On est tous des Cyborgs biologiques

Introduction: Conférence le Manifeste Cyborg 

Même si la conférence intitulé « Le Manifeste du Cyborg » était assez dense en contenu, nous pouvons repérer deux concepts qui peuvent être mis en relation avec certaines œuvres que l’on a retrouvé dans l’exposition Ro[bots] à l’Espace Jean Legendre : le concept de Cyborg et la Composition. Il faut préciser que les concepts ne seront pas utilisés dans le sens où ils ont été conçus par les auteurs impliqués dans la conférence.

Tout d’abord, on a la métaphore du cyborg utilisé par Haraway afin d’expliquer et justifier les contradictions fondamentales de la théorie féministe. On ne précisera pas quelles sont ces contradictions ; il suffit de remarquer la solution proposé par Haraway à travers cette métaphore : les contradictions doivent être conjointes au lieu d’être résolues de la même façon où le « naturel » et l’« artificiel » se combinent pour créer une unité fonctionnel (vivant, si l’on considère pertinent) appelé Cyborg. On utilisera cette relation entre deux concepts opposés dans cet argumentation.

Deuxièmement, on a le concept de composition qui, d’une certaine façon, est lié à la métaphore du Cyborg. Même si ce concept a été évoqué par Haraway en l’utilisant dans une perspective très particulier, cette idée de composition a été originalement développé par Bruno Latour : « il n’y a pas de monde commun : il faut le composer ». On a des différentes façons de définir un monde, chacun avec son propre niveau de découpage dans l’ensemble absolu que l’on appelle « réalité ». On a donc la planète Terre comme un monde qui évidemment n’est pas composés des éléments du même champ sémantique. On a une cellule vivante que l’on peut interpréter comme un monde constitué non seulement de matière et énergie mais aussi des mécanismes impulsé par une force que dans le domaine de la biochimie on a du mal à définir. En effet, tous les mondes que l’on peut concevoir sont des mondes composés des éléments plus ou moins opposés entre eux. A une échelle plus que macroscopique on a l’univers entier où la matière coexiste avec l’antimatière malgré que ces deux éléments son si contradictoires que le simple contact entre eux entraîne son disparition de la réalité. Arrêtons d’abstractions comme les dernières et précisons la façon où le concept de composition est utilisé par Haraway. Elle parle des associations inter-espèces qui ne sont pas tout à fait harmonieuses et complémentaires mais qui sont stables et fonctionnels. Elle évoque en particulier la relation humain-animal domestique, et elle précise comme exemple sa propre relation avec son chien « Cayenne ».  La relation entre ces deux entités (Haraway et Cayenne) n’est pas parfaite car elle est conditionnée par des contraintes liées à l’individualité de chacun d’entre eux. Ce qu’il faut remarquer est le fait que l’imperfection d’un système est ce qui maintien la stabilité et fonctionnement de la relation. Par l’instant on ne justifiera cette affirmation dépourvue de sens à la première fois qu’on l’entend.

Enfin, deux œuvres de l’exposition Ro[bots] seront traités dans ce texte : Le Mot-Duze et Canis Lupus Anatomies. La perspective de l’analyse de ces œuvres sera fait en utilisant le concept de cyborg et compositions, notamment autour de la relation être vivant-machine.

Le Mot-Duze

D’après le site du spectacle « Raoul Pêques et la vaisselle de sept ans » (http://www.mael-lemee.org/MLM/Raoul.html), le Mot-duze, une dispositif créé par Mael le Mée, est un tourbillon chaotique de mont tentaculaires que le protagoniste de l’aventure existentialiste affronte à la fin de son voyage et qui représente, au-delà  de l’angoisse et de l’impossibilité de parler, un langage en panique. Cette idée de chaos nous fait penser au concept d’entropie, cette force étrange qui pousse chacun de nos atomes vers le désordre, autrement dit la mort.

