taille, leur durée de vie.

César est un homme difficile à définir, ses explications sont floues et difficiles à comprendre, c’est un homme qui fait ce qui lui plait et qui refuse d’être inscrit dans un mouvement. César ne se définit pas comme l’artiste mais plus comme le Mécène qui sauve des œuvres de la casse, pour lui l’art est partout, il est juste là pour le mettre de côté.

Intéressons nous maintenant au nouveau réalisme.
Le groupe des Nouveaux Réalistes est fondé en 1960 par le peintre Yves Klein et le critique d’art Pierre Restany à l’occasion de la première exposition collective d’un groupe d’artistes français et suisses à la galerie Apollinaire de Milan.
Les principaux principes du nouveau réalisme sont les suivants :

  • Remise en question de la consommation et donc utilisation de l’élément de consommation, pour César une voiture, des déchets pour Daniel Spoerri, des vêtements pour Gérard Deschamps ;
  • faire de l’objet le matériau : compression, « plegsiglasisation »… ;
  • les performances ou actions spectacles font également partie du mouvement ;
  • part de dadaïsme ;
  • contrairement au ready-made il y a une certaine recherche d’esthétisme.

Chez César, il y a un réel travail sur l’objet, la voiture modelée passe du statut d’objet au statut de matériau : « J’ai découvert ce matériau, le machinisme, j’ai essayé de respecter ce matériau, de le comprendre, j’ai essayé de dialoguer avec lui. », « Je le prends sans penser à lui, je domine le matériau. », « […] si on a le besoin de s’exprimer n’importe quel matériau est valable si on le domine techniquement. ».
Il y a clairement une remise en question de la société de consommation, par la compression d’une voiture symbole moderne de réussite.

César se refuse à se dire dadaïste, pour lui il ne remet rien en cause, il fait juste ce qui lui plaît. Il débute la compression lors de la destruction de son atelier et avec pour seul refuge une usine de compression : « Je n’ai pas pensé au dada, ces objets sont nés de cette histoire-là. ».

César est aussi un homme de scène. Il aime le grand le massif ce qui oblige à être regardé, il a aussi indéniablement un gout pour l’happening par exemple après être devenu célèbre pour ses compressions, il commenca à faire uniquement des expansions créées à base de  polyuréthane. Des immenses happenings ont alors lieu, ou il coule des sculptures sous les yeux du publique. Pour lui l’œuvre commence dès le début de sa réalisation, l’œuvre n’est que l’aboutissement de l’art : « Ce cube a une présence, quand on écrase deux tonnes de ferraille dans une presse c’est assez émouvant, il se passe quelque chose, ça ne dépasse pas l’objet mais ça a été un choc et c’est comme si je l’avais fait. ».

Ses œuvres sont des œuvres d’exposition : elles n’ont d’intérêt qu’à être exposées (exposition Fiat de voitures compressées par César) :

ImageAvec connaissance des démarches entreprises par Duchamp et plus particulièrement César, nous avons alors essayé à notre tour de suivre cette démarche artistique (sans pour autant se considérer artiste évidemment).

 

III) Notre démarche

Nous avons décidé de construire une œuvre sur le modèle des nouveaux réalistes. Cette démarche a pour but de comprendre la démarche de l’artiste et de compléter la définition que nous avons faite d’une œuvre.
Pour ce faire à la manière de César nous avons pris un objet de la vie quotidienne pour montrer que, comme disait César : « Je n’ai que sauvé certaines œuvres de la casse. ». Pour lui, comme il a été énoncé précédemment, l’œuvre est partout, César est juste mécène de la réalité, sa démarche est de révéler l’œuvre au publique.

 Nous avions au début pensé présenter comme œuvre celle du linge accroché à un fil en extérieur, en présentant les vêtements comme une métonymie de l’homme enchaîné à un fil et qui pour autant reste libre porté par le vent. Cette œuvre aurait pu s’inscrire dans le mouvement du nouveau réalisme étant : symbole de consommation, l’objet est matériau de l’œuvre, il la constitue, l’esthétisme également existe (indéniable) et également on peut relever une part de dadaïsme. Toutefois l’erreur de la figuration connotée était réalisée (le linge connotant l’Homme).

Nous avons donc changé d’idée et sommes partis sur une œuvre destructive : celle d’un pot en terre cuite.

ImagePourquoi ce choix ?

  • Le pot est objet et non matière, il est sculpture à lui tout seul, sa destruction le fait passer du stade de sculpture à matériau ;
  • On ne peut y nier un certain esthétisme ;
  • Il y a clairement une remise en question : la fragilité de l’objet réceptacle de vie (la plante) ;
  • Part de dadaïsme ;
  • Une performance pourrait en être faite ;

Limites de ce choix :
Il y a toujours présence dans le nouveau réalisme d’un côté un peu magistral, imposant, sortant de l’ordinaire, non existant ici. Une compression malgré son existence n’est pas un élément de la vie quotidienne, contrairement à un pot cassé.

 

IV) Conclusion

La question finale qui nous est bien évidemment venue à l’esprit suite à nos recherches est la suivante : de telles œuvres seraient-elles exposables à ce jour ? La réponse est non.
Le beau est universel mais pas l’art. L’exclusion de l’esthétisme dans l’art fait que chaque œuvre s’inscrit dans un mouvement et dans une actualité temporaire.

Les œuvres de Duchamps César, Picasso étaient révolutionnaires, originales, dénonciatrices, provocatrices et prouvent que la définition nouvelle de l’art ne s’inscrit plus dans une recherche de l’esthétisme, mais dans l’innovation. Une œuvre n’est pas bonne parce qu’elle est innovante mais la valeur de l’innovation dans l’art est indéniable.
Et c’est cette pour cette raison que notre œuvre a malheureusement une cinquantaine d’années de retard…

 Aujourd’hui cette innovation est un processus perpétuel qui recherche ses limites pour peu qu’il y en ait. Et c’est en son nom que l’on retrouve aujourd’hui dans les musées des vaches et des hommes coupés en plusieurs morceaux.
L’art pour être résumé en un seul mouvement : le dadaïsme, une remise en question perpétuelle de ce qui existait déjà, mais à force de vouloir redéfinir l’art, ne va-t-on pas en perdre toute définition ?

 
Olivier Broyelle / Benoît Descotes-Genon

Sources :

http://mediation.centrepompidou.fr
http://fr.wikipedia.org/
https://www.youtube.com
http://www.toutfait.com
http://www.cesarbaldaccini.blogspot

 

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