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Archives Mensuelles: juin 2014

Le numérique bouscule les frontières entre des domaines parfois cloisonnés. Il permet de faire un lien entre l’art et la technologie, comme par exemple dans l’œuvre  « La Machine à remonter le temps » de Mael le Mée et Matthieu Foucat.

Basé sur SimMétéo, un projet multimédia de simulateur de conditions météorologiques, ce dispositif (deux écrans + son) permet au spectateur de se retrouver dans les conditions météorologiques de la journée de son choix.

Le domaine artistique a mis du temps avant de s’intéresser aux technologies. L’inverse est vrai aussi. Par exemple, les ampoules ont bouleversées le théâtre, traditionnellement éclairé à la bougie.

La démarche de conception de l’ingénieur peut se rapprocher d’une activité artistique, avec pour point commun le bricolage d’éléments hétérogènes (scientifiques et sociaux par exemple). Le geste de création génère les conditions d’observabilité de la manifestation d’un phénomène. Le croisement entre l’art et la technologie, dans la tradition des ingénieurs artistes comme Léonard De Vinci est essentiel pour construire une culture dans ce contexte technologique contemporain. L’artiste explore les possibles, l’ingénieur construit des usages. Leur confrontation doit contribuer à une culture numérique qui serait interprétée non pas comme un asservissement mais comme un dépassement continuel de celle-ci. Comme par exemple dans l’œuvre représentant une jeune femme et un papillon. En approchant la jeune femme de sa main, le papillon bouge des ailes.

Le scientifique et l’artiste partagent cette même recherche de la perfection jamais atteinte. Ensemble, ils innovent, accèdent à de nouveaux horizons qu’ils n’auraient jamais envisagés seuls, coupé soit de la technologie soit de l’art.

Les arts numériques révolutionnent la mise en scène, la pensée. Par exemple lorsqu’un humain dialogue avec une personne virtuelle (robot). Les premières installations, copiant ou simulation la réalité furent peu à peu remplacées par du fantastique : création d’univers à part, réalité augmentée,… Les dispositifs numériques avec lesquels l’artiste peut interagir permettent d’amplifier les effets et les impressions. L’immersion pour le public est alors bien plus importante, les émotions ressenties aussi, comme par exemple dans « la machine à remonter le temps ». La pluie tombe sur nous sans nous mouiller ! Le temps se ressent par l’air (frais, humide, présence de vent) mais peut se définir par le ciel (couvert, clair,…) et par son impact sur le sol (pluie = flaque, beau temps = sol sec, neige = sol blanc). Les deux écrans, au sol et au plafond permettent au spectateur de retrouver ces repères. Il vit dans l’œuvre.  L’immersion sonore est assurée par une bande son en accord avec la météo.

Ce couple œuvre + spectateur devient donc un hybride de machine et de vivant : un cyborg. Le cyborg, pour exister, a autant besoin de la machine que du vivant. La machine fournit une réponse au vivant. Pour exister, le vivant doit interagir avec la machine.

L’art exige cependant de la nuance, de la finesse. Par exemple, les œuvres de Zaven Paré cherchent à conférer aux robots une sorte de ressemblance avec l’être humain, qui passe par des détails témoignant d’une conscience et d’un inconscient, afin de développer un effet de présence (se gratter par exemple). Une machine ne peut susciter de l’empathie que si elle suggère une forme d’intelligence, ou au moins une présence consciente. L’artiste est préoccupé par la réception et l’interprétation du spectateur. Il cherche ainsi à susciter des émotions (animation d’une œuvre au toucher d’une partie de celle-ci par exemple). 

L’art permet parfois, comme à travers cette exposition, d’accompagner les technologies dans le monde d’aujourd’hui. C’est aussi à travers la diffusion artistique que les mentalités évoluent. Les artistes ont souvent été des précurseurs dans la société et cette exposition nous amène au concept du cyborg, de la machine, et de l’être vivant.

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La plastination de cadavres.