Le Mot-Duze est une créature numérique composé de mots animés grâce à des modèles physiques que les utilisateurs peuvent manipuler à l’aide d’une souris. Rappelons l’exemple d’une cellule que l’on avait défini comme un monde composé des éléments opposés. Dans le cas du Mot-Duze, le monde fonctionnel est composé par les mots (information) de la méduse virtuelle et les mouvements du manipulateur qui apportent la force nécessaire afin de transformer les éléments désordonnées et statiques de la méduse virtuelle en quelque chose qui nous rappelle à un vrai être vivant. Dans une cellule vivante ces éléments matériels  (molécules) sont impulsés par une force inconnue vers le sens inverse de la nature : l’ordre, plus précisément le maintien de l’état ordonné vivant.  Un être vivant n’est pas une entité strictement naturelle car son comportement échappe à la tendance imposé par la nature et ses lois.

Le Mot-Duze

Le Mot-Duze

 

L’information contenue dans le corps du Mot-Duze sert à constituer ses éléments anatomiques. Cela peut être vu comme une analogie à ce qui se passe dans le domaine de la génétique et la biologie moléculaire. L’information contenue dans nos gènes est toujours exprimé sous une forme matérielle qui est fondamental pour le maintien de la vie (l’ordre).  Un gène est une séquence de lettres qui représentent les constituants chimiques d’une molécule d’ADN. L’interprétation de cette information à travers certains mécanismes assez similaires chez tous les êtres vivants permet sa « traduction » en éléments tangibles nécessaires au fonctionnement des fonctions vitales. A partir de ces idées on peut conclure qu’un être vivant comme la composition « Mot-Duze-Utilisateur » est constitué des trois éléments de base : matière (écran), information (mots et code informatique) et une force vitale qui conduise et maintien l’état ordonné (l’utilisateur).

Le flux de l'information ver la créations de matière ordonnée

Le flux de l’information ver la créations de matière ordonnée

 

Canis Lupus Anatomies

Cette œuvre de France Cadet est une série de six sérigraphies qui mêlent l’apparence artificielle externe du chien (carapace robotique) et son anatomie interne biologique et fonctionnelle (système cardio-pulmonaire, digestif et squelette). Il s’agit d’un œuvre dont le but est de montrer que le développement des nanotechnologies actuelles réduit de plus en plus les frontières entre le vivant et l’artificiel. On n’approfondira pas sur cet aspect car le but de cette argumentation est de justifier pourquoi un être vivant n’est pas seulement composé des éléments naturels (matière) mais aussi des éléments qui présentent, d’une certaine façon, un caractère artificiel.

Ces éléments artificiels présents dans tous les êtres vivants ne sont pas tangibles. Il s’agit de l’information contenu dans ces gènes laquelle repose sur un élément matériel : la molécule d’ADN. L’œuvre de France Cadet illustre l’interface entre la carapace robotique et les systèmes biologiques à l’intérieur. Cependant, une expérience fortuite que nous avons effectuée au moment de regarder l’œuvre nous a permis d’illustrer le passage entre l’information et la création des systèmes biologiques. A côté des sérigraphies de France Cadet, il y avait un code QR. Nous avons utilisé une application mobile permettant lire ce genre de codes et le résultat a été, personnellement, surprenant. Le code nous a envoyé ver une page web où l’œuvre de France Cadet était montrée. Ce fait, peut être assez vague pour certains, m’a fait penser au flux de l’information génétique (éléments artificiel) contenu dans l’ADN (élément matériel) vers la construction de la matière nécessaire à la vie.

Passage de l'information contenue dans un élément matériel vers un organisme vivant

Passage de l’information contenue dans un élément matériel vers un organisme vivant

 

Conclusion

Dans cette argumentation on considère l’information comme un élément artificiel car quelque chose qui a de sens dans la pensée de l’être humain ou dans la logique moléculaire de la vie ne peut pas être issue du hasard, du désordre ou de la nature. A partir de cette perspective on peut conclure que pratiquement tous les mondes concevables, en particulier les être vivants, sont des entités composées des éléments différents et parfois opposés. Ce monde peut alors être défini comme un Cyborg. On est tous des cyborgs biologiques.

Finalement, il faut préciser que la relation entre les éléments conformant un monde n’est pas parfaite. Une relation parfaite peut persister dans le temps mais on sait que les êtres vivants succombent un jour à l’entropie. Alors cette relation est imparfaite, mais c’est l’imperfection ce qui permet la création des innombrables interactions nécessaires au fonctionnement d’un système si complexe comme un être vivant avec relativement peu d’éléments matériels.

 

José Refugio JARAMILLO PONCE    

Archibaldo FLORES

 

 

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