L’art et la technologie pendant la première guerre mondiale (1914-1918)

I) Présentation de l’exposition temporaire du musée Daubigny

Titre : Hommes et bêtes dans la tourmente

Période d’exposition : du 20 septembre au 21 décembre 2014

Lieu : Musée Daubigny (Auvers-sur-Oise – le Val d’Oise)

Commissariat d’exposition :

  • Annick Couffy, présidente de l’association des Amis du musée Daubigny
  • Agnès Saulnier, Médiatrice culturelle du musée Daubigny

II) Contexte

En raison du centenaire de la première guerre mondiale, nous avons fait le choix de nous intéresser à des œuvres datant de cette époque.

Raisonnement dans l’étude de l’œuvre :

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Problématique : Quelle est la place de l’art sur les objets de bataille de l’armée de l’air et la place de l’artiste pendant la guerre ? 

Nous nous sommes, plus particulièrement, intéressés aux insignes sur les fuselages des avions et à la représentation des animaux (leurs rôles, les significations).

IV) Les insignes d’escadrilles

a)    Un peu d’histoire

Durant la première guerre mondiale (« la grande guerre »), les animaux servent de symboles. Ils permettent de différencier les différents pays en guerre dans les journaux (qui étaient le principal véhicule de communication). Par exemple, l’aigle représente l’Allemagne, le léopard l’Angleterre et le coq la France. Les images satyriques étaient compréhensibles par tout le monde.

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La France face à l’aige prussien

source :  http://samichaiban.wordpress.com/2013/10/26/pourquoi-le-coq-est-il-un-symbole-de-la-france/

Mais, les animaux n’étaient pas que de simples illustrations, ils furent très utiles durant la guerre : les chevaux servaient à porter les cavaliers ou à transporter les armes et le matériel, les chiens furent de précieux alliés servant à porter des messages, repérer l’ennemie ou pour récupérer les blessés notamment dans les zones que l’homme avait du mal à atteindre (par exemple en pleine montagne).

Le pigeons aussi on permit d’aider durant la guerre. On dénombre plus de 30 000 pigeons utilisés par l’armée française.

En effet, malgré les bombardements, rien n’arrête les pigeons. Ils deviennent un des seuls moyens de communication puisque les lignes téléphoniques sont constamment interrompues.

Voilà le texte délivré par Vaillant le  « 4-6-16 à 11h30 » :

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« C’est mon dernier pigeon. Raynal » source : Photo musée de la colombophilie militaire du mont valérien

Source : http://j28ro.blogspot.fr/2012/03/la-colombophilie-au-8rg.html

« Nous tenons toujours mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées très dangereuses. Il y a urgence à nous dégager. Faites nous donner de suite communication optique par Souville qui ne répond pas à nos appels. C’est mon dernier pigeon. Raynal »

Une autre de leur mission était de prendre des photos du camp des adversaires à l’aide d’un petit dispositif léger qui leur était accroché au corps. Celui-ci prenait des clichés de manière automatique. Une seule photographie était prise par vol.

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Photo prise par un pigeon

Source : http://www.helicomicro.com/photos-pigeons/

De manière générale, les pigeons ont servis de support à l’art de la photographie.

Cependant, nous n’allons pas nous intéresser à l’utilité des bêtes mais à leurs symboliques et notamment leurs représentations sur les avions de l’armée de l’air. En effet, pendant la Grande guerre c’est la première fois que l’on se battait dans les airs.

Les escadrilles (division d’avions de combat) avaient personnalisées leurs avions à l’aide de dessins que l’on nomme « insigne » pour se reconnaître.

Chaque escadrille avait adopté pendant la guerre un insigne permettant de se distinguer. Elles avaient choisi les insignes selon différentes raisons : par exemple par rapport à l’histoire d’un aviateur, une idée, un état d’esprit, une conviction, etc.

Cet insigne faisait la fierté de leurs aviateurs. Que ce soit du côté de la Triple Entente ou de la Triple Alliance, chaque escadrille personnalisait ses avions.

a)    Les insignes

Les insignes sont des dessins relativement simples, c’est à dire sans ombres, avec peu de détails et peu de couleurs différentes. Elles peuvent parfois faire penser à des armoireries d’Etat, de ville ou de famille. C’est un signe de reconnaissance. Voici ci-dessous quelques exemples.

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Première insigne de l’escadrille N94 -SPA94

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Seconde insigne de l’escadrille N94 -SPA94

Source : http://albindenis.free.fr/Site_escadrille/escadrille094.htm

Le premier insigne représenteun crabe noir. Il apparait en 1917 et fait référence au buste de la république. Le deuxième insigne nommé « la mort qui fauche » remplaça la première en 1918. Elle rappelle le destin tragique des aviateurs militaires. Ici, on perd la notion d’appartenance à un état pour ne garder que le côté affectif.

