Nabetan tente de réparer ça au mieux, Nabetan, 2014

Nabetan tente de réparer ça au mieux, WATANABE Tomoya (Nabetan), 2014, impression 3D.

 

Nabetan tente de réparer ça au mieux, WATANABE Tomoya (Nabetan), 2014,

Nabetan tente de réparer ça au mieux, WATANABE Tomoya (Nabetan), 2014,

La naissance de cette oeuvre est le fruit de la rencontre entre un garde-corps cassé et un artiste connu sous le pseudo “Nabetan” dans la ville de Yamaguchi. Nabetan a vu en cet objet de l’espace public, un élément pouvant avoir une seconde vie grâce à l’imprimante 3D. Avec celle-ci, il a crée les pièces de rechanges pour le garde-corps. (Cette naissance n’est pas sans rappelée celle de Duchamp en 1917 avec sa Fontaine quand il trouva dans la rue l’urinoir qui deviendra oeuvre sous la signature R. Mutt.)

J’ai découvert Nabetan tente de réparer ça au mieux lors du 18ème festival “Les composites : arts vivants, arts visuels et arts numériques” à l’Espace Jean Legendre à Compiègne. Et plus précisément, lors de l’exposition Généalogie des objets 2.0 dont faisait partie notre oeuvre. Cette exposition regroupait cinq artistes japonais dont le médium de prédilection était l’imprimante 3D. Grâce à elle, les concepts artistiques ont pu voyager entre le Japon et la France, ne connaissant aucune contrainte d’espace (ni de temps). C’est ainsi, que lors du vernissage à Compiègne, nous avons pu assisté à une nouvelle forme d’exposition, entre innovation et performance, car les oeuvres furent imprimées à cet instant-même. Nous pouvons alors même nous demander, si par cette nouvelle forme d’exposition, Généalogie des objets 2.0, n’est pas une oeuvre en elle-même…

L’intérêt de Nabetan tente de réparer ça au mieux est quelle soulève quelques questions dont : est-elle vraiment une oeuvre ? Et si oui, qu’est-ce qui fait oeuvre ici ? Si nous nous en tenons à une première vision superficielle de l’oeuvre, nous pouvons la résumer à une impression de pièces pour réparer un garde-corps dans la rue. Mais, il serait presque naïf de s’arrêter à cette première vision. En effet, on peut penser que l’artiste a voulu voir plus loin : l’acte artistique ne se trouve pas dans le résultat final mais dans sa démarche, son concept. Peut-être un peu comme la Fontaine de Duchamp qui n’est pas seulement uniquement une pissotière renversée. C’est pour cela, que lors de l’exposition, nous pouvons voir les différents étapes qui ont conduit à la réparation finale du garde-corps sur un poster manifeste qui fait oeuvre. De plus, cette notion de concept plus important que le résultat final est renforcé par le fait que l’oeuvre est transportable d’un pays à un autre par le biais d’internet et de l’imprimante 3D. Nous retrouvons cette démarche dans l’art conceptuel (nous noterons même que l’origine remonte à Duchamp, coincidence ? ) avec notamment One and Three Chairs de Joseph Kosuth qui nous offre une triple représentation d’une chose “chaise” avec l’objet physique, sa représentation photographique et sa définition.

Joseph Kosuth, One and Three Chairs (1965)

Joseph Kosuth, One and Three Chairs (1965)

La triple représentation change en fonction des musées qui peuvent choisir n’importe quel chaise mais qui doit garder l’ordre d’affichage : photographie de la chaise, la chaise tangible, la définition de la chaise : ici le concept voyage donc de la même manière que fera plus tard Nabetan tente de réparer ça au mieux.

