Shadow Art – Wasted Youth – Tim Noble & Sue Webster

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Coline Chat & Nicolas Evrard

Introduction

Nous nous sommes intéressés tout d’abord au Shadow art de manière générale. Il s’agit d’une forme d’art sculptural où les ombres 2D sont exprimées sur un mur blanc par une sculpture 3D éclairée. Après quelques recherches sur internet nous avons trouvé plusieurs artistes tels que Kumi Yamashita qui utilise de nombreux objets ordinaires telles que de simples feuilles pour en faire apparaître, par un jeu de lumière, des visages ou encore des numéros en aluminium qui vont laisser apparaître une silhouette féminine. Nous avons trouvé intéressant le fait de réaliser “deux oeuvres en une”, celle en 3D et celle en 2D, complètement différente mais dépendante de la première.

C’est alors que nous avons trouvé les artistes Tim Noble et Sue Webster qui par la même technique, ont réalisé du Shadow art à partir de détritus. Ils font alors passer un message sur la société de consommation. C’est pourquoi nous avons choisis de travailler sur ce couple d’artistes, pour comprendre comment la société de consommation influence-t-elle la création artistique.

Dans notre exposé, nous allons tout d’abord étudier une de leur oeuvre qui est “Wasted Youth” puis nous étudieront le contexte de cette oeuvre mais aussi de leurs autres créations artistiques réalisées à partir de déchets.

 

I. Grille de description

1. Technique

L’oeuvre Wasted Youth (Jeunesse Gâchée) a été réalisée par Tim Noble et Sue Webster tous les deux nés dans les années 60. Ils se sont rencontrés à l’Université des Beaux Art dont ils sont diplomés.

A partir de 1997, ils commencèrent à travailler pour l’atelier Gilbert et Georges. Mais le couple, désireux d’entreprendre ses propres recherches artistiques devient indépendant et signent désormais leurs oeuvres “Tim Noble & Sue Webster”

L’oeuvre a été réalisée en 2000 dans leur atelier de Londres qui est le lieu de résidence et de travail du couples depuis leur prise d’indépendance.

L’installation est uniquement constituée de détritus. En effet il travaillent à partir de détritus recyclés pour réaliser des sculptures à base d’ombres. L’oeuvre mesure 2,10m de longueur et 1,34m de largeur et a une hauteur de 66cm.

2. Stylistique

D’un point de vue stylistique, l’oeuvre contient une prédominance de noir et quelques touches de rouges et jaunes. L’oeuvre étant essentiellement composée de déchets ménagés, d’emballages McDonalds et de nourriture il est normal que l’on retrouve ces couleurs.

Le volume de l’oeuvre est celui d’un tas d’ordure ordinaire, représenté à l’échelle 1:1. Les formes humaines de la projection 2D sont ainsi d’autant plus réelles.

L’oeuvre semble portée par les lignes directrices du projecteur, avec en premier plan les ordures qui laissent transparaître deux personnes allongées. Le message de l’oeuvre est donc clairement l’objet du lien entre la matière et cette forme projetée.

3. Thématique

Le titre de l’oeuvre, Wasted Youth peut être traduit par Jeunesse Gaspillée et fait le lien entre l’ombre et la forme. La jeunesse est ainsi représentée sous forme de deux personnes allongées et est traitée comme l’ombre d’ordures.

La démarche des artistes est de créer à partir de déchets des ombres projetées qui ne se révèlent pas au premier coup d’oeil. Ainsi, la lumière placée sous un certain angle permet de réaliser une ombre du tas d’ordure complètement différente et donc de dévoiler l’oeuvre d’art. Par cette ombre, Tim Noble et Sue Webster cherchent à réaliser une critique de la société de consommation.

4. Mouvement

A travers des oeuvres qui semblent parfois être choquante, le couple d’artiste s’inscrit dans la lignée des artistes de la génération précedente désignés par le sigle YBA pour Young British Artists. Ce mouvement notamment porté par Damien Hirst ou Ian Davenport s’accordait pour une tactique du choc. (Mettre des photos d’exemples). Cette méthode a fait sensation lors de l’exposition Sensation à la Royal Academy en 1997.

Le mouvement YBA se veut comme une nouvelle forme de créativité, et le label YBA est de venu une puissante marque dans les années 90. Ce mouvement artistique regroupe une très grande variété formelle et thématique. Il est notamment marqué par une totale ouverture en termes de processus et de matériaux. On retrouve ainsi Damien Hirst qui utilise des animaux morts, Christine Borland qui s’approprie des objets médicaux ou Tracey Emin qui voit à travers son lit une oeuvre d’art. (METTRE PHOTOS)

Tim Noble et Sue Webster sont donc les héritiers de ce mouvement en utilisant les ordures pour provoquer. L’utilisation de l’ombre et surtout de son instabilité qui est due à son immatérialité apporte de la poésie à l’oeuvre et renforce la violence du message transmis par les artistes.

