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Archives Mensuelles: janvier 2015

50c27579feAffiche de l’exposition

Une exposition sur les origines des tatouages, leur signification et leur histoire à lieu au musée du quai Branly en ce moment. Il s’agit d’un phénomène qui s’est largement démocratisé ces dernières années. L’exposition a pour but de faire comprendre le tatouage par ses racines et de l’exposer comme un acte artistique en valorisant la démarche et sa signification. Le support de cette forme d’art en fait sa particularité. Dans cette présentation j’ai essayé de vous faire un tour d’horizon des différentes techniques utilisées, les grands mouvements de tatouages dans le monde et la mondialisation du phénomène.

Anne & Julien sont les deux commissaires de l’exposition, ce sont deux jeunes tatoués qui ont désiré «  Explorer un monde intérieur, un univers opaque […] dont les principes ont été protégés par les tatoués mais surtout par les tatoueurs »

Aujourd’hui, 1 personne sur 10 est tatouée en France et aux Etats Unis 1 personne sur 5.

Le tatouage est une marque permanente sur la peau. Dans la cadre de cette présentation nous ne désirons aborder que les tatouages qui sont œuvre et nous nous prenons donc pas en compte les marques sur la peau faites aux animaux, dans les camps de concentration ou ce genre de chose.

L’étymologie du mot vient du tahitien TA qui signifie dessiner et ATUA qui signifie esprit/Dieu. Le mot qui désigne le tatouage en tahitien est « tatau », il a été découvert par John Cook lors de sa deuxième expédition en 1772 vers Tahiti.

Une légende Maori qui raconte l’histoire de Mataora et explique l’origine du tatouage.

Les différentes grandes origines du tatouage sont les suivantes :

Au japon l’art du tatouage est très représenté sur les estampes. Sur cette image On peut voir deux guerriers dont le corps en est presque intégralement recouvert. Ce sont des tatouages de couleur avec de nombreux dégradés et qui sont effectués à l’aide de manches sur lesquels sont fixées 1 à 50 aiguilles.

58e75c309eEstampe japonaise : « Sulkoden pantomime dans la neige » Toyohara Kunichika

Le tatouage tribal qui se retrouve en Nouvelle Zélande, aux Samoa, en Polynésie, Bornéo, en Indonésie, aux Philippines. Les chefs Maoris affirmaient leur statut social et leur famille au travers de tatouage qu’il arborait sur le visage. Les dessins caractéristiques sont des formes géométriques, des lignes, des points intégralement en noir. La technique traditionnelle est donc sensiblement différente, ce sont des peignes de différents taille qui sont utilisés avec un outil de percussion.

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Peigne à tatouer

Le tatouage thaïlandais est assez particulier, il s’agit de prières qui sont tatouées sur les cours par des moines. Elles sont censées protéger la personne qui les porte. Ce sont également des touages intégralement noirs qui se font à l’aide d’un manche en bambou au bout duquel est fixé une aiguille.

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Exemple de tatouage Thaïlandais

Les tatouages en Europe sont principalement chez les marins, les prostituées, les militaires et les prisonniers qui marquent leur corps de leur expérience les plus difficiles. La machine à tatouée électrique a été développée en 1881 par Samuel O’Reilly.

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Machine à tatouée électrique et Brevet déposé par Samuel O’Reilly

Les tatouages latino et chicano arrivent plus tardivement. Ils sont eux aussi effectués à la machine à tatoué et se caractérise par de très beaux dégradés de gris. Ils ont pour inspiration la culture Mexico-Américaine et sont très liés aux gangs.

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Tatouage chicano

Mais dans le processus du tatouage qui du tatoueur ou du tatoué est l’artiste ? L’idée, l’intention du tatouage vient de la personne qui le porte, mais l’expertise du tatoueur est indispensable à la réalisation de l’œuvre. Prenons pour exemple Rick Genest qui a décidé de se faire tatouer un corps en putréfaction sur l’intégrale de son corps suite a une opération d’une tumeur au cerveau. Il travaille en partenariat avec un tatoueur pour effectuer l’intégrale du tatouage et le processus dure 6 ans. Frank Lewis, le tatoueur est-il l’artiste ou est-ce Rick Genest qui qui a eu l’idée qui en es l’auteur ?

