Destion – Une collaboration de Salvador Dali & Walt Disney

DESTINO 

Une collaboration de Walt Disney et Salvador Dali.

Réalisateur final Dominique Monfréy.

Date de réalisation : 1945-2003.

Destino est un court-métrage présentant un film d’animation franco-américain de 6”46.

Tout en étant gardé au secret, la réalisation du court-métrage a été étendu dans le temps. Elle débute avec la rencontre entre Walt Disney et Salvador Dali. Durant cette période d’après guerre, entre 1945 et 1946, et pendant exactement 8 mois, Salvador Dali et John Hench commencent à travail sur le projet avec pour inspiration la chanson mexicaine d’Armando Dominguez. La pensée Freudienne sur le rêve, l’inconscient et les images cachées à double sens a également eu une forte influence sur le travail de Dali et donc sur le film d’animation. C’est ainsi, que le film mit en scène deux protagonistes : une ballerine, un joueur de base-ball/Chronos (pour incarner le temps qui passe et la notion de Destin d’où le nom au court-métrage). De plus, ce projet, de au plus 8 minutes, devait faire parti d’un package film La Boîte à musique. Mais abandonné à cause des troubles économiques de l’après-guerre qui ont également touchés les studios Walt Disney, il restera de cette collaboration que 18 secondes d’animations. Ce n’est qu’en 1999, après la sortie de Fantasia, que le projet reverra le jour sous l’impulsion du neveu de Walt Disney. Une équipe de 25 personnes, dont John Hench, dirigée par le réalisateur Dominique Monfréy prends ainsi la lourde tâche de terminer le projet à partir des storyboards laissés par Salvador Dali mort en 1989. Le court-métrage sera achevé en 2003 soit 58 ans plus tard. Destino fut projeté pour la première fois lors de l’avant première du Festival International des films d’animations de Annecy (France), le 2 juin 2003. Il sera également projeté à de nombreuses autres occasions comme des festivals ou des expositions (Il était une fois Walt Disney, aux sources de l’Art des studios Disney, Grand Palais, Paris, 2007), ou d’autres consacrés à Dali (Dali & Film, 2007, Tate Modern). Toutefois, il ne fut jamais soumis à des sorties commerciales or en bonus de quelques sorties DVD collector comme le coffret Blu-ray  Fantasia & Fantasia 2000. Destino se trouve, avant tout, être un travail expérimental montrant l’intérêt de Walt Disney pour les artistes d’avant-gardes de l’époque. De ce fait, avec la collaboration de l’artiste, on y trouve quelques unes des préoccupations artistiques de Dali comme les formes molles ( La Persistance de la Mémoire, 1931) ; les fourmis (Les Fourmis, 1929), ce dernier ayant pour rôle de préparer les storyboards de l’animation avec des danseurs et des effets spéciaux, pour cela il se rendra même au studio de Walt Disney pour travailler sur les personnages du film.

Découverte par le biais d’internet, cette oeuvre nous a interloquée. En effet, mélangeant deux univers différents, l’un lié à l’enfance et au film d’animation, et l’autre lié aux préoccupations du mouvement surréaliste, elle nous offre un spectacle visuel. Les savoir-faires du studio d’animation Walt Disney ont été utilisé pour mettre en mouvement les idées de Dali habituellement traduites en peintures : des images fixes. On y retrouve un univers étrange empli de métaphores à décrypter et dans lequel on sent définitivement la patte du peintre. Le décor est emprunt de sa préoccupation pour les formes molles, pour les courbes et le corps de la femme qui incarne pour lui la sexualité et le désir. Mais Walt Disney amène avec lui la douceur de ces films traduite par l’histoire d’amour musicale, dansante, et touchante quoique impossible entre Chronos et une simple mortelle.

Ce court-métrage mérite le titre d’œuvre car il arrive à allier les mondes de Dali et Disney en nous faisant vivre une expérience enrichissante. Il nous offre ici plusieurs lecteurs qui poussent le spectateur à s’interroger et à question les multitudes métaphores qui y sont présentes tels les notions de temps et de destiné. De plus, si on reprend la célèbre formule de Marcel Duchamp qui déclare que c’est le regardeur qui fait l’oeuvre, ici nous pouvons déclarer que Destino est une oeuvre. Il a su susciter l’intérêt de nombreuses personnes qui on cru en ce projet au fil du temps. Destino est oeuvre car elle a résisté au temps, car elle est irréductible. Enfin grâce au film d’animation, on quitte le domaine de la peinture pour rentrer dans l’univers animé qui offre une autre perception du surréalisme et des œuvres de Dali. C’est un nouveau médium qui offre une nouvelle perception aux regardeurs. Par celà, Destino est oeuvre car elle offre une expérience, une relation à l’oeuvre dans laquelle on fait appel à la sensation et à la sensibilité du spectateur. Cette oeuvre est donc un savent mélange entre la peinture, le film d’animation et des concepts philosophiques empruntés à Freud. Au deçà, Destino est oeuvre car elle pousse à la réflexion en soulevant des problématiques tels que :