 

II. Etude du contexte en amont

1. L’oeuvre 

A. Nature de l’oeuvre

L’oeuvre “Wasted Youth” est donc comme on l’a dit une sculpture 3D réalisée à partir de déchets Mc Donalds, éclairée par une lumière, qui fait donc apparaître une ombre sur un mur blanc, d’une femme et un homme. La multiplicité des déchets donne naissance à une seule ombre.

B. Description de l’oeuvre

Au 1er plan nous pouvons voir un amas de détritus étalé de manière informe sur un sol noir. On y voit des sacs poubelle noirs, des emballages de boissons, frites et sandwiches portant la marque McDonald’s, de même que d’autres emballages de sucreries et canettes de soda. Hamburgers et frites sont également disséminés parmi cet entassement.

Au 2ème plan, sur le mur se dessine une ombre, composée d’une femme de profil couchée sur le dos, et d’un homme, lui aussi de profil et couché, reposant sur la femme, les mains jointes sur le ventre.

L’éclairage frontal très fort des détritus au premier plan et l’ombre sur le mur laisse deviner qu’une source de lumière est présente mais située hors cadre. Un contraste très fort s’opère grâce à cet éclairage, entre les couleurs vives des divers emballages (blanc, rouge, jaune) et le noir des sacs poubelles, du sol et de l’ombre.

L’agencement des éléments (source lumineuse hors cadre / amas de détritus / ombre) permet de deviner que l’ombre sur le mur est celle des déchets entassés au 1er plan, révélant alors un travail de « sculpture » des déchets, extrêmement organisée, pour qu’ils puissent dessiner une telle ombre.

Le chaos ménager n’est en réalité qu’apparent au vu du dessin parfait et extrêmement détaillé du couple sur le mur. Le spectateur est totalement berné par ce désordre très ordonné.

De plus, il n’est pas « naturel » de dissocier l’objet de son ombre portée. On s’attendrait donc à voir le couple « réel » au 1er plan, et non ces poubelles éventrées.

Enfin, le décalage visuel est très violent, entre la vulgarité répulsive de cet amas d’ordures et la paix de ce couple tendrement associé dans ce moment de rêverie, le visage tourné vers le ciel. Ce couple n’est autre que les artistes eux-mêmes qui cherchent à se représenter dans chacune de leurs oeuvre.

Le contraste des emballages de fast-food parmi le noir informe des sacs poubelle ajoute à la violence de réception de cette installation, créant encore davantage un sentiment de dégoût.

 

2. Thématique présente dans l’oeuvre

a. Les artistes (C)

Tim Noble et Sue Webster trouvent leur inspiration dans les poubelles. Ce sont surtout leurs autoportraits ironiques faits d’ordures ménagères et d’animaux morts, aux traits parfois néandertaliens, qui leur ont valu une forte notoriété. En effet “Wasted Youth” fait partie d’une longue série d’oeuvre réalisée à partir d’ordures. Une autre oeuvre célèbre est “Dirty White Trash”, réalisée à partir de l’équivalent de six mois de gaspillage d’un ménage. Grâce à un faisceau de lumière, un tas informe de boîtes de conserves éventrées, de papiers souillés et de végétaux pourrissants devient une image figurative. Le chaos d’origine s’organise en banales silhouettes. En se représentant en sculptant les immondices, Tim Noble et Sue Webster nous disent que nous sommes ce que nous consommons. Ils explorent brutalement les notions de beauté et de culture, faisant ironiquement naître la joliesse de la rudesse des ordures.

b. Contexte historique (C)

Jacques Delors a dit “La société de consommation a privilégié l’avoir au détriment de l’être. »

Cette phrase peut être ressentie comme un constat triste où la possession matérialiste semble primer sur les valeurs humaines de l’individu. La société de consommation est un phénomène apparu réellement durant les 30 glorieuses. Les sociétés occidentales, à commencer par la société américaine, sont donc marquées, après la seconde guerre mondiale, par une croissance économique sans précédent. Les états et les citoyens s’enrichissent, le niveau de vie s’améliore, les produits de consommation courante inondent les supermarchés qui naissent aux États-Unis dans les années 50.  L’art pose très vite la question de l’objet et de sa place dans nos vies. En 1914 le « porte-bouteilles » (ready-made) de Marcel Duchamp interroge l’art lui même dans la nouvelle société. Depuis Marcel Duchamp, les artistes et le public ne peuvent plus voir l’art de la même manière et cela va ouvrir de nouvelles possibilités aux artistes jusqu’à aujourd’hui.

C’est l’ère de l’abondance et de la publicité qui incite les citoyens à consommer toujours plus. Cette société de l’après-guerre et ses dérives vont inspirer des artistes.

c. Mise en perspective historique et symbolique (N)

En plus de cette inscription dans un contexte d’actualité. Nous avons cherché à mettre en perspective ce lien entre l’ombre et la lumière avec des références antiques.

