Quel rapport l’artiste entretient-il avec la réalité ?

Introduction

Nous avons basé notre exposé sur la problématique suivante : quel rapport l’artiste entretient-il avec la réalité?

Pour y répondre, nous allons étudier un texte de Platon et un texte de Bergson et nuancer chacun de ces textes à l’aide d’exemples d’œuvres d’art.

Avant de commencer, définissons la réalité. La réalité peut faire référence au monde qui nous entoure ou alors à ce qui est au-delà de l’apparence. Dans ce dernier cas, la réalité est liée à la vérité.

I – Texte de Platon

Le premier texte que nous avons choisi d’étudier est un extrait de La République de Platon. Platon est un philosophe du 4ème siècle avant J-C. Dans sa philosophie, Platon fait la différence entre le monde sensible dans lequel les hommes se trouvent et le monde intelligible, aussi appelé le monde des Idées. Pour Platon, le monde intelligible est considéré comme un monde parfait.

Platon fait la critique de ce que nous appelons les beaux-arts dans son ouvrage La République. Les poètes, imitateurs, illusionnistes, corrupteurs sont bannis de la cité idéale. Au livre X, dont nous allons vous présenter un extrait, il définit le peintre comme un charlatan.

Dans ce texte, Platon part de l’exemple du lit afin de développer sa thèse. Dès la ligne 1, on peut voir qu’il distingue trois types de lit : celui de Dieu, celui du menuisier et celui de l’artiste.

Le lit créé par Dieu représente la « forme naturelle » l.2 du lit, c’est-à-dire que c’est l’Idée du lit qui est parfaite car elle se trouve dans le monde intelligible. Le menuisier qui produit un lit ne fait qu’imiter imparfaitement l’Idée du lit. Ce n’est qu’une première copie de l’Idée mais qui a au moins le mérite d’être utile.

Or, l’artiste qui peint le lit du menuisier ne cherche pas à représenter « ce qui est tel qui est » l.16 mais «  ce qui parait tel qui parait » l.16. Il ne représente donc que l’apparence mais pas l’essence du lit. L’artiste fait une copie d’une copie, il s’éloigne de deux degrés de la réalité. Pour Platon, le peintre produit alors une imitation imparfaite et inutile.

Dans la dernière réplique, à la ligne 19, Platon explique que l’artiste prétend détenir un savoir, mais ce n’est qu’une illusion, il ne connaît rien de ce qu’il représente. L’artiste est celui qui encourage les hommes à prendre plaisir aux apparences et à se détourner de la réalité.

Pour Platon, l’art comme « mimesis » est inutile. Mimesis qui veut dire imitation en grec.

En définitive, l’art véhicule des illusions et il plonge l’être humain dans le rêve au risque de perdre le sens des réalités. En ce sens, le peintre est comparable à un charlatan.

Pour illustrer cette thèse, nous allons parler de l’Aurige de Delphes comme premier exemple. Il s’agit d’une œuvre Antique dont la date exacte est inconnue mais on sait qu’il s’agit soit du 5ème siècle av JC soit du 5ème siècle après JC. C’est l’une des plus célèbres sculptures de la Grèce antique. Elle représente un aurige, c’est-à-dire un conducteur de char de course. L’aurige lui-même faisait partie d’un ensemble plus important composé du char, de quatre ou peut-être six chevaux et d’un serviteur. Des fragments du char, des jambes et de la queue des chevaux ont été retrouvés près de la statue.

Aurige de Delphes

Cette œuvre est devenue célèbre pour sa qualité d’exécution et sa précision. On peut donc dire que le travail de l’artiste admiré car l’œuvre semble proche de la réalité, notamment grâce aux expressions du visage et le fait qu’elle soit grandeur nature. Cependant on peut se demander, au moment de sa réalisation, où résidait l’intérêt artistique ? En effet, aujourd’hui, c’est essentiellement la valeur historique qui en fait une œuvre d’art extrêmement connue. C’est pourquoi le fait que l’artiste demeure inconnu n’est peut-être pas une simple coïncidence.

Analysons maintenant un exemple plus contemporain. Peut-on appliquer la thèse de Platon à l’art d’aujourd’hui ? Pour répondre à cela nous allons parler de Roberto Bernadi, un peintre photoréaliste né en Italie en 1974. L’hyperréalisme est un courant artistique né aux US dans les années 1950-1960, dont le but est de reproduire à l’identique une image en peinture. C’est pourquoi les artistes ont souvent utilisé des photos comme base pour leur œuvre. Beaucoup des œuvres hyperréalistes représentent des paysages urbains mais dabs le cas de Roberto Bernadi, ce sont vraiment des scènes de la vie courante.

bernadi2

En observant ces différentes œuvres, on voit qu’elles sont relativement neutres, ce qui est d’ailleurs un des objectifs de l’hyperréalisme. On se demande alors où est la création artistique, puisque l’artiste a uniquement imité le réel.

Néanmoins, certains exemples modernes sont en opposition avec l’image de l’artiste donnée par Platon à son époque. En effet l’art abstrait s’oppose à l’art comme copie du réel. On peut parler de Piet Mondrian, un peintre néerlandais né en 1872, considéré comme un pionnier de l’art abstrait.

Son tableau « Composition en rouge, jaune et bleu » nous prouve déjà par son titre qu’il n’y a pas de volonté de représenter quoi que ce soit. Chacun est libre d’imaginer ce qu’il veut et de s’interroger en observant cette œuvre, qui peut aussi juste être perçue comme reposante.