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( Gabrielle BAZIN – UTC – A14 )

[1883-1907]

Ruben Goldberg a obtenu son diplôme d’ingénieur à San Francisco. Il a travaillé en tant qu’ingénieur au service des égouts de la ville seulement pour 6 mois. Son but étant de devenir dessinateur, il entre et rejoint le service des sports du San Fransisco Chronicle. Il est, en 1905, engagé au San Fransisco Bulletin. Il quitte ensuite san fransisco pour New York en 1907.

Il travaillera dans plusieurs journaux (New York Evening Journal et New York Evening Mail) en tant que dessinateur. Il dessine des strips : bande avec quelques images. Il connait plusieurs succès avec Foolish Questions, par exemple, qui est un dessin d’humour absurde. En 1914 il commence à dessiner des séries de dessins mettant en scène des machines complexes qui provoquent à la suite d’une réaction en chaîne des effets très simples. Il critique dans ces dessins “une civilisation mécanisée à outrance, prémonition burlesque de notre moderne automation” mais c’est avant tout leur côté humoristique qui plaît.

Il participe également à un film « Soup to Nuts » où figurent de nombreuses machines.

Il obtient le prix Pulitzer du dessin de presse en 1948.

On différencie 2 types dans ses dessins :

Dessins politiques  :

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On voit dans ces deux images qu’il aborde les thèmes de la politique et de l’économie par un humour souvent très noir.

Ces images montrent des scènes de la vie quotidienne. Il critique ici la société de consommation et la fainéantise qu’elle a engendrée. Il critique l’industrialisation à outrance de la société moderne.

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Problématique : Comment a évolué l’œuvre de Ruben Goldberg jusqu’au aujourd’hui ?

Comment l’œuvre a-t-elle évoluée, quels ont étés les reprises et hommages ? Y a-t-il eu conservation du message d’origine ?

On va voir les moyens et les supports de représentation qui ont changés. Par exemple ici avec les temps modernes. Utilisation des machines goldberg dans ce film pour gagner du temps par exemple pour manger. C’est à l’époque une critique des usines Ford et le fait de tout automatiser.

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Quelques artistes qui ont repris ces machines.

Le mouvement artistique «  kinétic art » parle d’œuvre en mouvement, par le vent, le soleil ou le spectateur ou aussi par système mécanique. On parle également de kinetic art lors d’illusion d’optique, cinétisme virtuel, on peut préciser de l’Op Art.

La 1ère manifestation de l’art cinétique est en 1910 par Marcel Ducamp et plus tard dans certaines œuvres de Alexander Calder (notamment le mobile).

Les 1ères reprises des machines Goldberg sont donc avec deux artistes : David Weiss et Peter Fischli.

I ls’agit d’une installation éphémère avec des principes physiques (statiques, poids…) et chimiques. Il y a modification de l’œuvre d’origine de Goldberg par le support car à l’origine c’était uniquement des dessins et non réalisables. Ici l’œuvre est bien réalisé et filmé dans une vidéo qui suit toutes les réactions.

Joseph Herscher est un artiste Neo-zelandais qui fait des vidéos sur le principe des machines Goldberg.

Son site :

http://www.josephherscher.com/

Le but des réactions en chaine chez cet artiste est très simple (ex : tourner un page). Ce but, inutile ou presque est similaire à celui de Goldberg.

Ces machines sont également reprises lors clip et de publicité.

Ici avec le groupe : OK GO, dans le clip de : This too shall pass.

Concernant les publicités, Red bull l’utilise lors d’une vidéo dont le but est simplement d’ouvrir une cannette de la marque. On voit alors ici que le message d’origine de Goldberg qui était de critiquer la société de consommation est complétement opposé puisqu’il s’agit ici de pousser le consommateur à acheter cette marque.