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Avion de l’adjudant Maxime Lenoir

Source : http://albindenis.free.fr/Site_escadrille/escadrille023.htm

Sur la photo ci-dessus, l’adjudant a fait un jeu de mots autour de son nom. Cela montre le rapport à l’esclavage et met en avant le niveau d’intégration des personnes noires qui n’était pas encore très avancé durant la 1ère guerre mondiale. Il est bien sur le seul de son escadrille à avoir cet insigne.

Cependant, il est vrai que ces insignes étaient plus généralement des animaux sensés leur porter bonheur. Ils devenaient peu à peu la mascotte de l’escadrille (chats, vache, cheval, serpent, etc.). Ces animaux étaient parfois mis en scène dans des actions de guerre (un lion bavarois pourchassant un coq gaulois).

De manière générale, les animaux choisis avait un lien avec le chef d’escadrille et permettait d’exprimer l’affectif.

Nous allons maintenant nous intéresser plus précisément aux trois insignes présentées au musée Daubigny ; soient : la cigogne de Guynemer, le lapin trimardeur et l’éléphant noir.

1.     La Cigogne de Guynemer sur un ruban tricolore

La cigogne est l’emblème de la plus célèbre des escadrilles de chasse française BL3-MS3-N3-SPA3. Elle fut créée en juillet 1912 à Pau. Cette escadrille est devenue célèbre par ces nombreuses victoires (178 reconnues et 204 non prouvées).

Le chef d’escadrille était lieutenant Bellenger, pionner de l’aviation militaire française.

L’escadrille a compté dans ses rangs de célèbres pilotes comme René Fonck, Georges Guynemer, Deullin, Antonin Brocard ou Roland Garros.

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La Cigogne de Guynemer sur un ruban tricolore ; oeuvre présentée au musée Daubigny

Exposé habituellement au musée de l’air et de l’espace au Bourget, Paris.

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Escadrilles des Cigognes au complet

Source : musée de l’air du Bourget, cliché n°MA 23923

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Les insignes de quatre escadrilles formant le groupe des cigognes (dessins).

Source : http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/aviation-1914-1918/identification-insigne-cigogne-sujet_1663_1.htm

L’insigne de cette unité a été adopté après les nombreuses victoires au-dessus de la bataille de Verdun en 1916. L’as des as, Guynemer, avait choisi comme devise « faire face» et comme insigne la cigogne (cigogne qui vole dont la tête plonge en avant : une cigogne à l’envol ailes basses).

La cigogne symbolise l’Alsace qui doit être libérée. Elle avait été créée par un ancien décorateur de l’Opéra-comique affecté à la section de camouflage d’Amiens. Rapidement les pochoirs ont été préparés afin de peindre sur les fuselages des avions. La couleur de l’insigne variait en fonction de la teinte des avions qui le portait. La cigogne était accompagnée par cette devise proposée par un aviateur de l’escadrille : Mr Deullin : « les cigognes sont des oiseaux rares qui ne se nourrissent que d’insectes nuisibles et en font grande consommation ».

2. Le Lapin trimardeur

Les pilotes de l’escadrille SOP129-BR129 des cigognes n’ont pas été les seuls à peindre sur le fuselage de leurs avions, à l’exemple du Lieutenant Albert Mézergues qui avait choisit de peindre un lapin trimardeur portant un baluchon. Il a d’abord été placé sur un disque rouge mais ce dernier faisant office de cible, il a été préférable de l’enlever.

Ce lapin est tiré d’un dessin du célèbre dessinateur d’animaux pour enfant : Jeannot lapin de Benjamin Rabier. Il est né en 1834 et mort en 1939. Son œuvre la plus célèbre est celle de la vache qui rit créer en 1921.

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Lapin trimardeur au balluchon inspiré de Benjamin Rabier ; oeuvre exposée au musée Daubigny

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Le lapin Jeannot de Benjamin Rabier

Source : http://i.ebayimg.com/00/s/NTAwWDM2MA==/z/D8EAAOxyuDpSG3uj/$(KGrHqF,!qcFH748sFTpBSG3ui0uyw~~60_35.JPG

Pour en revenir à l’insigne d’escadrille, nous ne pouvons que supposer le pourquoi de ce lapin. Afin de connaitre la vraie raison, il faudrait aller voir dans les archives de la guerre. Aujourd’hui, nous pouvons proposés deux interprétations auxquelles nous avons pensés :

  1. Le balluchon représentant le voyage, le fait que l’on n’est jamais en place, que les aviateurs n’ont pas de chez eux car ils sont toujours en mouvement. Le lapin dessiné selon Rabier est un contraste entre l’esprit enfantin et l’horreur de la guerre.
  2. Il se peut que ce soit le dernier conte que l’aviateur a lu à ses enfants avant de partir à la guerre et il voulait « avoir » sa famille avec lui au combat.