De plus, par le biais du concept, nous pouvons nous demander si elle n’est pas une oeuvre manifeste témoin d’un nouveau usage qui s’inscrit dans une démarche d’éco-conception, mouvement qui prends de plus en plus d’ampleur à notre époque ? Cette démarche s’inscrit ici en mélangeant l’espace urbain et les nouvelles technologies avec l’imprimante 3D. Cette idée de remodeler, de réparer l’espace urbain avec les nouvelles technologies et pourquoi pas lutter contre le consumérisme de notre époque. Une oeuvre qui surgit après lecture en faisant prendre conscience aux spectateurs que ces actes ont une répercussion sur son environnement. Une sorte de petit clin d’oeil qui voudrait dire “toi aussi, tu peux agir pour ta planète”, tout en montrant la potentialité créative des nouvelles technologies que l’on redoute parfois. L’imprimante 3D trouve ici un écho particulier car elle s’inscrit directement dans une démarche d’auto-production ou le producteur et aussi le consommateur. L’émergence de ce mouvement prends tout son ampleur dans l’éco-design. Nous pouvons ainsi citer par exemple les 55 designer qui font une véritable “médecine des objets” comme on peut le voir dans le projet “Reanim”.

5.5 Designers - Projet "Reanim"

5.5 Designers – Projet « Reanim », 2004

Bien sûr à cette époque, il n’y avait pas d’imprimante 3D puisque le projet date déjà de 2004, mais cependant, on voit une véritable démarche prendre vie et qui influencera bon nombre de designers et futurs designers dans leurs travails. La couleur des greffes sert ici à sublimer l’objet détérioré en lui redonnant une seconde vie. On retrouve aussi ce changement de couleur de la greffe dans Nabetan tente de réparer ça au mieux par l’utilisation du bleu. Il aurait pu aussi bien prendre une couleur proche de celle du garde-corps, mais ce changement de couleur dévoile le concept et la volonté de l’acte qui a mené au résultat final : on montre, on dévoile. Plus porche de nous, nous pouvons également citer la Fabrique HACKTION menée au sein de l’ENSCI (école de designer). En effet, en 2011, sous le nom de Fabrique HACKTION des designers ont eux aussi redonné vie à des objets de l’espace public en créant des prothèses qui viennent se greffer aux objets de l’espace public pour en faciliter leur usage notamment, en les améliorant et les diversifiant.

Cependant en les comparant à Nabetan tente de réparer ça au mieux, on peut venir se demander si cette création n’est pas déjà dépassée par son temps. En effet, d’un premier abord on pourrait croire qu’elle est digne de porter le terme d’innovation qui lui est lié avec le soutien de l’Université de Technologie de Compiègne (qui fait partie des teneurs de l’exposition). Ceci peut venir ébranler son statue d’oeuvre d’art puisqu’elle reprends des concepts déjà émis dans le passé, même actuellement en application… Est-elle alors peut-être trop arrogante ? Si on s’arrête sur la petite étiquette qui précédent son apparition dans la salle d’exposition, on ne voit aucune référence à ses prédécesseurs au contraire de Nomikai Sculpture (2015) qui elle explicite son lien avec l’impressionnisme… Nabetan tente de réparer ça mieux donne l’image de se présenter comme « nouvelle ».

En conclusion, personnellement, j’avoue avoir dû mal à qualifier ce travail d’oeuvre d’art, peut-être est-ce dû à ma propre perception du monde ou bien à mon travail de designer dans lequel il existe pour moi une différence entre un artiste et un designer. Mais je reconnais la bonne mise en place de concept ayant compris les enjeux de notre époque ainsi que la volonté et la prise de conscience de l’artiste. De plus, par son travail, il permet  à un public novice d’entrevoir les possibilités nouvelles offertes par les nouvelles technologies à en ce rendant à cette exposition. Ainsi… peut-être considérais-je cette oeuvre, comme une oeuvre dans quelques années quant elle sera moins contemporaine à notre époque actuelle. Peut-être, un peu nous le faisons désormais quand nous voyons l’Alfa Romeo 6C 1750, qui aujourd’hui, prend place dans les expositions d’automobiles.

LOPES Aurélie.

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