En conclusion on peut dire que les reprises et hommages sont variés dans leur message. Les supports de représentation ont évolués puisque c’est maintenant des vidéos et non des dessins. Le but finale de la réaction en chaine est des fois utile ( les temps modernes par exemple) et des fois non ( l’artiste Joseph Herscher), là aussi les reprises de l’œuvre original sont variés.

LA TAXIDERMIE

Hier dans les musées d’Histoire Naturelle ou les cabinets de curiosités, les animaux empaillés sont aujourd’hui dans les musées d’art moderne et sont utilisés dans la mode ou la publicité. Ont-ils leur place dans le monde de l’art contemporain? Quels sont les enjeux et les motivations des artistes ?

Cette pratique mi-artistique, mi-scientifique tire son nom du grec ancien « taxis » (ordre, arrangement) et de « derma » (la peau).

Le principe est de construire une structure sur laquelle on reconstitue les formes d’un animal, après avoir prit ses mesures. Initialement la reconstitution se faisait en paille (d’où le terme « empaillage »). La peau est ensuite posée, ajustée et fixée après une opération de tannage. Le tannage permettant d’assouplir la peau et de la protéger chimiquement. Des parties du squelette peuvent être aussi utilisée comme le crâne des petits animaux. Pour les vertébrés aquatiques et les invertébrés on utilisera des techniques de soufflage, de séchage ou de moulage.

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Dès la Renaissance, la taxidermie est devenue un moyen de conserver des espèces autrement que dans des livres. Elle permet aussi de préserver un patrimoine en voie de disparition et pouvait être utilisée pour conserver des animaux en tant que trophées de chasse.

Apparu à la Renaissance, les cabinets de curiosités qu’on peut considérer comme les « ancêtres » des musées, forment de grandes collections d’objets d’histoire naturelle (animaux empaillés, insectes séchés, squelettes, herbiers, fossiles), de tableaux ou d’antiquités que des collectionneurs privés ou public ont pu récolter à travers le monde. (voir photos ci-dessous)

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Les cabinets de curiosités ont eu un rôle important dans l’essor de la science moderne, même on pouvait trouver dans ces lieux des objets imaginaires tels que des squelettes d’animaux mythique ou par exemple du sang de dragon.

Le 19ème siècle  est quant à lui plus marqué par les dioramas, ces maquettes à échelle réelle exposant des animaux empaillés dans leur environnement naturel. Ces représentations célèbrent la conquête de l’homme occidental sur le monde. (voir photo ci-dessous)

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Dans la mêm période, des artistes comme François Pompon (1855-1933) se sont inspiré de la taxidermie pour créer et sculpter des animaux plus vrais que nature.

pompon-cerf-630x807 Grand cerf  (1929) – Bronze -Musée d’Orsay, Paris

Mais au fil du 20ème siècle, la taxidermie tombe désuétude, elle est remisée dans les réserves par les conservateurs, et les artistes s’en désintéresse. Le public la jugeant ringarde et dépassé, y voie même un acte de barbarie envers les animaux.

 

Le salut de la taxidermie vient des artistes contemporains qui dans les années 90 lui offrent une nouvelle vie.

On le voit notamment avec les chimères de Thomas Grunfeld dans la série Misfits commencée en 1992

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L’artiste s’est ici directement inspiré des cabinets de curiosités du 17ème siècle où l’on pouvait voir des squelettes d’animaux hybrides.

Depuis, la taxidermie est apparu dans des œuvres ironiques, ambiguës et provocantes. Les artistes l’utilisent comme un outil pour faire passer un message et apporter un aspect vivant à leurs œuvres auquel le public pourra se rattacher.

On observe cette démarche avec des artistes comme Maurizio Cattelan dont l’art est basé sur le tragique, le drôle et surtout la provocation. Ses œuvres font l’écho des paradoxes et de la folie de notre temps; de la lutte de l’individu pour y trouver sa place.

Dans son exposition « Kaputt » (2013) il reconstitue un groupe de chevaux suspendu par la tête à un muret dont la tête est comme prisonnière du mur. (voir photo ci-dessous)

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L’artiste fait référence ici au roman du Malaparte du même nom « (Kaputt ») publié en 1943. Un roman dans lequel on a une description poignante de chevaux fuyant un incendie durant la Seconde Guerre Mondiale, et qui se retrouvèrent prisonnier de la glace. Ici on s’en bien que les chavaux sont comme « prisonnier » du mur.

