Exposé sur la fête des Lumières à Lyon

La fête des Lumières est un évènement culturel lyonnais, accueillant chaque année en décembre environ 4 millions de spectateurs venus du monde entier. Pendant 4 jours, de nombreux bâtiments et sites de la ville sont illuminés par des artistes venant de tous les horizons. En 2013, 80 œuvres étaient présentées à travers la ville.

Depuis sa première édition, en 1999, le festival s’est imposé dans le paysage culturel lyonnais et participe à la diversité des événements qui s’y déroulent. En effet, la ville accueille, entre autres, les Nuits sonores (environ 100 000 spectateurs), les Nuits de Fourvière (environ 120 000 spectateurs) ainsi que les Biennales d’Art Contemporain et de la Danse. Au total, la part du budget accordée à la culture par la ville représente environ 20%.

Cette fête est, à l’origine, religieuse. En 1852, la statue de la vierge de la chapelle de Fourvière, créée par le sculpteur Lyonnais Joseph-Hugues Fabisch, est inaugurée. A cette occasion, les habitants de la ville illuminent les façades de leur habitation avec des bougies, les lumignons. Depuis, tous les 8 décembres, les lyonnais célèbrent cette journée. C’est sous l’impulsion de Michel Noir (maire de Lyon de 1989 à 1995), puis de Raymond Barre (maire de Lyon de 1995 à 2001) que se déroule, en 1999, le premier festival des Lumières, s’articulant autour de cette fête du 8 décembre. Petit à petit et avec le travail de l’équipe municipale de Gérard Collomb (maire de Lyon depuis 2001), cette fête est devenue un évènement culturel à part entière ainsi qu’un acteur majeur de la valorisation de la ville à l’échelle nationale et internationale.

La ville de Lyon participe à la mise en place du festival et à son financement, à hauteur de 50%. La moitié restante est financée par des partenaires privés.

Nous avons sélectionné deux œuvres différentes de l’édition 2013, qui s’est déroulée du 6 au 9 Décembre.

  • 1ère œuvre : Anamorphose, Skertzo

La ville de Lyon a dû rénover entièrement le tunnel de la Croix Rousse afin qu’il soit en conformité avec les nouvelles normes de sécurité en matière d’ouvrage souterrain. La ville a saisi l’opportunité pour en faire un projet innovant : créer un tunnel parallèle à l’existant, exclusivement réservé aux modes doux et transport en commun (bus). La longueur du tunnel est de 1,7 km et mesure 10 mètres de large. Il accueille une voie de bus, une piste cyclable et une voie piétonne.

L’animation du tunnel a donc été confiée à Skertzo. Son inauguration a eu lieu pour la fête des Lumières. Skertzo y met en scène douze parcours sur des thématiques différentes afin que chaque trajet de la journée soit différent. Ce sont des images, des vidéos de paysages, de scènes projetées sur les murs du tunnel permettant aux visiteurs de voyager, et surtout de faire de cette traversée un moment ludique, divertissant (sachant que le tunnel fait un peu moins de 2 km, soit environ 20 minutes de marche). C’est également la raison pour laquelle cette installation artistique est permanente, afin d’éviter ce sentiment anxiogène.

Tunnel-Arrivée tunnel-Cirque Tunnel-Nature Tunnel-Sousmarin Ci-dessus : Plusieurs ambiances du tunnel mode doux

Globalement, les avis sont positifs sur cette œuvre, mais certains révèlent des problèmes de sécurité : quelques animations ne sont pas assez lumineuses et des zones d’ombres subsistent. Cela peut s’avérer dangereux, notamment entre piétons et cyclistes car il n’y a pas de véritables limites marquées au sol.

En ce qui concerne l’artiste, Skertzo regroupe depuis 1988 des scénographes et réalisateurs, parmi eux Jean-Michel Quesne et Hélène Richard. Leur concept est de faire de l’espace urbain une scène de théâtre afin de faire redécouvrir un monument du quotidien, stimuler notre imaginaire, par exemple. Le duo a d’ailleurs des expériences dans le théâtre, le cinéma, et tout ce qui se rapporte à ces domaines (mise en scène, décors, etc.). Skertzo a également déjà participé à la fête des Lumières en 2002, 2003 et 2012, place des Terreaux.

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Fête des lumières 2012 – Place des Terreaux

Leurs réalisations sont nombreuses : pour des spectacles, des évènements particuliers, mais aussi pour des entreprises.

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Inauguration de l’attraction Oziris au Parc Astérix (2012)

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La nuit des Musées – Paris, façade de l’Hôtel de Soubise (2012)

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Dior – Soirée de lancement du parfum Midnight Poison (2007)

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Mugler Follies – Théâtre Le Comedia (2014)

  • 2ème œuvre : Show case, Direction de l’éclairage public de la ville

La deuxième œuvre présentée ici a été imaginée par une équipe composée de :

– Conception et réalisation : Jérôme Donna de la Direction de l’éclairage public de la Ville (qui s’occupe aussi du plan lumière et des éclairages pérennes dans la ville) avec un collectifs de 15 agents publics,

– Effets visuels : Wecomeinpeace,

– Effets sonores : GL events Audiovisuel/Frédéric Viricel.

La Direction de l’éclairage public de la ville est chargée de présenter une œuvre tous les ans lors de la fête des Lumières. Cette œuvre est donc spécifique, puisqu’elle n’a pas été créée par un artiste connu internationalement. Jérôme Donna, son créateur, est architecte d’intérieur de formation, et aujourd’hui éclairagiste pour la ville de Lyon.

