RHYTHMUS 21 | HANS RICHTER (1921)

Initialement peintre, Hans Richter (1888-1976) s’oriente progressivement vers la peinture abstraite et la décomposition du mouvement, c’est un artiste appartenant au mouvement Dada. Après avoir peint à partir de 1919 plusieurs rouleaux  (suite de dessins continus sur un même support), toujours dans cette même ambition, il va évoluer vers la réalisation de films. C’est dans ce contexte qu’il réalise en 1921 un des premiers films abstraits intitulé « Rhythmus 21 », qui se démarque des films de l’époque dont le but étaient de décrire le réel. Il s’agit là d’un film sans bande sonore de trois minutes en noir et blanc où l’artiste joue avec de simples formes rectangulaires sur les mouvements, les fréquences, les perspectives et les nuances de gris. Rhyhtmus 21 est la première expérience « cinématographique » de Hans Richter, mais pas la dernière puisque celui-ci continua la série avec Rhythmus 23(1923) et Rhythmus 25 (1925), puis évolua  dans ce domaine en réalisant bien d’autres films. Hans Richter est considéré comme une grande figure du cinéma d’avant-garde.

Featured imageCapture de l’œuvre <<Rhythmus 21>> Hans Richter

Cette œuvre, découverte par pur hasard sur le site ubuweb.tv, interpelle, trouble, captive, avec ses rectangles blancs et noirs qui entrent puis disparaissent du cadre à des vitesses variables tout en donnant l’impression d’une troisième dimension, le noir et le blanc devenant successivement premier-plan et arrière-plan. La première réaction pour des personnes de notre génération est la simplicité des formes et des couleurs, le procédé semble archaïque et les animations font penser à de simples transitions PowerPoint, c’est d’ailleurs cela qui à attirer notre attention : En quoi est-ce une œuvre d’art? Quel en est l’intérêt profond ? Après une étape d’apprivoisement de l’œuvre, nous essayons de prendre le point de vue de l’artiste ; ainsi de nombreux questionnements se dégagent : Que cherche-t-il? À mettre en lumière la décomposition du mouvement comme il semble le faire dans ces œuvres antérieures ou postérieures ? Cherche-t-il à prouver un quelconque potentiel de la cinématographie ? Au vue de l’aspect « archaïque » du procédé, cherche-t-il en a faire une œuvre intemporelle ou bien ancrée dans son époque ? Pourquoi utilise-t-il seulement de simples formes rectangulaires et pas des triangles ou des disques?  Pourquoi seulement des zooms et des translations, pas de rotations ou de transparence ? Pourquoi ne pas y coupler une bande sonore afin de marquer davantage l’aspect rythmique de l’œuvre qui semble si important ? Cherche-t-il à rendre vivantes les formes ? Mais pourquoi s’agirait-il d’une œuvre d’art ? Hans Richter, est-il un précurseur de l’animation visuelle, des effets spéciaux, des jeux vidéos … maintenant si présents dans notre monde? Nous avons tout de même la sensation d’assister à posteriori aux prémisses, aux balbutiements de ces disciplines, et c’est assez jouissif pour un adepte des loisirs vidéo ludiques. Cela explique en grande partie l’intérêt de cet œuvre, qui remit dans son contexte historique semble très avant-gardiste.

Á la suite de recherches, nous avons découvert que cette œuvre avait été suivie par deux autres films provenant du même univers réalisés par Hans Richter : Rythmus 23 et Rythmus 25. On observe l’idée et l’univers de l’artiste évoluer. En effet, dans « Rhythmus 23 » réalisé en 1923, les carrés et les rectangles sont toujours dominants, mais de nouvelles formes plus complexes se sont rajoutées ainsi des lignes sont apparues. Les compositions jouent maintenant sur la longueur, la largeur ou même les angles des formes, mais aussi leur transparence et les ombres. Le résultat est moins épuré, plus dynamique. « Rhythmus 25 » (1925), son dernier film abstrait, a introduit la couleur. Hans Richter avait peint à la main les formes de couleur directement sur la pellicule. Malheureusement, le seul exemplaire réalisé a été perdu. On suppose cependant que parmi les couleurs utilisées prédominaient le rouge et le vert, qui étaient selon lui les deux extrêmes et qu’il comparait au blanc et noir de la lumière.

On peut aussi lier « Rhythmus 21 » à une œuvre d’une toute autre période : « The Transfinite » de Ryoji Ikeda. Il s’agit d’une œuvre audiovisuelle qui fut installée à New-York pendant l’année 2012. Des images en noir et blanc sont projetées sur le mur et le sol, et une bande sonore parfaitement synchronisée par rapport aux images vient les accompagner. Les spectateurs peuvent se déplacer à l’intérieur de l’œuvre et deviennent ainsi acteurs, les effets visuels et les illusions d’optique font vivre une expérience très particulière, voir perturbante.

Featured image« The Transfinite » de Ryoji Ikeda, New-York, 2012

Mais on peut finalement relier l’œuvre à l’ensemble des domaines et des travaux qui font appel à la manipulation du mouvement, puisque qu’ils sont les descendants de cette recherche de l’animation des formes. D’ailleurs cette gestion du mouvement est très importante puisqu’il est prouvé que le mouvement et les variations de rythmes captivent de façon instinctive, ce qui est bien connu dans les domaines de l’animation au sens large et notamment des publicitaires…

L’œuvre répond à ces promesses dans le sens où elle décompose le mouvement et permet de revenir aux sources de celui-ci. Cependant, elle n’a certainement pas la même portée, en tout cas, elle ne produit pas les mêmes sensations pour un spectateur de l’époque de la création de l’œuvre et le point de vue de notre génération où l’animation et les effets visuels sont banalisés. Cette œuvre permet de se rendre compte de façon un peu plus concrète des différentes étapes par lesquelles il fallut passer, les expériences qui ont du être tentées afin de permettre à l’homme d’apprivoiser cette gestion du mouvement : translation, rotations, zooms, dé-zooms, vitesse, fréquence, couleurs, perspectives… Par analogie,  une parties des questions que s’est posé Hans Richter ; des personnes ont du se les poser à nouveau et notamment les développeurs de logiciel ou de jeux vidéos lorsque le passage de la 2D à la 3D a été à l’ordre du jour. En effet, comment devait se comporter l’image, par quelle subterfuge est-il possible de « transporter » l’utilisateur dans un monde similaire au sien, c’est-à-dire en 3 dimensions  sur un support en 2 dimensions qu’est un écran. N’importe quel informaticien vous le dira, faire du 2D ou de la 3D est très différents et les compétences doivent être bien supérieures, on peut aussi s’en rendre compte en analysant  les ressources en puissance de calcul nécessaire pour  de la 3D qui doivent être décuplées par rapport à la 2D.

 Featured imageMario 2D à gauche et Trial évolution à droite

Cependant, il est sûr que Hans Richter cherchait à mettre en lumière la décomposition du mouvement puisque cela a été une de ses principales quêtes en tant qu’artiste, mais cherche-t-il ici à prouver l’intérêt artistique de la cinématographie, avait-il déjà pris conscience avant tout le monde, au moins en partie, du potentiel de ce que l’on appelle maintenant le 7ème art ? Nous ne pouvons l’affirmer de façon certaine….

DUBOC Loïc / GUICHETEAU Clémentine

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