Une autre oeuvre bien connu de Maurizio Cattelan est Bidibidobidiboo (1996), qui présente un écureuil suicidé avec un revolver.

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L’écureuil étant l’incarnation de la vitalité, souvent associé à l’enfance et à l’innocence. Située dans un univers de jouet miniature, la scène est encore plus violente. Le thème de l’enfance est aussi rappelé par le nom de l’oeuvre en lui même qui fait référence à une chanson du dessin animé Cendrillon de Walt Disney. L’artiste parvient à juxtaposer le drame du suicide et la légèreté enfantine avec une touche de comique, et vient soulever la question: « Comment un écureuil peut-il en arriver là ? »

 

Les artistes contemporains se sont aussi emparés des grands enjeux environnementaux et ont utilisé la taxidermie dans leurs œuvres afin de mettre en relation les rapports qu’a l’homme avec les animaux et la nature dans l’époque actuelle.

Pascal Bernier, un artiste français, a notamment utilisé différents animaux ainsi qu’un système de miroirs, afin de créer une sensation d’infini. Par ce procédé, il vient dénoncer l’élevage des animaux en batterie. (voir photo)

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Farm sets (1997-2000)

 

D’autres comme Ghyslain Bertholon dans sa série Trochés (présentés de face) (2008-2009), présente la partie postérieure d’animaux à la façon des trophées de chasse. Les animaux ainsi représentés, semblent vouloir s’arracher à une réalité qui n’est pas la leur, ceci est souligné par la position des pattes des animaux. L’artiste utilise l’aspect provoquant et décaler de la taxidermie et amène le public à s’interroger sur le rapport de domination exercé par l’homme sur l’animal et la nature.

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D’autres artistes contemporains utilisent la taxidermie car elle permet un rapport direct avec le monde, à échelle réelle. Les animaux semblent figés dans le temps et l’espace.

On le voit avec des artistes comme Claire Morgan, dans son  oeuvre Gone with the wind (2008) représentant un oiseau en train de voler. On a l’impression que l’artiste a réalisé un arrêt sur image, et on ressent parfaitement le déplacement de l’oiseau et le chemin qu’il a suivi.

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L’artiste Daniel Firman à lui aussi utilisé la taxidermie pour présenter une scène se rattachant au concret tout en parant les lois de la physique. Ses Éléphants présentés dans les oeuvres « Nasutamanus » (2012) et « Würsa (18 000 Km from earth) » (2006)

sont soit à la verticale posés sur leurs trompe, soit à l’horizontale. Ces animaux gigantesques semblent suspendus et ne sont plus soumis à la gravité terrestre.

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Néanmoins certaines œuvres peuvent susciter le dégout du public comme les créations de la « Rogue taxidermy » qui sont plutôt trash et dans lesquelles on peut voir des animaux ensanglantés et méconnaissables. Observant la mort, ces oeuvres étalent la finalité de nos existenses. Mais aujourd’hui c’est principalement l’aspect kitsh, provoquant et étrange qui fascine aussi bien les artistes, le public mais aussi la publicité et la mode. Signe de son succès c’est l’artiste Huang Yong Ping qui sera présent à la « Monumenta » de Paris en 2016. Cett exposition d’art contemporain se tient annuellement au Grand Palais. L’artiste chinois naturalisé français en 1989 utilise la taxidermie dans des métaphores poétiques et symboliques.

 

Si l’on mentionne parfois le nom du Marquis de Sade comme précurseur de la méthode – en raison des spectacles qu’il dirigeait, vers 1800, à l’asile de Charenton et qui attiraient le Tout-Paris avide de voir des aliénés en représentation –, on attribue plus sérieusement l’origine de l’art-thérapie au peintre anglais, Adrian Hill, qui en fit le premier l’expérience en 1940. Tuberculeux et placé en sanatorium, il entreprit, durant sa convalescence, d’entamer une flânerie sur papier qui, au grand étonnement des médecins, lui octroya un rétablissement rapide. « Lorsqu’il est satisfait, l’esprit créateur […] favorisera la guérison au cœur du malade », écrivit-il.