De l’Antiquité au Moyen Age les dissections étaient interdites en raison de croyances religieuses. Il faudra attendre la Renaissance pour pouvoir pratiquer des dissections sur des corps humains. En effet, l’autorisation des dissections ont permis une progression considérable dans le domaine de l’anatomie. Notre étude porte sur l’exposition de corps humains « Body Worlds » et particulièrement sur la plastination des corps humains du docteur Gunther Von Hagens. G. Von Hagens est un anatomiste allemand. C’est d’ailleurs lui qui est à l’origine de l’exposition « Body Worlds » paru pour la première fois en 1995 et que l’on trouve dans plus de 65 villes. G. Von Hagens utilise la méthode de plastination pour exposer ces corps. En effet, la plastination est une technique inventé par l’anatomiste en 1977 permettant de conserver le cadavre après la mort. Ce procédé se réalise suivant quatre étapes :

1er étape : Les corps ou parties de corps sont immergés dans du formaldéhyde ou formol (produit chimique employé pour la conservation de spécimens anatomiques).

2ème étape : Les corps sont placés dans des bains d’acétone froid (-25°C) afin d’attirer les molécules d’eau des cellules. Ensuite les corps sont plongés dans un bain d’acétone chaud pour dissoudre les graisses pendant une quinzaine de jours.

3ème étape : Les liquides organiques (comme l’eau et le sang) ainsi que les graisses, qui ont été éliminés dans le bain d’acétone sont remplacés par de la silicone de caoutchouc ou de la résine époxy dans le but de conserver le corps.

4ème étape : Les corps sont durcis définitivement après fixation de la silicone soit par polymérisation (réaction chimique), soit par gaz ou par chaleur. Puis, pour la mise en forme du corps, on utilise pour « fixer » la position du corps, des câbles, pinces, blocs de mousse, etc. Le temps total de préparation pour un corps humain entier est d’environ 1500h soit environ 2 jours.

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Le processus de plastination d’un cadavre

Body Worlds connaît un véritable succès puisqu’elle attira des millions de spectateurs venus du monde entier. Mais l’œuvre de Von Hagens n’est pas aussi parfaite que cela. Elle suscite beaucoup de critiques notamment sur la provenance des corps…

C’est pourquoi, l’œuvre de Von Hagens soulève de nombreuses questions d’éthique, et de légalité que nous développerons par la suite. De plus, une autre polémique suscite le questionnement de savoir si un cadavre plastiné peut-il être considéré comme une œuvre d’art.

Il nous permet d’éclairer la question de savoir : quel est l’impact éthique, artistique et scientifique de l’exposition de cadavre ?

Tout d’abord, nous verrons les objectifs essentiels de ces expositions puis nous analyserons l’œuvre en elle-même, les critiques qu’elle peut susciter…

But pédagogique

Le but premier de ces expositions mis en avant par Body Worlds et Von Hagens est l’éducation. A travers différentes poses de la vie courante, ces corps plastifiés montre l’agencement des organes. Ainsi, certain corps mettent en évidence des systèmes du corps humain comme le système nerveux ou le système respiratoire. On peut également y voir la différence entre des organes saints et des organes malades.

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Le poumon noirci d’un fumeur est présenté à côté d’un poumon sain

But artistique:

Ces expositions ont également un but artistique : montrer la beauté du corps humain, la beauté des formes et des systèmes qui composent le corps humain. Elles ont aussi pour but de montrer la singularité de notre corps, que les modèles plastiques de l’enseignement ne peuvent montrer.

Controversial Body Worlds Exhibition Opens

Les œuvres de Von Hagens révèlent la complexité du corps humain.

Problème éthique:

Bien évidemment ces expositions ont soulevées des problèmes d’éthiques. Avant l’inauguration de Body Worlds en Amérique du Nord, un comité composé de théologiens, éthiciens, universitaire et sommités médicales a réalisé une analyse éthique indépendante. Ce comité a jugé cette exposition acceptable si elle respecte certaines règles comme: le respect des corps exposés ; l’explication de la raison pédagogique de chaque corps exposé ; la cause de la mort des pièces les plus controversées connues (exemple d’une femme avec un fœtus mort).

Cependant il existe certaines contestations telles que:

  • Non-respect des corps exposés à cause du but lucratif de l’exposition,

  • Provenance des corps (exemple de l’exposition en France de « Our Body » interdite, car les corps provenaient de prisonniers chinois condamnés à mort),

  • But pédagogique contesté, les logiciels de simulations permettent de mieux étudier le corps humain,

  • Contestation renforcée par la mise en vente en ligne de corps plastifié.

