Carré blanc sur fond blanc est une huile sur toile du peintre avant-gardiste russe Kazimir Malévitch réalisée en 1918 et actuellement exposée au MoMA à New-York.

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Cet oeuvre est née dans un cadre d’anarchisme pré-révolutionnaire. Malévitch adhérait à la philosophie nihiliste russe, d’où sa remise en question de la peinture pour privilégier la recherche de la vérité. Son art contradictoire et en opposition aux idées Soviétiques lui posèrent d’ailleurs de nombreux problèmes.

Ce tableau fait partie du mouvement du suprématisme, initié par Malévitch, et appartenant lui même à l’avant garde russe. Inspiré du futurisme et du cubisme, dont  deux moments picturaux essentiels ont été retenus: la légèreté et la pesanteur; avec le suprématisme le picturale se libère pour s’envoler vers l’infini.  Se met en place une libération de la dépendance à l’égard des formes de la nature et de la technique afin de s’attarder sur la dynamique du mouvement et l’animation de l’espace.

Il ne s’agit alors plus de formes mais de sensations  (« suprématie de la sensation pure »); ce n’est donc pas une art intellectuel. Malevitch veut créer le mouvement vers l’infini, vers la zone de cette perfection non-figurative dans laquelle l’opposition entre homme et nature, esprit et matière serait abolit.

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Suprématisme, 1915

Les carrés d’une seule couleur apparaissent chez Malevitch en 1913 dans les décors et costumes pour l’Opéra « La victoire sur le soleil » .

Le carré noir de son vrai nom « Quadrangle » fut exposé en 1913 à l’exposition « 0.10 » St-Petersbourg. D’après le peintre ce tableau ne signifie rien, il est; il n’y a pas d’interprétation symbolique. Il montre la puissance de l’expression des espaces vides. Il fut d’ailleurs appelé par certains critiques comme le premier de la série des « derniers tableaux » .  S’en suit le carré rouge ou bien « Paysanne », définit comme réalisme picturale d’une paysanne à deux dimensions, ce qui est bien sûr une provocation.

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La progression jusqu’au frontière du néant atteindra son apogée en 1917 avec le premier monochrome Carré blanc sur fond blanc. Il correspond à l’aboutissement du suprématisme: formes, espace et couleurs se rejoignent pour exprimer le rien.

Cet oeuvre n’est pas impersonnelle, on peut voir la trace de la main de l’artiste dans la texture de la peinture et ses deux variations de blanc. Le carré décentré donne une sensation d’espace, le problème de la couleur et de la surface est dépassé, pour s’occuper seulement de la représentation à l’infini .

Le but est d’atteindre une perfection totale , un état d’équilibre parfait correspondant à une épuration. Avec cette abstraction pure, l’état suprême de la peinture aurait été atteint.

Cette oeuvre fut au début mal accueillie par le public, qui ne percevait pas l’intérêt d’un tel tableau. En effet, il faut comprendre l’oeuvre dans son intégralité et non pas seulement dans sa réalisation finale. On peut mentionner la violente critique de Kandinsky à son égard: « Si aujourd’hui nous nous mettions à couper tout nos liens avec la nature, à nous arracher à elle, sans hésitation ni retour possible en arrière , à nous contenter exclusivement  de combiner la couleur pure avec une certaine forme inventée , les oeuvres que nous créerions seraient ornementales, géométriques, très peu différentes à première vu d’une cravate ou d’un tapis. ».

Actuellement, avec plus de recule, cette oeuvre est considérée comme fondamentale,  et Malevitch comme un artiste cruciale.

L’artiste arrive alors à un point zéro, Malevitch amène son art à un point de non-retour, l’artiste n’a plus devant lui que le silence. Mais comme le disait  El Lissitzky: « Oui, le chemin de la culture picturale en rétrécissant a abouti au carré, mais de l’autre cöté une nouvelle culture commence à fructifier. (…) Oui, si la ligne picturale a descendue régulièrement … 6,5,4,3,2,1, jusqu’à 0, à l’autre extrémité commence une ligne nouvelle 0,1,2,3,4,5 … ». Donc à partir de ce moment, et après une longue reflexion, tout serait à nouveau possible. C’est ce qui expliquerait le retour au figuratif de Malevitch. Il avait éprouvé le besoin d’aller encore plus loin, de dire quelque chose de nouveau avec le pinceau. Ce « retour à la peinture » serait plutôt une réflexion esthétique.

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Paysans, vers 1930

Les travaux de Malevitch furent repris par de nombreux autres artistes. Les monochromes réapparaissent notamment après la seconde guerre mondiale  aux Etats-Unis, comme par exemple chez les artistes Yves Klein et Mark Rothko.

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