Ces dernières années, les médiations artistiques ont connu un essor considérable.

L’art thérapie et la médiation artistique consistent en un accompagnement de personnes en difficulté mises en position de création artistique. Ce travail subtil, souvent pratiqué en groupe, qui prend les vulnérabilités comme matériau, cherche moins à dévoiler les significations inconscientes des productions qu’à permettre au sujet de se recréer lui-même, de se créer à nouveau dans un parcours symbolique de création en création.

Les interventions d’artistes, de médiateurs artistiques et d’art-thérapeutes s’étendent désormais au champ social et permettent notamment de traiter le problème de la violence contemporaine.

Le cadre et le dispositif permettent à l’objet médiateur de présenter une portée thérapeutique.

I. Présentation générale de l’art thérapie

-L’art thérapie : avec quoi ?

L’art thérapie s’adresse à tous les arts sans exception qu’elle transforme en voies (de connaissance au sens large et de développement personnel). On peut distinguer quatre positions par rapport à l’être humain et aux objets inanimés :

* l’oeuvre n’est liée à l’homme qu’au moment de sa réalisation, elle en est ensuite détachée. L’homme peut s’effacer, partir, mourir, l’oeuvre faite de traces objectives et durables, le métaphorise : arts plastiques (peinture, sculpture) + photographie + cinéma + vidéo + écriture

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Image gauche : Gestes de colère avec débordements de couleur.Incapacité de maîtriser ni le geste ni la peinture. En fin de séance, la patiente laisse quatre taches qui, selon elle, figurent des « sanglots rouges »

Image droite : Gestes de colère et représentation (spontanée) par des verticales et des horizontales d’une prison où un animal serait caché. La personne se souvient à ce propos qu’elle a été enfermée et attachée par une nourrice dans un lit cage toute sa petite enfance

* l’oeuvre nécessite la présence de l’homme pour exister. C’est lui qui dans un cadre artistique précis se métaphorise : “arts vivants” : théâtre + danse + gestualité + conte 

* Alliance voire fusion de la présence humaine et de celle d’une chose : marionnette + masques + maquillage par extension 

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Image gauche : Michel, 12 ans. Se décrit comme étant un monstre

Image droite : Masque réalisé dans l’atelier corps, langage, écriture de Martine Le Luel

* Traces impalpables, mises en oeuvre par l’être humain et pouvant être enregistrées : chant + musique

Nous venons de voir Avec quoi? Voyons maintenant avec qui ?

-L’art thérapie : avec qui?

L’art thérapie s’adresse à toutes les personnes en difficulté psychologique, physique, sociale, existentielle, par exemple :

-l’adolescent, en quête de son identité veut devenir Sujet de lui-même et de sa vie mais il est encore dépendant de ses parents; surtout il est l’Objet de la transformation de son propre corps.

-la personne handicapée physiquement condamnée à la monstration de son handicap.

-la personne âgée qui a la nécessité de reconstruction rétrospective de sa vie avant de la quitter.

-L’art thérapie : comment? Pour quoi ?

L’art thérapie n’est pas un arrêt sur image mais un processus dont on doit rendre compte dans la temporalité.

L’indication repose sur l’évaluation de la bonne distance, pour que la personne puisse se dire de façon travestie en s’échappant assez à soi-même sans pour autant se perdre de vue : c’est la stratégie du détour : 1) évite d’œuvrer dans un registre tabou, 2) n’attaque pas directement les symptômes, 3) respecte les défenses, 4) contourne les résistances, 5) élit une proposition thérapeutique qui rappelle indirectement les 3 dimensions précédentes → L’art thérapie est une recherche : proposer un cadre défini rigoureusement à l’intérieur duquel, grâce à la bonne distance, le sujet pourra effectuer un parcours symbolique thérapeutique.