Pour montrer la controverse autour de ces expositions, on peut citer le cas de la France avec « Our body ». La France est le seul pays à avoir interdit ces expositions car (citation du comité national d’éthique):

  • La finalité pédagogique et scientifique des expositions de cadavres se trouve obscurcies par une ambition lucrative puisque les entrées sont payantes,

  • Les médecins eux-mêmes ont de moins en moins recours à l’étude de cadavres, étant donné que leur formation fait plus fréquemment appel à des apprentissages par simulateurs qui sont plus efficaces.

Un cadavre plastiné peut-t-il être considéré comme une œuvre d’art?

Ensuite, l’exposition de corps plastinés « BodyWorlds », créée par Von Hagens, connaît un énorme succès, mais les critiques à l’égard du travail de cet anatomiste ne cessent de se manifester. Le but principal de la plastination est la conservation des corps humains pour l’enseignement de l’anatomie. En effet, Von Hagens insiste sur le fait que les corps plastinés sont des objets pédagogiques plutôt que des œuvres d’art. Cependant, la plupart de ces objets sont présentés dans les musées et les galeries d’art, ce qui contraste avec les affirmations de Von Hagens. La controverse éthique autour de cette exposition peut être largement traitée, mais dans ce texte on s’intéressera au débat artistique que suscite l’exposition publique des corps plastinés. Le dilemme à éclaicir est de savoir si l’on peut considérer un cadavre plastiné comme une œuvre d’art.

La problématique peut se réduire à deux hypothèses. La première considère que le cadavre d’une personne ne peut jamais être un œuvre d’art car il n’est pas le résultat d’un processus créatif. Il n’est pas un objet mais une personne. La dignité de la personne qui fut le cadavre autrefois est ce qui empêche son exposition artistique d’un point de vue éthique. Dans la deuxième hypothèse, on considère que le cadavre d’une personne n’est pas la personne et, par conséquent, on ne peut avoir la même considération éthique que l’on a avec les personnes vivantes. Le fait d’exposer dans un musée le cadavre d’une personne n’est pas un attentat à la dignité de son ancien possesseur, surtout si l’intention de l’exposition est éthiquement correcte. Par ailleurs, depuis la perspective de Marcel Duchamp, le processus de création n’est pas toujours nécessaire pour déterminer ce qui peut être considéré comme une œuvre d’art. Il suffit que l’artiste choisisse d’exposer un objet quelconque dans un contexte artistique pour rendre cet objet une œuvre d’art. Le choix de Von Hagens d’exposer des corps plastinés dans des espaces artistiques les rend déjà œuvres d’art.

De plus, on peut considérer les objets de Von Hagens comme étant des œuvres d’art contemporain. Cependant, la plastination d’un cadavre implique évidemment un processus de transformation qui permet le passage d’un objet naturel éphémère à un objet artificiel qui peut demeurer dans le temps. En plus, les cadavres sont positionnés dans des différentes postures qui ne sont pas naturels d’un cadavre et qui impliquent donc un processus de création. On peut affirmer que les objets de Von Hagens ont toutes les caractéristiques d’une œuvre d’art, même l’esthétique. En effet, l’artistique n’est pas toujours en accord avec la beauté et on a comme exemple l’art abject, un type d’art que met en valeur l’esthétique de ce qui est moche ou répulsif.

L’œuvre de Von Hagens est critiqué mais en même temps apprécié. Les personnes refusent l’exposition de corps plastinés parce qu’elles ont peur de constater le caractère éphémère de leurs propres vies. Elles ont peur de se rendre compte que leurs existences ne sont pas qu’un assemblage des molécules, des éléments matériels. Elles ont peur de la mort et de l’oubli. Cependant, l’œuvre de Von Hagens cherche à monter la réalité éphémère de la vie de la même façon que les dispositifs de Damien Hirst, peut-être moins controversés.

Néanmoins, les personnes apprécient l’oeuvre de Von Hagens parce qu’elles peuvent contempler de près le visage de la mort sans avoir le dégout qui pourrait provoquer un cadavre en état naturel. Il s’agit de la curiosité eschatologique que l’on a tous nous de savoir ce qui existe après la mort. La contemplation d’un corps plastiné fait que le spectateur se pose certaines questions : Qu’est que c’est une personne ? Qu’est que c’est le corps ? Où est la frontière entre le corps et la personne ? Où repose la réalité ultime de la personne ?

