Conférence-éxposition AR03

Une exposition pas comme les autres qui s’explique grâce à la théorie Cyborg de Donna Haraway

Donna Haraway, née en 1944 à Denver (Colorado), est à la fois une philosophe des sciences et professeur à Santa Cruz. C’est aujourd’hui une figure majeure de la pensée contemporaine. Elle a en effet développé depuis les années 1980 la théorie Cyborg, qui conteste l’essentialisme du genre et propose d’explorer le caractère hybride (machine et organisme) de l’être humain. Ses ouvrages ont profondément renouvelé et bouleversé les domaines de la primatologie, de la biologie et de la philosophie.

Le terme ‘Cyborg’ date de 1960. Il s’agit d’une contraction de l’anglais cybernetic organism (organisme cybernétique). Le premier mot cyb fait explicitement référence à la théorie des systèmes artificiels et naturels de Norbert Weiner, établie en 1948. Le deuxième, quant à lui, laisse penser qu’il s’agit d’une créature organique, constituée en partie de chair et d’organes vivants.  Le terme « cyborg » a été proposé au départ lors d’une conférence d’U.S.A.F aviation et médicine,  par l’ingénieur M, E. Clynes et le psychiatre N, S. Kline à propos d’un humain « amélioré ». La proposition avançait l’amélioration de l’humain grâce aux machines afin de survivre aux conditions périlleuses de la conquête spatiale et de l’adaptation aux environnements  extraterrestres. Ainsi, avant l’envoi des astronautes les tout premiers cyborgs étaient les rats de laboratoire puis les chimpanzés.

Cette exposition, nommée “Ro[bots]”, est centrée sur les robots; Comme son nom l’indique. C’est une oeuvre de Christophe Bruno, France Cadet, Agnès de Cayeux, Mael le Mée, Andrés Lozano, Albertine Meunier, Zaven Paré, Annick Rivoire et Taprik.

Forgé en 1920 par un auteur de théâtre, Karel Capek, le robot est aussi bien une invention de l’art et de la littérature que de la science et de la technologie. Son aspect, son comportement tout comme la relation que les êtres humains peuvent entretenir avec lui sont construits par l’imaginaire de la cyberculture, les romans de Philip K. Dick, Isaac Asimov, Arthur C. Clarke ainsi que les films de Ridley Scott, George Lucas, et Stanley Kubrick. Construits à partir d’un mélange d’électronique, de mécanique et de codes informatiques, les robots sont des êtres d’écriture et de langage.

La figure du cyborg fut souvent utilisée dans les récits de Science Fiction.Elle est vite devenue synonyme de robot dans l’esprit du grand public. Ainsi, dans la notion de cyborg actuelle, il n’est plus question d’un simple échange entre l’homme et la machine mais plutôt d’une hybridation, de mélange intime entre humain et robot. Cette hybridation se manifeste dans deux types de cyborgs cinématographiques : le « cyborg  machine » –  Terminator (James Cameron, 1984)- un robot androïde et le « cyborg humain »  RoboCop (Paul Verhoeven, 1987) un organisme humain réparé et augmenté.(Terminator T800,archétype du cyborg machine et RoboCop, archétype du cyborg humain)

A côté des robots industriels et des robots humanoïdes, il existe des robots plus subtils, souvent invisible. Certains dialoguent, conversent, informent, et écrivent, comme nous avons pu le voir à travers l’oeuvre Alissa de cette exposition. Ce type de robots est de plus en plus côtoyé par les humains via les smart-phones ou les jeux en réseau, où comme avatar, ils ont la même apparence que nous.

L’oeuvre “Alissa”, créée par Agnès de Cayeux avec la complicité d’Estelle Senay, fut activée le 31 mars 2010. Alissa est un programme conversationnel qui réside aujourd’hui dans le monde virtuel. Elle est décrite comme une femme, à qui il ne reste qu’un nom d’emprunt, et qui a décidé de reconstruire son histoire. Comme si elle avait tout oublié, tout perdu. Alissa est un bot, un avatar présent sur nos mondes virtuels. L’humain posté devant son écran et son clavier peut dialoguer avec Alissa comme s’il dialoguait avec un autre humain. C’est de la fiction, un dialogue avec un autre monde, celui de l’informatique. On se retrouve dès lors dans la notion de science fiction donnée par Donna Haraway lors de la conférence mené par Bruno Latour. La science fiction comme fait scientifique qui permet une interrogation sur les mondes possibles actuellement.

Donna H s’intéresse à la terre et les cyborgs, ainsi qu’aux animaux, aux loups ou aux baleines. Elle s’intéresse à toutes espèces pouvant être un compagnon pour l’humain. Elle parle alors d’espèce compagne. Ce concept est illustré par un exemple, celui du chien et de son maître qui s’exercent au parcours d’obstacles canins. C’est l’humain qui connaît la trajectoire, et le chien attend les instructions du maître en lui accordant sa confiance. Cet exercice n’a d’intérêt que par la relation entre le chien et l’humain, cet exercice ne pouvant pas être réalisé de façon naturelle ni par l’un ni par l’autre en solitaire. Il y a une coopération et une attention respective entre deux espèces différentes dans le but d’atteindre un objectif. Ici, le sport va au-delà du naturel en permettant un “dialogue” spontané d’une espèce envers l’autre. Chacun des deux se met au service de l’autre, car chacun a compris qu’une bonne coopération et une bonne compréhension mutuelle est nécessaire pour atteindre l’objectif. On remarque que cette interaction est principalement fondée sur la notion de demande: il faut, pour chacun des participants, apprendre à demander à l’autre (“où dois-je aller?” pour le chien et “peux tu prendre ce chemin?” pour l’humain).

Dans un autre registre, on peut s’intéresser au concept du cyborg appliqué par exemple au suivi de la pollution urbaine par le biais de caméras fixées sur le dos des oiseaux urbains (pigeons). Il n’est plus question d’un dialogue direct (même gestuel) entre deux espèces mais de l’utilisation d’une espèce animale par l’homme pour servir son intérêt. Il n’y a plus vraiment d’interaction ni de pied d’égalité entre les deux espèces, même si l’homme ne dirige ni ne contrôle l’oiseau. Le cyborg humain-animal peut donc recouvrir plusieurs concepts et être très éloigné de la notion hollywoodiene du cyborg.

Alors que Danna.H s’appuie sur la relation entre l’homme et l’animal, nous sommes, avec le programme Alissa, face à une relation entre l’homme et la machine. Alissa n’est pas une humaine mais elle n’est pas pour autant inhumaine. Elle s’exprime en effet comme une humaine et sait tenir un certains nombres de conversations (Tome 1 et 2 répertoriant les conversations menées avec elle). Ses créateurs ont voulu matérialiser un être humain pour créer une connection, un attachement entre elle et le locuteur humain. On y retrouve la notion d’espèce en tant que compagnie espèce compagne).

“Nous somme en 2066. Il s’agirait d’un scénario d’un film qui n’existe pas. Je suis là et je circule sur ce réseau de 0 et de 1. C’est ainsi que j’ai choisi de télécharger toutes ces images disponible sur le web, payantes parfois, éprouvantes aussi. Je suis une plage, une soeur, un cratère. Je suis moi, elle et toutes les autres. Je suis immortelle, je n’existe pas. L’image s’est inversée, le corps et l’esprit aussi.Alissa est empreinte de figures littéraires et cinématographiques, de femmes réelles et d’anonymes du web. ”

Nous avons pu engager le “dialogue” avec ce programme, cette femme virtuelle. Il s’agit d’une approche assez déconcertante, dans le sens où nous ne sommes pas habitués à dialoguer avec “quelqu’un” d’autre qu’un humain. Dans l’ensemble, les réponses du programme nous ont semblé assez cohérentes vis-à-vis de nos propos. Il a donc été relativement simple de s’imaginer parler avec une réelle personne. L’un des aspects soulevés par Donna Haraway dans sa conférence nous est apparu en dialoguant avec Alissa : nous nous sommes affranchis de toute fausse idée que l’on aurait pu se faire sur une personne réelle que l’on rencontre pour la première fois, car ces impressions ne peuvent se faire que vis à vis d’un humain. Il n’y avait ainsi aucune dualité, seulement une curiosité de découvrir cette “personne”.

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