Selon JP Klein, psychiatre, directeur de l’institut national d’expression, de création, d’art et de thérapie et fondateur de la Escuela des arteterapia (Barcelone) “L’art thérapie et la médiation artistique permettent un itinéraire métaphorique, la métaphore n’étant pas conçue comme une énigme à mettre à plat dans une rationalité, mais comme une étape de l’itinéraire.”

Dans la seconde partie de mon travail, j’ai décidé de développer un cas concret.

II. Cas particulier : Michel

Présentation du cas :

Michel, 7 ans et demi, a des difficultés scolaires (lent pour la lecture, confond les sons) mais surtout troubles du comportement. Il a “peur de tout”, en particulier de rester seul à la maison. Les parents se sont séparés à plusieurs reprises, la dernière fois il y a 2 ans. La mère garde ses 5 enfants mais les 2 aînés demandent à aller chez leur père suite à des “heurts verbaux” avec elle. Un 3eme qui a 12 ans et est violent avec les petits (menaces avec un couteau) rejoint ses aînés. Après ces départs successifs, la mère fait une dépression, arrêt de travail de 9 mois, reprise en mi-temps thérapeutique. Elle vit dans un foyer de femmes battues puis en appartement.

Michel en weekend chez son père lui dit avoir reçu une claque de sa mère car il avait jeté de la nourriture, ce qui entraîne un passage à l’acte immédiat du père, qui débarque, arme à la main chez sa femme qui appelle les gendarmes, cependant que Michel prétend n’avoir rien dit. L’enfant vu seul se renferme et refuse toute proposition faisant agir une force d’inertie, tête entre les mains.

La problématique qui se dégage est à la possibilité par une parole dite d’entraîner des actes graves : parole des aînés suivie de leur départ, parole de Michel suivie de violence.

Évaluation de la bonne distance, stratégie du détour :

1) évite d’œuvrer dans un registre tabou, ici l’appel à témoignage, 2) n’attaque pas directement les symptômes, ici les difficultés scolaires et orthophoniques, 3) respecte les défenses, ici son affirmation qu’il n’y est pour rien dans les passages à l’acte de ses parents, 4) contourne les résistances, ici le piège de la provocation à un bras de fer face à ses conduites d’opposition, ce qui est attendu de Michel et ne servirait à rien, 5) élit une proposition thérapeutique qui rappelle indirectement les 3 dimensions précédentes : déplacements du corps isolé et de l’espace monoparental en espace collectif, de la réalité à l’imagination, du langage récupéré dangereusement par les adultes en langage gratuit du monde traditionnel de l’enfance. Avantage groupe thérapeutique : on ne cherche pas à lui faire parler des intimités et des secrets + interaction avec d’autres enfants, Michel est ainsi protégé des manipulations des adultes

Pour conclure : 

Détournement de l’art. L’art thérapie apparaît souvent, en effet, comme une chance nouvelle d’accéder à ses sentiments et à ses émotions refoulés « parce qu’elle travaille dans le “mine de rien”, en utilisant une stratégie de détour, une ruse qui permet de contourner les résistances au changement », explique le Dr Jean-Pierre Klein.

Les arts n’avaient pas forcément pour vocation d’être transformés en voies de connaissance ou de développement personnel. L’art thérapie permet une épistémologie par la réflexion à laquelle elle oblige sur le sens de chacun de ces arts.

Remise en question du but de l’art. Pas seulement de distraire mais permet un véritable soin de personnes en difficultés

Carré blanc sur fond blanc est une huile sur toile du peintre avant-gardiste russe Kazimir Malévitch réalisée en 1918 et actuellement exposée au MoMA à New-York.

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Cet oeuvre est née dans un cadre d’anarchisme pré-révolutionnaire. Malévitch adhérait à la philosophie nihiliste russe, d’où sa remise en question de la peinture pour privilégier la recherche de la vérité. Son art contradictoire et en opposition aux idées Soviétiques lui posèrent d’ailleurs de nombreux problèmes.