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Le spectateur cherche à satisfaire sa curiosité eschatologique (à gauche: La muerte, un jeu traditionnel mexicain, à droite: Âme qui s’en fuit d’un rêve, peinture à l’huile d’Angeles Santos).

L’exposition de Von Hagens nous donne une opportunité de vaincre l’inquiétude de l’être humain par la mort et l’oubli. Les cadavres plastinés nous permettent de regarder la mort de si proche qu’elle semble être inoffensive. Les objets de Van Hagens sont la mort de la mort du corps humain. La mort de la mort. Le terror mortis est banalisé à travers la volonté du spectateur à contempler la mort.

Guillaume GONÇALVES

José Refugio JARAMILLO PONCE

Hassan AIT BAMAR

La fête des Lumières est un évènement culturel lyonnais, accueillant chaque année en décembre environ 4 millions de spectateurs venus du monde entier. Pendant 4 jours, de nombreux bâtiments et sites de la ville sont illuminés par des artistes venant de tous les horizons. En 2013, 80 œuvres étaient présentées à travers la ville.

Depuis sa première édition, en 1999, le festival s’est imposé dans le paysage culturel lyonnais et participe à la diversité des événements qui s’y déroulent. En effet, la ville accueille, entre autres, les Nuits sonores (environ 100 000 spectateurs), les Nuits de Fourvière (environ 120 000 spectateurs) ainsi que les Biennales d’Art Contemporain et de la Danse. Au total, la part du budget accordée à la culture par la ville représente environ 20%.

Cette fête est, à l’origine, religieuse. En 1852, la statue de la vierge de la chapelle de Fourvière, créée par le sculpteur Lyonnais Joseph-Hugues Fabisch, est inaugurée. A cette occasion, les habitants de la ville illuminent les façades de leur habitation avec des bougies, les lumignons. Depuis, tous les 8 décembres, les lyonnais célèbrent cette journée. C’est sous l’impulsion de Michel Noir (maire de Lyon de 1989 à 1995), puis de Raymond Barre (maire de Lyon de 1995 à 2001) que se déroule, en 1999, le premier festival des Lumières, s’articulant autour de cette fête du 8 décembre. Petit à petit et avec le travail de l’équipe municipale de Gérard Collomb (maire de Lyon depuis 2001), cette fête est devenue un évènement culturel à part entière ainsi qu’un acteur majeur de la valorisation de la ville à l’échelle nationale et internationale.

La ville de Lyon participe à la mise en place du festival et à son financement, à hauteur de 50%. La moitié restante est financée par des partenaires privés.

Nous avons sélectionné deux œuvres différentes de l’édition 2013, qui s’est déroulée du 6 au 9 Décembre.

  • 1ère œuvre : Anamorphose, Skertzo

La ville de Lyon a dû rénover entièrement le tunnel de la Croix Rousse afin qu’il soit en conformité avec les nouvelles normes de sécurité en matière d’ouvrage souterrain. La ville a saisi l’opportunité pour en faire un projet innovant : créer un tunnel parallèle à l’existant, exclusivement réservé aux modes doux et transport en commun (bus). La longueur du tunnel est de 1,7 km et mesure 10 mètres de large. Il accueille une voie de bus, une piste cyclable et une voie piétonne.

L’animation du tunnel a donc été confiée à Skertzo. Son inauguration a eu lieu pour la fête des Lumières. Skertzo y met en scène douze parcours sur des thématiques différentes afin que chaque trajet de la journée soit différent. Ce sont des images, des vidéos de paysages, de scènes projetées sur les murs du tunnel permettant aux visiteurs de voyager, et surtout de faire de cette traversée un moment ludique, divertissant (sachant que le tunnel fait un peu moins de 2 km, soit environ 20 minutes de marche). C’est également la raison pour laquelle cette installation artistique est permanente, afin d’éviter ce sentiment anxiogène.