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Rêves d’enfants – Fête des lumières 2011

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Jungle urbaine – Fête des lumières 2012

Ci-dessus : deux œuvres réalisées par la Direction de l’éclairage public de la ville à l’occasion de la fête des lumières

Pour l’édition 2013, le lieu travaillé pour cette œuvre est la place des Jacobins, dont la rénovation a été achevée en juin 2013. 300 cubes composés de lampes halogènes entourées par une ceinture métallique recouverte d’un miroir sains tain sont disposés en hauteur, créant une sorte de plafond. La place est alors assimilée à une pièce. De plus, un cube de miroir sans tain de 10 mètres de hauteur est disposé autour de la fontaine. Ce tulle sert à la fois d’écrin et d’écran pour la fontaine, puisque les bâtiments des façades opposées sont projetés sur les faces du cube, alternant entre images diurnes et nocturnes. Ces façades d’immeubles changent de visage et l’on assiste à une anamorphose ainsi qu’à d’autres jeux visuels sur l’écran.

Vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=Nxv9vGWXJP0

La lumière, selon Jérôme Donna, offre la possibilité de la « transformation plastique d’un lieu qui permet une vision différente ». La transformation ici est alors double puisqu’il y a une transformation lumineuse mais aussi une transformation par le jeu d’anamorphose. L’ambiance ressentie est apaisante, due aux lumières pâles, à la musique de style trip-hop mais aussi à la sensation protectrice apportée par le plafond de cubes lumineux et le miroir sans tain autour de la fontaine.

Show Case - Direction de l'Eclairage Public de la Ville

Show Case – Direction de l’éclairage public de la ville

Le jeu d’anamorphose provoqué par l’effet miroir n’est pas sans rappeler l’œuvre d’Anish Kapoor située à Chicago : « The Cloud Gate », surnommé « The Bean ».

Anish Kapoor - The Cloud Gate à Chicago

Anish Kapoor – The Cloud Gate à Chicago

Ainsi, les jeux de lumières peuvent recréer une ambiance aussi bien apaisante comme c’est le cas ici (même ambiance pour l’œuvre Rêves d’enfants qui fait appel aux souvenirs et au monde de l’enfance en mettant en scène une sorte de jardin de la féérie). Au contraire, l’œuvre Jungle urbaine dans la cour du musée de Beaux-Arts provoque une sorte d’angoisse avec une sensation d’étouffement due aux lianes lumineuses envahissantes et à l’ambiance sonore : musique avec des cris de corbeaux.

  • Réflexion

La fête des lumières rend accessible, à tous et avec succès, des œuvres visuelles et sonores. Qu’en est-il de la compréhension des démarches artistiques des artistes ? Nous pouvons souligner que chaque artiste s’adapte aux conditions de la fête des Lumières ainsi qu’aux publics présents, connaisseurs ou non. Ce qui fait rend cette fête populaire. Il arrive, cependant, que le public ne comprenne pas les aspirations et objectifs des artistes et de l’équipe municipale.
Ce fut, par exemple, le cas de l’édition de 2004. Beaucoup de spectateurs ont trouvé les œuvres, sur le thème de la Nature, trop contemporaines et trop élitistes.

Fêtes des lumières 2003 - Thème de la nature

Fêtes des lumières 2003 – Thème de la nature

Autre exemple, l’œuvre créée par Jean-Charles de Castelbajac, intitulée « Lost Paradise » et située dans la cour de l’Hôtel de Ville lors de l’édition 2013.

L’œuvre se base sur la confrontation de deux mondes, dans l’histoire de Lyon et dans la présence de ce paradis dans une époque où les Dieux grecs n’existent plus et où le Christ n’existe pas encore.

Vidéo : http://www.dailymotion.com/video/x17m03l_fete-des-lumieres-2013-lost-paradise_creation

Malgré cette approche riche de références, de nombreux spectateurs n’ont pas saisi la portée de son œuvre, qu’ils ont, parfois, jugée trop froide et trop simple en comparaison à certaines œuvres beaucoup plus visuelles.

Cette fête des Lumières permet également une rencontre entre les différents artistes. Nous pouvons nous interroger sur les interactions entre les différentes œuvres. Y-a-il un travail de groupe, une collaboration, ou encore une harmonisation entre les œuvres ou les artistes travaillent-ils de manière totalement indépendantes, sans regarder ce qui se crée à côté ? Il existe parfois un thème, qui permet de lier les œuvres. Cependant, nous n’en avons pas trouvé pour l’année 2013.

L’exemple de la seconde œuvre permet, également, de s’interroger quant à l’identité d’un artiste. En effet, son concepteur Jérôme Donna est éclairagiste et son équipe se constitue d’agents publics. Cet aspect fait-il que ce ne sont pas des artistes pour autant ?

Enfin, nous pouvons également nous interroger sur les impacts que peut avoir cet évènement sur l’environnement. La ville de Lyon met en place plusieurs mesures (privilégier les transports en commun pendant l’évènement, utilisation de LEDs autant que possible, etc.), pour réduire ses impacts. La ville a également des objectifs en matière de réduction de la consommation annuelle d’énergie de l’éclairage urbain de la ville (avec le Plan Lumière notamment).

 Claire Portier, Juliette Bignon et Marion Roy

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