Introduction à l’énonciation filmique

Introduction

Depuis ses origines le cinéma est une machine à raconter des histoires ; dès le départ le film a ainsi croisé la route de la narrativité littéraire, soit qu’il s’inspire de romans en les adaptant, soit qu’il transpose des procédés narratifs, soit qu’il importe des codes génériques comme celui du western, du roman historique ou policier…

Mais on se doit cependant de constater une spécificité du cinéma liée à ses diverses matières d’expression, véhiculées par divers canaux. On prendra en comptes des dimensions visuelles et auditives. On peut en effet transmettre des éléments de narration dans un film avec les visages, la position, les postures des acteurs, les angles de prises de vue, voire la musique… Les passages descriptifs, la présentation de l’espace ne fonctionnent pas comme dans un roman qui ne dispose quant à lui que des mots.

Le problème de la narration s’est posé dés les origines du cinéma : comment raconter efficacement, au temps du cinéma muet, une histoire par des images uniquement ?

On a utilisé d’abord un commentateur, puis des intertitres, des discours écrits introductifs pour contextualiser… sans pour autant réussir efficacement à retranscrire tout le éléments voulus.

Comment retranscrire alors efficacement une description ou une perception subjective d’un personnage ?

I. Le cinéma, un récit polyphonique

L’analyse de la narration met en évidence cette spécificité : l’énonciation filmique ne passe pas pour l’essentiel par l’énonciation linguistique. Le cinéma représente autant qu’il raconte, comme au théâtre, nous sommes dans le domaine de la représentation. En fin de compte, le récit filmique renvoie au théâtre parce qu’il met en scène des actions, mais il renvoie aussi au roman parce qu’il utilise le verbe ou réinvente la narration.

De plus, dans le cas du film la communication est aussi différée et « figée » : on opposera donc une narration orale qui se fait « en présence », avec des interactions locuteur / interlocuteur(s), à la narration filmique qui, tout comme la narration écrite, se fait « en absence »… La communication orale d’un conte est mouvante comme le spectacle théâtral alors que le film nous donne une version figée par la mémoire artificielle de la pellicule.

II. La narration

A. Les différents acteurs de la narration

Le récit filmique ne passe pas que par la voix, le discours d’un narrateur ou en tout cas d’une seule instance. Il faut ainsi imaginer ici qu’une autre instance narrative, supérieure au personnage narrateur, comme omnisciente, nous dévoile des éléments inédits que seul elle connait.

On parlera ici du « grand imagier » ou le maitre de cérémonie de Albert Laffay.
Il s’agit de l’instance qui structure et organise tout ce qui nous est montré. Les jeux d’images sont révélateurs de la présence du grand imagier.
En plus de cela, il y aura les narrateurs secondaires, qui peuvent être caractérisés par les dénominations suivantes:
-Homodiégétique = présent dans l’histoire racontée
-Autodiégétique = raconte sa propre histoire passée
-Hétérodiégétique = n’est pas présent comme personnage dans l’histoire racontée
Enfin, certains éléments de narration peuvent passer par une voix off qui peut être :
-Diégétique : le personnage appartient à l’univers représenté mais est absent à l’image
-Extra-diégétique : le personnage n’appartient pas à l’univers représenté
-la voix off appartient à l’un des personnages de l’histoire
-La voix off en tant que voix intérieure, dans ce cas il ne s’agit pas de discours rétrospectif sur les évènements l’énonciation est simultanée à la scène.
B. Les points de vue et la focalisation
On discerne plusieurs définitions du point de vue :
-Le point de vue depuis lequel on regarde (rapport regardant/regardé)
-La vue elle-même, prise depuis un point de vue
-Le point de vue narratif (emplacement de la caméra + vue depuis celle-ci)
-Le point de vue en tant qu’opinion, jugement (attitude mentale)

Dans les films, le point de vue est la plupart du temps assigné à quelqu’un : un personnage du récit ou l’instance narratrice.

En fonction de ce que le réalisateur souhaite raconter (par l’image ou par des mots) et par qui il veut le faire raconter, le point de vue peut être assigné soit au grand imagier, soit à un narrateur secondaire (autrement dit un personage de l’histoire) soit du point de vue du spéctateur (objectif).

On combinera les points de vue à la focalisation qui est un moyen de représenter les informations narratives du point de vue de quelqu’un.
Elle peut être interne (subjective) s’il s’agit de la vision qu’a l’un des personnages de la scène ou externe dans le cas ou la focalisation est sur tous les personnages.
III. Plusieurs exemples
A.Hitchcock : Rebbeca
Dans ce début de film, nous sommes dans le cas de figure où l’histoire est racontée par un personnage de celle-ci, et nous raconte ses souvenir sous forme de rêve. Le point de vue de la caméra , accompagné du discours en voix off, nous met dans la peau de ce personnage et nous fait vivre la scène comme celui-ci.
B.Hitchcock : Les oiseaux
L’alternance des points de vue, parfois nous montrant les actions des oiseaux (non visibles par l’un des personnages présents) met en évidence la présence du grand imagier.
C.Chronicles
Le point de vue de film est pendant toute sa durée celui d’une caméra.
Jamais visible, tout ce que nous verrons sera ce qu’elle a pu capter dans son objectif. Nous pourrions interpréter cela comme une façon de matérialiser le grand imagier dans un objet, et non en tant qu’entité non descriptible.

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