  • La diffusion de l’art par les nouveaux médias permet-elle un accès plus facile dans sa compréhension et sa connaissance touchant ainsi un public plus large et plus hétérogène (en âge, en catégories socioculturelles ) ?
  • Les nouveaux médias désacralisent-ils l’art, par sa diffusion dans le domestique et non plus juste dans les mussés ?
  • Ce couplage art-technologie permet-il t’attiser la curiosité du grand public pour l’attirer vers d’autres formes d’arts ? De découvrir également les pères ayant permit l’émergence des mouvements actuels ?
  • La transformation des concepts artistiques véhiculés par les médiums classiques en film peut il permettre un enrichissement ou au contraire un appauvrissement de la culture artistique ?
  • Le cinéma et les nouveaux médias étendent-ils les possibilités de l’art ?
  • Le divertissement dont fait parti le cinéma peut-il ou est-il un art ?
Jean Arp, Fleur de rêve au museau, 1954

Jean Arp, Fleur de rêve au museau, 1954

Marcantonio Raimondi, Le Jugement de Pâris, vers 1515

Marcantonio Raimondi, Le Jugement de Pâris, vers 1515

   

Nous retrouvons dans Destino des références explicites à la production artistique de Dali ainsi qu’à la méthode de la paranoia-critique de Freud qui était pour Dali une grande source d’inspiration. Nous voyons que l’oeuvre de Dali a été bien étudié par les personnes ayant repris le projet. En effet, nous pouvons voir les marques de Jean ARP aux travers des formes molles, des courbes du corps et des contrastes picturaux dont le travail de Dali a été souvent associé, ou encore les marques de Kay Sage comme nous pouvons le voir au travers de son oeuvre I saw Three Cities. Cette sorte de “compilation” d’oeuvre artistiques dans le court-métrage pourrait même faire penser à la modernité manetienne dans laquelle la peinture est faite de références à d’autres peintures tel le montre Le Déjeuner sur l’herbe de Manet qui est tiré d’une gravure de Marcantonio Raimondi, d’après un dessin de Raphaël On établie alors des références internes d’oeuvres à oeuvres qui se passe ici par le film d’animation qui s’adresse directement aux spectateurs comme le ferait la peinture classique. Outre cela, concernant la trame de l’histoire, nous retrouvons également une forte référence littéraire Le Stoïque Soldat de Plomb de Hans Christian Andersen (qui a été aussi repris pour le film d’animation Fantasia 2000, avec l’idée du baseball comme une métaphore de la vie).

Par le mélange de l’art classique et technologique, nous pouvons rapprocher cette oeuvre des nouvelles oeuvres contemporaines. Certaines n’hésitent pas à mélanger ces médiums pour offrir une nouvelle vision de l’art. On peut le voir avec la pièce de théâtre Icare de la compagnie Lemieux Pilon 4D Art qui revisite le mythe d’Icare dans un décor qui mêle aussi bien le monde réel que le monde virtuel grâce à des acteurs réels et des personnages holographiques.

Enfin, Destino porte le résultat d’une collaboration entre deux grands de ce monde et dans lequel on s’attend à y voir un travail de qualité. On ne peut nier que le résultat est là et qu’il est à la hauteur de nos espérances. Mais si nous prenons un peu de recul et que l’on se questionne : Qu’attendons-nous d’un travail de Walt Disney ? Qu’attendons-nous d’un travail de Salvador Dali ? La renommée de Walt Disney fait que l’on peut s’attendre à la fameuse histoire d’amour semée de quelques embûches et plutôt destinée à un jeune public. Celle de Salvador Dali laisse entendre une lecture métaphorique qui demandera de l’attention mais aussi des connaissances pour pouvoir déchiffrer des sens cachés. Destino est donc un résultat auquel on s’attend après réflexion puisqu’elle regroupe ces points. Ainsi, nous ne sommes pas si surpris que cela même si l’oeuvre arrive à réunir des qualités picturales, des concepts intéressants ainsi qu’une histoire qui arrive à émouvoir et qui présente plusieurs lectures. Mais au final, on s’attend plus à une oeuvre qui ferait voir non du Dali et du Disney mis côte à côte, mais un savant mélange dans lequel on aurait dû mal à distinguer qui a fait quoi, et qui aurait tiré le meilleur de chacun pour donner naissance à un concept étonnant ou on aurait été au delà des oeuvres de Dali et de la technicité de haut niveau de qualité d’animation des studios Walt Disney. On aurait voulu une oeuvre à laquelle on ne s’attend tout simplement pas. Nous pouvons émettre l’hypothèque que ce manque de surprise est dû au fait que Destino ne fut pas terminé par les porteurs du projet initial, mais par d’autres talents qui ont plutôt fait honneur au travail de Dali.

Marjorie Ludet & Aurélie Lopes

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