Ce tableau fait partie du mouvement du suprématisme, initié par Malévitch, et appartenant lui même à l’avant garde russe. Inspiré du futurisme et du cubisme, dont  deux moments picturaux essentiels ont été retenus: la légèreté et la pesanteur; avec le suprématisme le picturale se libère pour s’envoler vers l’infini.  Se met en place une libération de la dépendance à l’égard des formes de la nature et de la technique afin de s’attarder sur la dynamique du mouvement et l’animation de l’espace.

Il ne s’agit alors plus de formes mais de sensations  (« suprématie de la sensation pure »); ce n’est donc pas une art intellectuel. Malevitch veut créer le mouvement vers l’infini, vers la zone de cette perfection non-figurative dans laquelle l’opposition entre homme et nature, esprit et matière serait abolit.

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Suprématisme, 1915

Les carrés d’une seule couleur apparaissent chez Malevitch en 1913 dans les décors et costumes pour l’Opéra « La victoire sur le soleil » .

Le carré noir de son vrai nom « Quadrangle » fut exposé en 1913 à l’exposition « 0.10 » St-Petersbourg. D’après le peintre ce tableau ne signifie rien, il est; il n’y a pas d’interprétation symbolique. Il montre la puissance de l’expression des espaces vides. Il fut d’ailleurs appelé par certains critiques comme le premier de la série des « derniers tableaux » .  S’en suit le carré rouge ou bien « Paysanne », définit comme réalisme picturale d’une paysanne à deux dimensions, ce qui est bien sûr une provocation.

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La progression jusqu’au frontière du néant atteindra son apogée en 1917 avec le premier monochrome Carré blanc sur fond blanc. Il correspond à l’aboutissement du suprématisme: formes, espace et couleurs se rejoignent pour exprimer le rien.

Cet oeuvre n’est pas impersonnelle, on peut voir la trace de la main de l’artiste dans la texture de la peinture et ses deux variations de blanc. Le carré décentré donne une sensation d’espace, le problème de la couleur et de la surface est dépassé, pour s’occuper seulement de la représentation à l’infini .

Le but est d’atteindre une perfection totale , un état d’équilibre parfait correspondant à une épuration. Avec cette abstraction pure, l’état suprême de la peinture aurait été atteint.

Cette oeuvre fut au début mal accueillie par le public, qui ne percevait pas l’intérêt d’un tel tableau. En effet, il faut comprendre l’oeuvre dans son intégralité et non pas seulement dans sa réalisation finale. On peut mentionner la violente critique de Kandinsky à son égard: « Si aujourd’hui nous nous mettions à couper tout nos liens avec la nature, à nous arracher à elle, sans hésitation ni retour possible en arrière , à nous contenter exclusivement  de combiner la couleur pure avec une certaine forme inventée , les oeuvres que nous créerions seraient ornementales, géométriques, très peu différentes à première vu d’une cravate ou d’un tapis. ».

Actuellement, avec plus de recule, cette oeuvre est considérée comme fondamentale,  et Malevitch comme un artiste cruciale.

L’artiste arrive alors à un point zéro, Malevitch amène son art à un point de non-retour, l’artiste n’a plus devant lui que le silence. Mais comme le disait  El Lissitzky: « Oui, le chemin de la culture picturale en rétrécissant a abouti au carré, mais de l’autre cöté une nouvelle culture commence à fructifier. (…) Oui, si la ligne picturale a descendue régulièrement … 6,5,4,3,2,1, jusqu’à 0, à l’autre extrémité commence une ligne nouvelle 0,1,2,3,4,5 … ». Donc à partir de ce moment, et après une longue reflexion, tout serait à nouveau possible. C’est ce qui expliquerait le retour au figuratif de Malevitch. Il avait éprouvé le besoin d’aller encore plus loin, de dire quelque chose de nouveau avec le pinceau. Ce « retour à la peinture » serait plutôt une réflexion esthétique.

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Paysans, vers 1930

Les travaux de Malevitch furent repris par de nombreux autres artistes. Les monochromes réapparaissent notamment après la seconde guerre mondiale  aux Etats-Unis, comme par exemple chez les artistes Yves Klein et Mark Rothko.

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