Tunnel-Arrivée tunnel-Cirque Tunnel-Nature Tunnel-Sousmarin Ci-dessus : Plusieurs ambiances du tunnel mode doux

Globalement, les avis sont positifs sur cette œuvre, mais certains révèlent des problèmes de sécurité : quelques animations ne sont pas assez lumineuses et des zones d’ombres subsistent. Cela peut s’avérer dangereux, notamment entre piétons et cyclistes car il n’y a pas de véritables limites marquées au sol.

En ce qui concerne l’artiste, Skertzo regroupe depuis 1988 des scénographes et réalisateurs, parmi eux Jean-Michel Quesne et Hélène Richard. Leur concept est de faire de l’espace urbain une scène de théâtre afin de faire redécouvrir un monument du quotidien, stimuler notre imaginaire, par exemple. Le duo a d’ailleurs des expériences dans le théâtre, le cinéma, et tout ce qui se rapporte à ces domaines (mise en scène, décors, etc.). Skertzo a également déjà participé à la fête des Lumières en 2002, 2003 et 2012, place des Terreaux.

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Fête des lumières 2012 – Place des Terreaux

Leurs réalisations sont nombreuses : pour des spectacles, des évènements particuliers, mais aussi pour des entreprises.

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Inauguration de l’attraction Oziris au Parc Astérix (2012)

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La nuit des Musées – Paris, façade de l’Hôtel de Soubise (2012)

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Dior – Soirée de lancement du parfum Midnight Poison (2007)

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Mugler Follies – Théâtre Le Comedia (2014)

  • 2ème œuvre : Show case, Direction de l’éclairage public de la ville

La deuxième œuvre présentée ici a été imaginée par une équipe composée de :

– Conception et réalisation : Jérôme Donna de la Direction de l’éclairage public de la Ville (qui s’occupe aussi du plan lumière et des éclairages pérennes dans la ville) avec un collectifs de 15 agents publics,

– Effets visuels : Wecomeinpeace,

– Effets sonores : GL events Audiovisuel/Frédéric Viricel.

La Direction de l’éclairage public de la ville est chargée de présenter une œuvre tous les ans lors de la fête des Lumières. Cette œuvre est donc spécifique, puisqu’elle n’a pas été créée par un artiste connu internationalement. Jérôme Donna, son créateur, est architecte d’intérieur de formation, et aujourd’hui éclairagiste pour la ville de Lyon.

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Rêves d’enfants – Fête des lumières 2011

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Jungle urbaine – Fête des lumières 2012

Ci-dessus : deux œuvres réalisées par la Direction de l’éclairage public de la ville à l’occasion de la fête des lumières

Pour l’édition 2013, le lieu travaillé pour cette œuvre est la place des Jacobins, dont la rénovation a été achevée en juin 2013. 300 cubes composés de lampes halogènes entourées par une ceinture métallique recouverte d’un miroir sains tain sont disposés en hauteur, créant une sorte de plafond. La place est alors assimilée à une pièce. De plus, un cube de miroir sans tain de 10 mètres de hauteur est disposé autour de la fontaine. Ce tulle sert à la fois d’écrin et d’écran pour la fontaine, puisque les bâtiments des façades opposées sont projetés sur les faces du cube, alternant entre images diurnes et nocturnes. Ces façades d’immeubles changent de visage et l’on assiste à une anamorphose ainsi qu’à d’autres jeux visuels sur l’écran.

Vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=Nxv9vGWXJP0

La lumière, selon Jérôme Donna, offre la possibilité de la « transformation plastique d’un lieu qui permet une vision différente ». La transformation ici est alors double puisqu’il y a une transformation lumineuse mais aussi une transformation par le jeu d’anamorphose. L’ambiance ressentie est apaisante, due aux lumières pâles, à la musique de style trip-hop mais aussi à la sensation protectrice apportée par le plafond de cubes lumineux et le miroir sans tain autour de la fontaine.

Show Case - Direction de l'Eclairage Public de la Ville

Show Case – Direction de l’éclairage public de la ville

Le jeu d’anamorphose provoqué par l’effet miroir n’est pas sans rappeler l’œuvre d’Anish Kapoor située à Chicago : « The Cloud Gate », surnommé « The Bean ».