          3. L’éléphant noir

La dernière des trois insignes proposée au musée Daubigny est celle du lieutenant Frédéric Loiseau qui avait fait peindre un éléphant noir pour sur les fuselages de l’escadrille n°561.

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l’Eléphant noir, représentation

Nous n’avons pas trouvé la raison du choix de l’éléphant noir, il faudrait aller voir dans les archives. Mais nous avons interprété la chose de la manière suivante : l’éléphant est en train de charger. Il est en position d’attaque. C’est un animal imposant qui est effrayant. D’autant plus lorsqu’il charge. La couleur noire n’est pas trop visible ce qui ne casse pas le camouflage de l’avion.

Finalement, l’art reflète l’attitude des personnes impliquées dans la guerre. Les images reflètent clairement l’esprit de l’aviateur.

Ces insignes de guerre, fortes en signification, ont alors donné lieu à de nombreuses reprises que l’on rencontre assez fréquemment sans connaitre forcement leur histoire. Dans cette dernière partie, nous allons nous attarder sur les plus connues de ces reprises.

c) Ils ont donné naissance à…

L’histoire de Ferrari :

Enzo Ferrari, le fondateur de la marque de fabrique mythique a choisi le logo du cheval cabré pour ses véhicules en rendant hommage à un redoutable aviateur de la première guerre mondiale : l’italien Francesco Barraca qui avait décoré son avion avec un étalon noir cabré. Ferrari avait une très grande admiration pour ce dernier.

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Francesco Barraca devant son avion

Source : http://airportjournals.com/francesco-baracca-and-ferrari/

L’histoire de Hispano Suiza :

Ancienne grande marque de voiture et d’équipement aéronautique espagnole. Sa notoriété s’est construite durant la guerre civile espagnole de 1936 à 1939 grâce à ses voitures de luxe. La marque a aussi construit les moteurs d’avions de chasse des SPAD durant la première guerre mondiale (moteurs utilisés par l’escadrille des cigognes). C’est d’ailleurs pour rendre hommage à l’aviateur Georges Guynemer qu’elle a choisie de reprendre l’insigne de la cigogne en 1919 comme emblème.

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Hispano-Suiza H6 B 1926

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Emblème Hispano-suiza

Source: http://photo-voiture.motorlegend.com/les-marques-disparues-a-retromobile-2009/photo-hispano-suiza-h6-b-1926/15791,55800.html

V) Conclusion

les dessins sur les fuselages ont donc permis d’exprimer l’état d’esprits des aviateurs. Chacun a pu exprimer sur le fuselage de son avion :

  • Ses sentiments
  • Son caractère
  • Son histoire
  • Sa détermination
  • Son racisme
  • Sa haine
  • Ses convictions politiques ou culturelles

V) Ouverture

Dans un second temps, les dessins sur les fuselages ont permis d’exprimer l’état d’esprit des aviateurs. Chacun a pu exprimer sur le fuselage de son avion :

  • Ses sentiments
  • Son caractère
  • Son histoire
  • Sa détermination
  • Son racisme
  • Sa haine
  • Ses convictions politiques ou culturelles

En effet, peindre des insignes sur les fuselages des avions durant la première guerre mondiale était synonyme d’une liberté, celle de personnalisé son « outil de travail ». Outil de travail dans lequel l’aviateur passait le plus clair de ses journées, qui permettait de se défendre, mais aussi qui tuait. L’appareil en lui-même avait donc un symbole très fort rehausser par l’art de la peinture.

Le fait de peindre engageait la vie des aviateurs (car il y avait par exemple un risque de se faire voir par l’ennemi) et permet d’identifier les appareils. Il y a un fort sentiment d’appartenance, d’identification et d’engagement « corps et âmes ».

Cet exposé nous a fait penser aux dessins sur les avions américains lors de la seconde guerre mondiale. Cette fois-ci, les animaux et les symboles régionaux ont été remplacés par des pin-ups (idéaux féminins à cette époque). Encore une fois, les peintures permettaient en particulier d’identifier son appareil.

Ci-dessous quelques exemples de pin-up sur des avions de guerre américains :

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Sources : http://www.aero-hesbaye.be/diapo/PinUp/images/DSC_2682_20B_25J_20N8195H_20Heavenly_20Body_20left_20side_20nose_20art_20l.jpg

http://figurinebox.i.f.f.unblog.fr/files/2007/12/capturer9825.jpg

Chaque aviateur avait un idéal : brune, blonde, peau claire, peau mâte etc. Par ailleurs, les positions de ces femmes étaient souvent équivoques ainsi que les devises qui les accompagnaient. Que l’aviateur soit célibataire ou marié, ces femmes qui prenaient parfois le prénom de leur épouse leur tenait compagnie.

Il serait alors très intéressante de réaliser une étude de ce phénomène pour faire suite à nos recherches et peut être comparer les motivations et les significations.

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