La taxidermie et l’art contemporain

LA TAXIDERMIE

Hier dans les musées d’Histoire Naturelle ou les cabinets de curiosités, les animaux empaillés sont aujourd’hui dans les musées d’art moderne et sont utilisés dans la mode ou la publicité. Ont-ils leur place dans le monde de l’art contemporain? Quels sont les enjeux et les motivations des artistes ?

Cette pratique mi-artistique, mi-scientifique tire son nom du grec ancien « taxis » (ordre, arrangement) et de « derma » (la peau).

Le principe est de construire une structure sur laquelle on reconstitue les formes d’un animal, après avoir prit ses mesures. Initialement la reconstitution se faisait en paille (d’où le terme « empaillage »). La peau est ensuite posée, ajustée et fixée après une opération de tannage. Le tannage permettant d’assouplir la peau et de la protéger chimiquement. Des parties du squelette peuvent être aussi utilisée comme le crâne des petits animaux. Pour les vertébrés aquatiques et les invertébrés on utilisera des techniques de soufflage, de séchage ou de moulage.

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Dès la Renaissance, la taxidermie est devenue un moyen de conserver des espèces autrement que dans des livres. Elle permet aussi de préserver un patrimoine en voie de disparition et pouvait être utilisée pour conserver des animaux en tant que trophées de chasse.

Apparu à la Renaissance, les cabinets de curiosités qu’on peut considérer comme les « ancêtres » des musées, forment de grandes collections d’objets d’histoire naturelle (animaux empaillés, insectes séchés, squelettes, herbiers, fossiles), de tableaux ou d’antiquités que des collectionneurs privés ou public ont pu récolter à travers le monde. (voir photos ci-dessous)

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Les cabinets de curiosités ont eu un rôle important dans l’essor de la science moderne, même on pouvait trouver dans ces lieux des objets imaginaires tels que des squelettes d’animaux mythique ou par exemple du sang de dragon.

Le 19ème siècle  est quant à lui plus marqué par les dioramas, ces maquettes à échelle réelle exposant des animaux empaillés dans leur environnement naturel. Ces représentations célèbrent la conquête de l’homme occidental sur le monde. (voir photo ci-dessous)

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Dans la mêm période, des artistes comme François Pompon (1855-1933) se sont inspiré de la taxidermie pour créer et sculpter des animaux plus vrais que nature.

pompon-cerf-630x807 Grand cerf  (1929) – Bronze -Musée d’Orsay, Paris

Mais au fil du 20ème siècle, la taxidermie tombe désuétude, elle est remisée dans les réserves par les conservateurs, et les artistes s’en désintéresse. Le public la jugeant ringarde et dépassé, y voie même un acte de barbarie envers les animaux.

 

Le salut de la taxidermie vient des artistes contemporains qui dans les années 90 lui offrent une nouvelle vie.

On le voit notamment avec les chimères de Thomas Grunfeld dans la série Misfits commencée en 1992

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L’artiste s’est ici directement inspiré des cabinets de curiosités du 17ème siècle où l’on pouvait voir des squelettes d’animaux hybrides.

Depuis, la taxidermie est apparu dans des œuvres ironiques, ambiguës et provocantes. Les artistes l’utilisent comme un outil pour faire passer un message et apporter un aspect vivant à leurs œuvres auquel le public pourra se rattacher.

On observe cette démarche avec des artistes comme Maurizio Cattelan dont l’art est basé sur le tragique, le drôle et surtout la provocation. Ses œuvres font l’écho des paradoxes et de la folie de notre temps; de la lutte de l’individu pour y trouver sa place.

Dans son exposition « Kaputt » (2013) il reconstitue un groupe de chevaux suspendu par la tête à un muret dont la tête est comme prisonnière du mur. (voir photo ci-dessous)

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L’artiste fait référence ici au roman du Malaparte du même nom « (Kaputt ») publié en 1943. Un roman dans lequel on a une description poignante de chevaux fuyant un incendie durant la Seconde Guerre Mondiale, et qui se retrouvèrent prisonnier de la glace. Ici on s’en bien que les chavaux sont comme « prisonnier » du mur.

Une autre oeuvre bien connu de Maurizio Cattelan est Bidibidobidiboo (1996), qui présente un écureuil suicidé avec un revolver.

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L’écureuil étant l’incarnation de la vitalité, souvent associé à l’enfance et à l’innocence. Située dans un univers de jouet miniature, la scène est encore plus violente. Le thème de l’enfance est aussi rappelé par le nom de l’oeuvre en lui même qui fait référence à une chanson du dessin animé Cendrillon de Walt Disney. L’artiste parvient à juxtaposer le drame du suicide et la légèreté enfantine avec une touche de comique, et vient soulever la question: « Comment un écureuil peut-il en arriver là ? »

 

Les artistes contemporains se sont aussi emparés des grands enjeux environnementaux et ont utilisé la taxidermie dans leurs œuvres afin de mettre en relation les rapports qu’a l’homme avec les animaux et la nature dans l’époque actuelle.

Pascal Bernier, un artiste français, a notamment utilisé différents animaux ainsi qu’un système de miroirs, afin de créer une sensation d’infini. Par ce procédé, il vient dénoncer l’élevage des animaux en batterie. (voir photo)

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Farm sets (1997-2000)

 

D’autres comme Ghyslain Bertholon dans sa série Trochés (présentés de face) (2008-2009), présente la partie postérieure d’animaux à la façon des trophées de chasse. Les animaux ainsi représentés, semblent vouloir s’arracher à une réalité qui n’est pas la leur, ceci est souligné par la position des pattes des animaux. L’artiste utilise l’aspect provoquant et décaler de la taxidermie et amène le public à s’interroger sur le rapport de domination exercé par l’homme sur l’animal et la nature.

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D’autres artistes contemporains utilisent la taxidermie car elle permet un rapport direct avec le monde, à échelle réelle. Les animaux semblent figés dans le temps et l’espace.

On le voit avec des artistes comme Claire Morgan, dans son  oeuvre Gone with the wind (2008) représentant un oiseau en train de voler. On a l’impression que l’artiste a réalisé un arrêt sur image, et on ressent parfaitement le déplacement de l’oiseau et le chemin qu’il a suivi.

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L’artiste Daniel Firman à lui aussi utilisé la taxidermie pour présenter une scène se rattachant au concret tout en parant les lois de la physique. Ses Éléphants présentés dans les oeuvres « Nasutamanus » (2012) et « Würsa (18 000 Km from earth) » (2006)

sont soit à la verticale posés sur leurs trompe, soit à l’horizontale. Ces animaux gigantesques semblent suspendus et ne sont plus soumis à la gravité terrestre.

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Néanmoins certaines œuvres peuvent susciter le dégout du public comme les créations de la « Rogue taxidermy » qui sont plutôt trash et dans lesquelles on peut voir des animaux ensanglantés et méconnaissables. Observant la mort, ces oeuvres étalent la finalité de nos existenses. Mais aujourd’hui c’est principalement l’aspect kitsh, provoquant et étrange qui fascine aussi bien les artistes, le public mais aussi la publicité et la mode. Signe de son succès c’est l’artiste Huang Yong Ping qui sera présent à la « Monumenta » de Paris en 2016. Cett exposition d’art contemporain se tient annuellement au Grand Palais. L’artiste chinois naturalisé français en 1989 utilise la taxidermie dans des métaphores poétiques et symboliques.

 

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