Yves Klein – La révélation d’une conception nouvelle de la fonction de l’artiste.

yves-klein

Yves Klein, né à Nice le 28 avril 1928, mort à Paris le 6 juin 1962, est un plasticien français.

1) « Carte d’identité »

Monochrome Bleu Yves Klein 1960
Monochrome bleu, 1960
Pigment pur et résine synthétique sur toile marouflée sur bois
Dimension : 199 x 153 x 2,5 cm

Circonstance de sa première apparition/ création : A son arrivée en France en 1955, Yves KLEIN ouvrit son propre Dojo et le décora de monochromes : c’est le point de départ.
Entre 1955 et 1962, il réalisa quelques 194 monochromes, avec une grande variété de supports, de formats et de textures. Il se réduira à la couleur bleue à partir de 1957.
Il appartient au mouvement avant-gardiste pictural de l’après-guerre et au Nouveau Réalisme. Les artistes appartement à se mouvement (de nationalité américaine, italienne ou française par exemple) recherchent leurs identités vers la fin des années 40, début des années 50. Ils renoncent en premier lieu à : la composition, la représentation, aux contrastes de valeurs propres à la peinture traditionnelle européenne, ils s’impliquent dans un art direct : simple et émotif. De part leur grand format, leurs toiles sont des champs d’expérience de l’espace et de la couleur (Color-field), tant pour l’artiste que le spectateur.

2) Expérience personnelle et description

J’ai découvert puis redécouvert cet artiste. Je m’explique, lors d’un cours d’art plastique en classe de 5ème nous avions comme consigne : utiliser l’IKB (International Klein Blue) dans la vie courante. C’est à cette période que j’ai découvert le plasticien Yves Klein. Quelques années plus tard, j’ai redécouvert l’artiste au cours d’une visite au musée Pompidou à Metz. L’exposition consacrée à Yves Klein expliquait comment il utilisait le corps humain pour peindre.

La première fois que j’ai vu le monochrome bleu, je n’avais aucune connaissance à propos de Yves Klein et pour moi l’IKB était une couleur comme toutes les autres. L’œuvre présentait par mon enseignante n’était qu’un vulgaire carré bleu. Lors de la visite, j’ai pu visionner des extraits des séances de « peinture corporel » menées par l’artiste ou des interviews de celui- ci expliquant pourquoi il avait choisi de peindre exclusivement des monochromes. Comme disait le peintre Peul Klee : « L’Art ne reproduit pas le visible, il rend visible ». A travers les monochromes, nous pouvons observer des phénomènes puissants de la nature sans qu’ils soient peints explicitement.

Je l’ai choisi car aujourd’hui je veux approfondir mes connaissances sur Yves Klein. Cet artiste a un rapport très particulier avec le corps humain et plus particulièrement avec les corps nus féminins. Lors de ma visite au musée Pompidou, sa technique m’avait interpelée et aujourd’hui je veux développer mes connaissances sur cette dernière car pour lui il ne s’exprime pas dans ses œuvres : c’est un mode d’être.

Cette oeuvre m’inspire un certain nombre de choses mais principalement : la perfection, la simplicité, la pureté, l’évasion (dans l’eau et l’air). Nous sommes plongés dans le Grand bleu et nous nous trouvons hors dimension, avec une liberté extrême. Ce bleu hors du commun n’engage pas seulement le regard du spectateur, « c’est l’esprit qui voit avec les yeux ». Avec le « monochrome « , l’impact de la couleur reste entier. La couleur est une donnée concrète, mais elle a un effet puissant et instantané sur le mental.
Je trouve que la citation suivante de Klein reflète bien ce que m’inspire le monochrome : « je libère les modèles nus féminins, car il les laissait agir sur mon œuvre alors que les autres artistes créaient leurs œuvres à partir de leur corps immobile ».
Les monochromes ont été conçus à la mesure du corps humain, ce qui signifie chez Klein le lien intime qui unit la peinture au corps et à la chair.
Bien que novice en matière d’art, je trouve sa façon de peindre et de créer très intéressante et attractive. Dans ses tableaux, Yves Klein s’attache autant à l’aspect spirituel autant que à celui du physique. Pour lui, la peinture est affaire de méditation, affaire « d’immatériel ». Il amène le spectateur à la réflexion.