Le cas du tableau « New York City » est différent. Il y a la volonté de symboliser quelque chose, ici la ville de New York. Mais il existe différentes façon d’interpréter le tableau : certains y verront une vue aérienne de New York et ses grandes rues quand d’autres verront les lignes verticales plutôt comme les buildings de Manhattan. Ici Piet Mondrian représente à sa manière la ville de New York, contrairement aux exemples précédents où l’artiste se contentait de nous présenter un objet / une scène.

II – Texte de Bergson

Henri Bergson est un philosophe français du début du XXème siècle.

On voit souvent les artistes comme des individus en peu en marge de la société et on pourrait s’attendre à ce que leurs œuvres témoignent d’une vision très subjective de la réalité. Pourtant, comme le remarque Bergson, nous devons souvent reconnaitre leurs capacités à saisir des aspects que nous ne percevons pas. Dans  La pensée et le mouvant parut en 1934 et dont nous allons étudier un extrait, il relève justement ce paradoxe entre la représentation courante de l’artiste et ce que nous pouvons admirer dans ses œuvres. Il explique que l’artiste est capable d’une vraie contemplation des choses par le fait que l’artiste échappe à la loi naturelle qui associe la perception de l’ordinaire à un principe d’utilité.

De la ligne 1 à la ligne 3, Bergson définit l’art et lui donne sa fonction : il permet de voir le monde tel qu’il est, de dépasser notre perception habituelle, de mieux comprendre le monde et de mieux nous comprendre. Il nous permet d’accéder à une réalité au-delà des apparences. Bergson s’interroge ensuite sur comment l’artiste dévoile-t-il le réel.

L’œuvre d’art est création, elle n’est pas une pure fiction : « ne le créent certes pas de toutes pièces » l.5. Son point de départ est le réel. L’artiste va observer la réalité  et en tirer l’essentiel. Il va se détacher de la simple apparence, de l’utilité des objets afin de voir le monde tel qu’il est (« demeuraient invisibles » l.10).

L’artiste « révèle » l.12, il dévoile. D’ailleurs, le dévoilement vient du grec aletheia. Pour les Grecs, ce mot renvoyait à la vérité. L’art nous permet d’accéder à la vérité.

L’artiste est un contemplatif. Il faut contempler la réalité pour trouver en elle ce qu’il y a d’authentique avant d’agir. Il faut voir le monde autrement afin de dépasser l’utilité pour l’authenticité. La création artistique passe par la révélation.

Ainsi, selon Bergson, l’art rend compte d’une part cachée du réel qui sans lui serait inaccessible.

En lien avec la thèse de Bergson, nous pouvons citer Paul Klee, un peintre allemand né en 1879. Celui-ci a en effet déclaré « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible l’invisible » ce qu’on peut interpréter comme le fait que l’art sert notamment à transmettre des émotions, puisque cela ne peut pas être vu alors qu’une œuvre d’art est capable de nous faire ressentir différentes émotions.

En effet Paul Klee est un peintre expressionniste. L’expressionnisme ne cherche pas à montrer le monde tel qu’il est, mais à l’exprimer. C’est pourquoi dans ce mouvement, la réalité est stylisée et déformée.

Le tableau « Rayé de la liste » montre les sentiments que Paul Klee voulait exprimer suite à la montée du nazisme en Allemagne et sa fuite vers la Suisse (car il n’était plus considéré comme un artiste dans son pays qu’il a dû quitter). Effectivement, des couleurs sombres, la forme du visage qui peut faire penser à une tête de mort, la grosse croix noire qui est un symbole fort et peu discret n’ont rien qui permettent de rapprocher de la réalité mais aident à comprendre la tristesse, la colère et l’angoisse de Paul Klee.

Le dernier exemple que nous avons décidé de traiter est un peu différent puisqu’il s’agit d’une autre forme d’art. Nous allons parler de musique et plus précisément de son utilisation au cinéma. L’exemple que nous avons choisi est une musique de « La liste de Schindler », un chef d’œuvre du cinéma réalisé par Steven Spielberg dont la musique fut composée par John Williams.

Cette œuvre intitulée « Auschwitz-Birkenau » est jouée au moment de l’arrivée du train des femmes à Auschwitz. Il s’agit d’une scène sans dialogue. Certes on lit déjà un peu la peur sur les visages des personnages mais cette musique angoissante amplifie largement la sensation de peur et rend mieux compte de la situation que ce que pourrait faire des simples dialogues. Le spectateur ressent ainsi l’angoisse et la peur de la situation à travers la musique.

La musique rend cette scène difficile à supporter alors que sans la musique cela serait certainement bien moins frappant. Encore une fois on a un exemple qui nous montre que certaines formes d’art peuvent dépasser la réalité « visible » et nous faire ressentir des émotions.

Conclusion

Ainsi, nous avons vu que le rapport entre l’artiste et la réalité a interrogé les philosophes. Nous avons choisi ces deux textes d’époque différente afin de présenter des thèses opposées.

On a vu que pour Platon, l’artiste n’a aucun mérite puisqu’il ne crée rien. Pour Bergson, l’artiste permet d’aller au-delà du réel. Ces deux thèses sont certes opposées mais pas non plus tant que ça puisque les deux considèrent que l’artiste n’a aucun mérite s’il copie le monde réel.

Dans ce cas est ce que l’art abstrait est de l’art ? Certaines personnes auront tendance à reconnaitre plus facilement un artiste photoréaliste comme artiste plutôt qu’un peintre d’art abstrait, bien que cela soit en contradiction avec les points de vue des deux philosophes présentés.

Il faut donc garder en tête que la notion d’artiste reste abstraite et subjective selon les individus.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :