Conférence Haraway – Sengers – Latour en relation avec l’exposition Ro[bots] à l’Espace Jean Legendre

Introduction

L’exposition à l’Espace Jean Legendre, intitulée Ro[bots], présente les robots sous un angle non technique et scientifique mais davantage à travers leur relation à l’être humain. Les robots exposés dialoguent, conversent et se présentent sous forme d’avatar. La notion d’écriture est également mise en avant (le programme Dialector 6, par exemple).

La conférence est, quant à elle, axée sur le « Manifeste Cyborg »écrit par Donna Haraway. En compagnie de Bruno Latour et d’Isabelle Stengers, elle explique sa démarche et sa théorie. Présentant plusieurs images, Donna Haraway introduit la notion de Cyborg, cette invention de l’Homme, mi humain – mi machine. Elle axe sa présentation sur sa relation avec son chien, Cayenne et son expérience de la relation entre les êtres humains et les autres espèces. Cette notion d’expérience est reprise par Isabelle Stengers qui reprend l’expérience de Galilée. La réussite associée à ces deux expériences est différente, l’expérimentation de Galilée étant finie, tandis que la réussite de Cayenne et de Donna est quelque chose d’aléatoire, incluant des êtres vivants qui n’ont pas la même vision des choses.

La notion de robot et de cyborg

Ces deux événements culturels mettent en avant le rôle de l’Homme dans l’apparition des robots et des cyborgs. Ces deux « machines » sont créées par l’Homme. À quoi servent les robots ? Et des cyborgs ? Leur objectif est de jouer le rôle de l’Homme, de le servir, dans des situations qu’il ne peut pas ou ne veut pas réaliser lui-même. Dans sa présentation, Donna Haraway présente le premier cyborg qui a été inventé dans un objectif de découverte de l’espace. Nous pouvons également prendre l’exemple des poulets, modifiés génétiquement pour le marché international du poulet. Il s’agit ici de montrer la relation qu’il existe entre l’Homme et l’animal, qui, « travaille » avec nous, et qui est destiné à être tué par la suite. Un autre exemple est celui des pigeons (PigeonBlog) équipés de capteurs mesurant la pollution urbaine de la ville de Los Angeles.

Les robots sont eux aussi utilisés dans des situations que l’Homme ne peut pas réaliser comme des robots sous-marins. L’homme utilise donc ces deux machines dans le but de le satisfaire. Cependant, ces actions ne sont pas semblables dans le sens où elles n’incluent pas les mêmes participants, les cyborgs sont des êtres vivants doués de facultés semblables à l’être humain, tandis que les robots sont des machines purement électroniques, créés de toutes pièces par l’Homme.

Cette différence pose donc la question du langage, de la communication et de la compréhension entre les espèces vivantes et l’espèce humaine, mais également entre les Ro(bots) et l’Homme.

La question du langage

La question du langage est posée dans l’exposition et dans la conférence. Cette dernière aborde la relation de l’homme au chien via la relation de Donna Harraway avec Cayenne. A travers le sport et l’entrainement, Donna et Cayenne sont amenés à communiquer, ou du moins, à se comprendre. Il faut que les deux êtres prêtent attention à l’autre, l’autre qui appartient à une autre espèce, réalisent ensemble le parcours, surmontent ensemble les obstacles. Tandis que les humains connaissent la trajectoire, le chien, quant à lui, doit faire confiance à son maître pour le lui montrer. Si le jeu est quelque chose de naturel pour le chien, le sport, avec ses critères de compétition et d’effort, ne l’est pas. C’est là que réside toute la difficulté. Ce dressage est-il subi ou consenti par l’animal ? Comment le savoir ? En outre, Donna Haraway introduit la notion de co-domestication de l’Homme vers l’animal, et de l’animal vers l’Homme : il y a toujours eu cette notion de concocter un comportement suffisamment acceptable entre les deux espèces. Pouvons-nous alors parler de co-domestication entre un Ro(bots) et un être humain ?

Dans l’exposition, les robots sont présentés à travers l’écriture et leur relation à l’être humain par le dialogue. Le premier exemple présenté ici est le robot Dialector 6. C’est un programme conversationnel créé par Chris Marker en 1988. Après avoir été réactivité, des proches de Chris Marker ont été invités à dialoguer avec le programme. Il s’agit dans ce cas d’une conversation écrite entre l’Homme et une machine. Le programme a été développé de façon à ce que son discours, ses questions, ses réponses, soient au plus près de la réalité, à un point que nous pouvons nous demander si la machine pense réellement par elle-même. Il était surprenant de voir comment le programme pouvait interagir avec l’Homme et tenir une conversation « normale » dans un même langage, ce qui n’est pas forcément le cas entre l’Homme et l’animal.

Dialector. 6 - Programme conversationnel à l'exposition Ro[bots]

Dialector. 6 – Programme conversationnel à l’exposition Ro[bots]

Nous pouvons également prendre l’exemple de l’avatar Alissa, créé en 2010 par Agnès de Cayeux. Alissa est un programme conversationnel (comme Dialector), un bot, agent logiciel automatique qui interagit avec des serveurs informatiques. La communication et donc l’interaction réciproque rendue possible entre le visiteur de l’exposition et Alissa, créent un système cybernétique autorégulé. Toutefois, il ne s’agit pas seulement d’un logiciel puisqu’Alissa possède l’apparence d’un être humain sous forme d’avatar, tout en étant irréelle. Ce paradoxe n’est pas sans rappeler les cyborgs et leur définition, d’un être hybride à la fois machine et être vivant. De plus, d’après Agnès de Cayeux, cette dernière emprunte des bribes de son histoire à des personnes de sexe féminin célèbres ou non, vivantes ou bien décédées. Malgré l’apparence féminine d’Alissa ainsi que ses souvenirs inspirés de femmes humaines, on ne peut considérer Alissa comme appartenant au sexe féminin. En effet, Alissa appartient à un nouveau genre, non sexué. Ce dernier point se rapporte à la théorie développée par Donna Haraway dans son texte « Le Manifeste Cyborg », défendant la cause féminine : Alissa ne peut ici être réduite à un corps dont elle possède seulement l’apparence.

Alissa - Programme conversationnel à l'exposition Ro[bots]

Alissa – Programme conversationnel à l’exposition Ro[bots]

Si les robots peuvent parler et communiquer avec l’être humain ce n’est pas le langage qui fait de la machine un « être vivant ». Ce n’est pas le langage à proprement parlé, ni même l’apparence (nous pouvons également citer le robot et la pomme, humanoïde créé par Hiroshi Ishiguro), mais sa capacité à réfléchir, à construire une réflexion, à ressentir des émotions et à les transmettre.

Des émotions et sentiments il en existe entre Cayenne et Donna. Il n’y en pas entre Agnès Varda et Dialector. Donna peut ainsi savoir si Cayenne veut s’entrainer ou alors se détendre (jouer). Agnès Varda peut parler des heures avec Dialector sans que celui-ci ne se fatigue ou lui transmette cette idée, ce sentiment. Alissa, quant à elle, nous fait part de son histoire, de son ressenti sur la vie, les rêves, etc., mais nous nous rendons facilement compte de ses limites, car certaines de ses phrases se répètent régulièrement, et ses réponses ne sont parfois pas cohérentes avec la question posée.

L’aspect futuriste de cette création (Alissa se situe en 2066 dans l’espace temps), nous amène entre autres à une réflexion plus poussée sur les relations futures entre les hommes et les machines. Peut-être serons-nous capables de créer des machines pouvant passer le test de Turing avec succès dans un futur proche (test fondé sur la capacité d’une intelligence artificielle à imiter une conversation humaine) ? Le milieu cinématographique s’est déjà penché sur la question, avec le film « Her », de Spike Jonze, sorti en 2014. C’est l’histoire d’une relation inédite omnisciente entre un homme et une intelligence artificielle avec qui il communique.

 

Juliette Bignon, Claire Portier et Marion Roy

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