Plusieurs questions naissent lorsque l’on regarde l’oeuvre:
1. La femme n’est-elle pas devenue un outil pour le peintre ? Un vulgaire pinceau « humain »?
2. Quelle est la charge émotionnelle de ces œuvres ? Comment est ressenti « l’invisible » et « l’unique » du peintre ?
3. Est ce que c’est vrai que toutes les couleurs amènent à des associations d’idées concrètes, matérielles et tangibles ?
4. Ces monochromes permettent-ils à la « sensibilité pure » de se libérer ?

Par définition, une œuvre est une production de l’esprit et du talent. Tant que l’artiste exprime ce qu’il ressent, le travail réalisé devient une œuvre à part entière.
Que ses œuvres soient bleues, roses ou or, aucune ne se ressemble, chacune impose sa singularité et même si tous les composants de la peinture disparaissent. Ses œuvres ne sont que « les cendres de son art », ce qui reste de sa rencontre avec la peinture ainsi que sa charge émotionnelle. Elles en sont « l’imprégnation ».

3) Liens culturels possibles

Le monochrome bleu se rapproche d’autres travaux:

3i00564
Monochrome vert, 1957

Pigment pur, liant synthétique et enduit sur toile montée sur bois
105,3 x 26,8 x 4,7 cm

Les monochromes bleus ne sont qu’un aspect de son travail qui se décline à travers différentes techniques.

3f00039

Anthropométrie de l’époque bleue (ANT 82), 1960
Pigment pur et résine synthétique sur papier monté sur toile
Dimensions : 155 x 281 cm

Klein désignait l’anthropométrie comme « la technique des pinceaux vivants ». L’œuvre, Les Anthropométries, est intéressante pour plusieurs raisons :
1. D’abord car elle propose une nouvelle manière de faire de l’Art, comme un spectacle, devant un public qui peut réagir en direct: c’est ce que l’on appelle la performance (enregistrement des séances sous formats vidéo et audio).
2. Ensuite, Yves Klein décide de donner une plus grande place au modèle, qui habituellement pose pour le peintre. Ici non seulement le modèle est montré au public mais surtout c’est lui qui peint le tableau, par son empreinte. Yves Klein ne fait que donner des instructions, tel un chef d’orchestre.
Yves Klein est dans la tradition classique de la peinture du nu, mais avec une perception différente du réel. C’est une œuvre à la mesure du corps.
→ Les Anthropométries ont souvent été comparées à l’Action Painting de l’artiste américain Jackson Pollock.

3i00569

L’Arbre, grande éponge bleue, 1962
Pigment pur et résine synthétique sur éponge et plâtre
150 x 90 x 42 cm

A l’origine, les éponges sont pour Klein un moyen d’appliquer la couleur sur le support (par imprégnation) ce qui permettait d’éviter le tracé du pinceau. La découverte de « la beauté du bleu dans l’éponge », redoublant l’intensité du pigment, le conduit à l’utiliser comme « matière première ». La forme anonyme du végétal s’impose comme l’équivalent du monochrome peinture.
Yves Klein disait : « après avoir voyagé dans le bleu de mes tableaux, les spectateurs en reviennent totalement imprégnés en sensibilité comme des éponges ».

3i00568

Peinture de feu sans titre (F 74), 1961
Papier brûlé sur bois
Dimensions : 
139,5 x 102,3

Yves Klein s’est aussi mis à Peinture de feu. Dans ses œuvres, il cherchait à imprimer les traces du feu sur divers supports. C’est au Centre d’essais de Gaz de France de la Plaine Saint-Denis, que lui a été mis à disposition un équipement industriel, afin d’apprendre à maîtriser le feu et à effectuer les réglages précis pour en utiliser les différents degrés de puissance. Dans ces Peintures de feu, il convoque les éléments de la nature afin de manifester leur force créatrice et il joue avec les pleins et les vides des formes tracées alternativement en négatif et en positif.