Anish Kapoor - The Cloud Gate à Chicago

Anish Kapoor – The Cloud Gate à Chicago

Ainsi, les jeux de lumières peuvent recréer une ambiance aussi bien apaisante comme c’est le cas ici (même ambiance pour l’œuvre Rêves d’enfants qui fait appel aux souvenirs et au monde de l’enfance en mettant en scène une sorte de jardin de la féérie). Au contraire, l’œuvre Jungle urbaine dans la cour du musée de Beaux-Arts provoque une sorte d’angoisse avec une sensation d’étouffement due aux lianes lumineuses envahissantes et à l’ambiance sonore : musique avec des cris de corbeaux.

  • Réflexion

La fête des lumières rend accessible, à tous et avec succès, des œuvres visuelles et sonores. Qu’en est-il de la compréhension des démarches artistiques des artistes ? Nous pouvons souligner que chaque artiste s’adapte aux conditions de la fête des Lumières ainsi qu’aux publics présents, connaisseurs ou non. Ce qui fait rend cette fête populaire. Il arrive, cependant, que le public ne comprenne pas les aspirations et objectifs des artistes et de l’équipe municipale.
Ce fut, par exemple, le cas de l’édition de 2004. Beaucoup de spectateurs ont trouvé les œuvres, sur le thème de la Nature, trop contemporaines et trop élitistes.

Fêtes des lumières 2003 - Thème de la nature

Fêtes des lumières 2003 – Thème de la nature

Autre exemple, l’œuvre créée par Jean-Charles de Castelbajac, intitulée « Lost Paradise » et située dans la cour de l’Hôtel de Ville lors de l’édition 2013.

L’œuvre se base sur la confrontation de deux mondes, dans l’histoire de Lyon et dans la présence de ce paradis dans une époque où les Dieux grecs n’existent plus et où le Christ n’existe pas encore.

Vidéo : http://www.dailymotion.com/video/x17m03l_fete-des-lumieres-2013-lost-paradise_creation

Malgré cette approche riche de références, de nombreux spectateurs n’ont pas saisi la portée de son œuvre, qu’ils ont, parfois, jugée trop froide et trop simple en comparaison à certaines œuvres beaucoup plus visuelles.

Cette fête des Lumières permet également une rencontre entre les différents artistes. Nous pouvons nous interroger sur les interactions entre les différentes œuvres. Y-a-il un travail de groupe, une collaboration, ou encore une harmonisation entre les œuvres ou les artistes travaillent-ils de manière totalement indépendantes, sans regarder ce qui se crée à côté ? Il existe parfois un thème, qui permet de lier les œuvres. Cependant, nous n’en avons pas trouvé pour l’année 2013.

L’exemple de la seconde œuvre permet, également, de s’interroger quant à l’identité d’un artiste. En effet, son concepteur Jérôme Donna est éclairagiste et son équipe se constitue d’agents publics. Cet aspect fait-il que ce ne sont pas des artistes pour autant ?

Enfin, nous pouvons également nous interroger sur les impacts que peut avoir cet évènement sur l’environnement. La ville de Lyon met en place plusieurs mesures (privilégier les transports en commun pendant l’évènement, utilisation de LEDs autant que possible, etc.), pour réduire ses impacts. La ville a également des objectifs en matière de réduction de la consommation annuelle d’énergie de l’éclairage urbain de la ville (avec le Plan Lumière notamment).

 Claire Portier, Juliette Bignon et Marion Roy

 

Aussi appelé 3D Projection Mapping, Spatial Augmented Reality ou Video Mapping, est «l’affichage d’une image sur une surface arbitrairement complexe» (Définition formelle).

Le méthode Projection Mapping est un nouveau moyen de création où les vidéoprojecteurs sont utilisés pour donner vie aux objets du quotidien, c’est pour cette raison que l’on l’appelle «Spatial Augmented Reality»; c’est-à-dire, une realité spatiale ameliorée.

Cette technique peut être utilisée pour la publicité, les concerts, le théâtre, les jeux vidéo, l’informatique, la décoration et tout ce que vous pouvez penser. Par example, dans les bâtiments, les automobiles et même dans les chaussures.

PRÉCÉDENTS

  • 1969: Le premier cas de projection sur un objet non plat commencé à partir de l’ouverture de la Haunted Mansion à Disneyland à California.