Nous avons alors trouvé un texte de Pline l’Ancien, qui est l’auteur du mythe grec de Dibutade, qui attribue l’origine de la représentation dans l’art à la fille du potier Butadès de Sicyone. En effet, l’histoire raconte que cette jeune fille était amoureuse d’un homme qui devait la quitter pour partir à l’étranger. Grâce à la lumière d’une lanterne, elle traça les contours de l’ombre du visage de son amant projetée sur un mur avant qu’il ne la quitte. Elle a ainsi pu garder son image en son absence.

Cette scène met en lumière l’origine du dessin (le trait, le contour) que l’on doit à l’ombre et à la lumière. La symbolique de cette scène montre également que l’ombre est vue comme le propre d’un individu, comme quelque chose qui le définit.

Par ailleurs, une des plus anciennes définitions de l’image peut être attribuée à Platon. Il confirme l’importance accordée à l’ombre et à la lumière dans une citation: « J’appelle image d’abord les ombres, ensuite les reflets qu’on voit dans les eaux, ou à la surface des corps opaques , polis et brillants, et toutes les représentations de ce genre ».

La lumière semble donc faire l’objet d’une interprétation symbolique dès que les hommes se sont mis à croire dans un au-delà. Depuis la possible déification du feu, devenu élément vital pour l’Homme préhistorique, puis l’un des quatre éléments de la philosophie de la Grèce antique, jusqu’à la théologie chrétienne de Dieu comme « lumière des lumières », l’illumination étant présente dans de nombreuses religions, on n’a eu de cesse que de lui accorder des origines et vertus surnaturelles. Ses symboles sont universels et se déclinent sous des formes multiples.

La lumière se charge ainsi de valeurs positives telles que : connaissance, vérité, bonheur, attirance, beauté, rêve, mémoire, amour, compassion, et la liste est encore longue!

Le symbolisme de l’ombre semble se définir par opposition à la lumière et donc se doter de valeurs négatives.

L’ombre apparaît comme une réalité lourde de toutes les angoisses humaines. Le pays de la mort est qualifié comme le royaume des ombres. Sans être confondue avec l’âme, l’ombre lui est liée. Aussi, dans de nombreuses cultures, des interdits entourent ce phénomène (ne pas marcher sur l’ombre d’autrui, ne pas jouer avec l’ombre de quelqu’un ou de soi-même). D’une façon plus menaçante encore, l’ombre symbolise une présence insaisissable et anonyme qui obsède. Cette angoisse peut se manifester par le sentiment d’être suivi ou d’être observé. L’ombre participe de l’invisible, du caché, du menaçant.

On associe alors à l’ombre des termes comme: le silence, l’absence, la disparition, les ténèbres, le mystère, l’inquiétude, l’incertitude, ou même l’inconnu…

III. Etude du contexte en aval 

1. La diffusion

L’oeuvre est constituée d’objets de rebuts et d’accumulation de déchets. Elle est donc fragile et difficilement transportable d’un lieu d’exposition à un autre. Des morceaux peuvent tomber, et la disposition des objets ne sera jamais la même. Parfois l’artiste peut décider de détruire son oeuvre ou de l’ajuster en fonction du mouvement de certaines pièces. Ce n’est alors pas exactement la même oeuvre mais le concept reste le même.

2. L’impact

  Cette œuvre était destinée à tout consommateur. Elle nous montre ce que nous consommons, quel est notre mode de vie. Nos poubelles nous symbolisent à travers ce que nous utilisons et ce que nous jetons. Cette œuvre est d’actualité car, de nos jours, le recyclage, le gaspillage est devenu une question de société et les artistes s’en emparent.

IV. Interpréter

L’ombre est naturellement reliée à son objet. Elle est la représentation formelle d’un objet. Les déchets sont donc ici représentés comme deux silhouettes tranquilles de 2 personnes qui ne sont autres que les artistes eux-mêmes.

Utiliser l’ombre pour relier le couple à des déchets pousse à repenser l’identité-même de l’être humain contemporain, qui en l’occurrence serait dessiné/défini par ses déchets ? Lorsque ces déchets renvoient en outre aux grandes firmes mondialisées du capitalisme et de la société de consommation, on perçoit alors toute le portée quasi-politique de l’œuvre. “Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es…” Le titre souligne lui aussi la décadence et la vanité d’une jeunesse aveuglée, se forgeant son identité dans sa consommation; une identité fragile, fragile comme l’ombre est fugace…

Si l’on reprend la citation de Jacques Delors ““La société de consommation a privilégié l’avoir au détriment de l’être » on peut ici dire que les artistes ont essayés de faire naître l’être (à travers l’ombre) à partir des détritus de ce qu’il appelle “l’avoir”, ils retournent la citation pour dénoncer et accentuer cette réalité.

Conclusion

Pour conclure, l’ombre est naturellement reliée à l’objet. L’oeuvre qu’on vous a présenté aujourd’hui montre que l’ombre des déchets peut dessiner la silouhette tranquile de deux personnes. Et, comme on vous l a expliqué, il s’agit ici d’une critique de la société de consommation. Par la suite le couple d’artiste a continué ses jeux d’ombres et de lumière mais en s’intéressant cette fois-ci plus à la nature support.

 

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