Plusieurs relations peuvent être faites entre les différents travaux: tout d’abord, l’artiste laisse au spectateur une grande liberté pour comprendre et interpréter son œuvre. Ensuite, il utilise toujours la même couleur : son bleu lui permet d’exprimer le vide. Il laisse libre cours à son imagination.

De manière plus générale, il s’intéresse aux éléments de la nature et aux matières premières simples et habituelles auxquelles on ne prête que rarement de l’attention (ex : l’éponge).
De plus, les œuvres, qui sont le résultat de la performance, jouent avec l’idée de figuratif (qui représente quelque chose) et d’abstrait (qui ne représente rien). Yves Klein se demande pourquoi l’art doit représenter fidèlement le réel ? A quoi sert-il de peindre un lit si on ne peut pas dormir dedans ? Une femme si on ne peut pas la serrer dans ses bras ?
De manière générale, il aborde les thématiques du vide, de l’invisible et de l’infini de manière pure et simple.

4) Point de vue critique argumenté

Selon Yves Klein : « Le bleu n’a pas de dimension, il est hors dimension, tandis que les autres couleurs, elles, en ont. Ce sont des espaces pré-psychologiques (…). Toutes les couleurs amènent des associations d’idées concrètes (…) tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu’il y a de plus abstrait dans la nature tangible et visible ». Avant de connaître l’origine de cette œuvre, j’avais imaginé une autre « histoire » pour cette œuvre : elle illustré le vide, le néant. A présent, je ne regarderai plus un tableau noir ou un tableau recouvert de lignes horizontales de la même manière.

Je retiens qu’une œuvre ne doit pas être « compliquée », une simple toile unie est une œuvre à part entière. A partir du moment où l’on s’intéresse et qu’on réfléchit quelques secondes, la toile prend une toute autre dimension. Le spectateur laisse libre cours à son imagination avec ce type d’œuvre. Par exemple, un tableau représentant un paysage laisse moins de place à l’imagination et à l’interprétation car le message principal de l’artiste a été immédiatement compris par le spectateur.
Yves Klein a imposé sa singularité en délaissant le pinceau au profit du rouleau, puis des corps des modèles, les fameux « pinceaux vivants ».
Plus généralement, l’œuvre d’art est le produit de l’intelligence et du travail de l’homme : aucune intervention du hasard et de la nature. L’œuvre d’art s’adresse essentiellement à la vue (les tableaux) et à l’ouïe (les bandes sonores de l’artistes concernant sa façon de penser). Je retiens que les œuvres de Yves Klein sont profondes et l’œuvre d’art n’a pas de fonction première contrairement à l’objet technique (il permet de stimuler notre esprit).
Pour finir, selon moi l’art exprime des affects comme l’émotion ou les sentiments. Une œuvre doit toucher un minimum le spectateur et c’est ce que j’ai ressentit en étudiants les différentes œuvres de Yves Klein.

Il me reste une question sans réponse:
1. Comment Yves Klein a eu exactement l’idée de breveter « sa » couleur ?
Cette couleur avait déjà été utilisée auparavant et il a sélectionné un bleu outremer déjà existant, extrêmement saturé, mat et d’une absorption totale. Son bleu — l’IKB (International Klein Blue) — est officialisé lorsqu’il fait procéder à son brevetage, le 19 mai 1960 à l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI) sous l’enveloppe Soleau n° 63 471. Cette démarche donnera encore plus de poids à cette couleur bleue créée par et pour cet artiste.

Bibliographie
1. Ubu web – Yves Klein
2. Centre Pompidou Metz
3. Les arts plastiques du Lycée Comte de Foix – Andorre
4. Laboratoire du geste : Yves Klein, Anthropométries de l’époque du bleu.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

<span>%d</span> blogueurs aiment cette page :