  • 1980: Displacements, l’installation de film immersif par l’artiste multimédia Michael Naimark. Dans cette installation d’art d’un salon avec deux artistes ont été filmés avec une caméra rotative, puis l’appareil a été remplacé par un projecteur. Le résultat est un Projection Mapping en rotation.

  • 1998: The Office of the Future. Le term «Spatial Augmented Reality» est né de ce travail par l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill par Ramesh Raskar, Greg Welch, Henry Fuchs et Deepak Bandyopadhyay.

The Office of the Future imaginait un monde où les projecteurs pourraient couvrir quelque surface. Au lieu de regarder un petit écran d’ordinateur, nous serions en mesure de faire l’expérience de réalité augmentée à partir de notre bureau. Cela signifie que nous pourrions réaliser vidéoconférences avec les versions real-size de nos collègues de bureau et voir aussi dans real-size les modèles virtuels en 3D.

FONCTIONNEMENT

  1. Tout d’abord, l’objet ou le bâtiment est sélectionné.

  1. La surface est mappé en utilisant le système de mesure laser et un logiciel spécialisé.

  1. L’objet est recréé comme modèle 3D.

  1. En utilisant un logiciel, les designs ou animations à projeter sont réalisés sur le modèle 3D précédemment effectué.

  1. Le modèle 3D est projeté à nouveau sur la surface de l’objet.

DIFFUSION

Au cours des dernières années, cette technique a eu suffisamment de demande. Il a été utilisé dans les campagnes de publicité et dans les scénographies pour les concerts et pièces de théâtre. Il y a aussi un festival unique à ce type d’art-technique, Mapping Festival, qui se déroule chaque année dans la ville de Genève en Suisse. Il est le plus important événement international de ce type.

INTERPRÉTATION

Grâce à ce moyen de création et d’avancement de la technologie, il est désormais possible de l’utiliser dans n’importe quelle chose ou n’importe quel objet comme une «toile». Maintenant la réalité ou le quotidien est une partie essentielle de l’œuvre d’art.

CONCLUSION

Projection Mapping est un exemple clair de la relation entre l’art et la technologie. Il ouvre la voie pour «créer» de nouvelles réalités, dans lequel l’homme est directement impliqué par le fait qu’il interagit intrinsèquement avec la réalité.

 

Archibaldo FLORES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alissa est un programme informatique qui tend à reproduire l’Homme. Sous l’apparence d’une femme, projetée sur un mur blanc, elle dialogue avec son interlocuteur humain par le biais d’une discussion dactylographiée à la manière d’une rencontre virtuelle sur le web. Agnès Cayeux, l’auteur de l’œuvre, est aussi la femme qui se cache derrière Alissa. Elle lui a transmise l’ensemble des connaissances qu’elle détient, sa manière de converser. Derrière ce personnage du futur,  elle aborde le monde d’un œil nouveau, elle lui permet de se poser de nouvelles questions ou de s’en reposer d’un angle différent.

 

L’ensemble des discussions qu’Alissa a pu avoir avec ses interlocuteurs a été sauvegardé, puis imprimé. Elle pose des questions sur le monde qui l’entoure afin de le comprendre, sur son partenaire de conversation afin de le connaître, elle raconte ses rêves. Même si son champ d’expression est assez limité, la réponse de « l’autre » est toujours différente. Ainsi, aux questions redondantes « Est-ce une peur ? », « Est-ce un ressenti ? », « Ça me fait penser à Michel/Susan/Lee… », l’Homme, avec toutes ses expériences, rend le dialogue unique et intéressant.

                                                                                                         

Selon Donna Haraway, d’un point de vue technologique, n’importe quelle personne qui s’associe avec la technologie et l’utilise à presque n’importe quelle échelle est un cyborg. Alissa a été conçue par Agnès Cayeux, au moyen d’ordinateurs dans le but de devenir la plus humaine possible. Elle est la somme d’expériences humaines et de dispositifs très techniques.

Lui donner la parole, c’est lui donner un moyen de s’exprimer. La sémiotique ne concerne pas seulement le langage, cependant, par écran interposé, c’est l’unique chose qu’il reste, on ne peut ni sentir, ni toucher pour partager.

Le pouvoir de communiquer avec elle la rend vivante et possiblement intéressante, le lien Homme / Machine est créé.

 

Camille Steiner

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