Commentaire expo « Vous avez dit 3D » / Preuve à l’appui: une tasse de thé (2014) by Akihiko Taniguchi

1- Carte d’identité de l’œuvre:

Preuve à l’appui: une tasse de thé (appartient au projet Physical evidence)

de Akihiko Taniguchi

réalisée en 2014

Court montage vidéo, mettant en scène une théière modélisée par logiciel 3D qui verse un liquide dans le vide, créant petit à petit un nouvel objet 3D: la tasse de thé. Une fois la tasse de thé apparue complètement, le montage recommence.

2- Description du choix:

J’ai connu cette œuvre lors de l’exposition « Vous avez dit 3D » autour des arts numériques   à l’espace Jean Legendre le 20 mars 2015.

Ma première réaction a été la surprise. La vidéo était projetée sur un mur blanc où l’on voyait une théière modélisée en 3D de couleur blanche, versant un liquide blanc dans le vide. Cette théière m’a rappelé mon cours de modélisation 3D (Ur03) sur les différentes techniques de texture appliquées aux objets 3D,  au travers justement du modèle de la théière. J’ai donc vu tout d’abord cette théière comme l’expression d’une technique et non pas comme œuvre artistique.

J’ai choisi cette œuvre pour deux raisons. La première car elle appelait d’une certaine manière un « horizon d’attente » (Cf. Pour une esthétique de la réception,  H .R Jauss, 1972). Je visualisais cette théière comme objet d’étude en cours, et non sous forme artistique. Preuve à l’appui: une tasse de thé est donc venue tordre mon « horizon d’attente ». Deuxièmement, la métonymie contenu vers contenant du liquide qui crée la tasse de thé m’a interpellée. La technique brute du logiciel de modélisation mettant en scène deux objets simples dénués de poésie (théière et tasse), d’une couleur neutre (blanc) dans un cadre vide (fond noir type logiciel Autocad) a fait naître plusieurs émotions. La surprise tout d’abord, puis la curiosité, la construction d’un sens. Quel est ce liquide? Où tombe t-il ? Et finalement la tasse qui se forme peu à peu sans être tout à fait finie (cf. Photographies). J’ai pensé à Proust et à son analyse décortiquée du processus de réminiscence.

En effet, voir un liquide tomber dans le vide symbolisait pour moi l’inachèvement, le manque de quelque chose. Le coloris blanc des objets qui finalement correspond, pour les utilisateurs de logiciels 3D,  aux objets 3D tout juste modélisés auxquels on n’a pas encore appliqué de texture, de caractéristique renforce l’idée d’inachèvement. La première partie de l’œuvre n’avait donc au départ aucun sens pour moi.

Puis, l’apparition progressive du contenant (tasse) par accumulation du contenu (liquide-thé) vient donner du sens à l’œuvre. Je parlais du processus de réminiscence car le narrateur dans La recherche du temps perdu se souvient de souvenirs enfouis grâce à la madeleine qu’il mange. Pourtant, avant de la manger, il la trempe dans du thé.  Le thé a été versé par le narrateur et  recueilli dans sa tasse. Ce geste, précède, invite, introduit la réminiscence. Le  fait de verser son thé a donc du sens, si le thé n’est pas dans la théière, la tasse n’a plus lieu d’être. Pour établir un parallèle avec l’œuvre de Akihiko Taniguchi, la théière modélisée implique pour moi la mise en place d’un processus de construction de sens. On verse d’abord le « pour quoi » de la tasse avant de créer la tasse. On créer la tasse par son essence. Proust en versant son thé, trempant sa madeleine avant d’être sujet à la réminiscence n’est pas conscient de l’impact de ses gestes. C’est sa technique d’analyse te de reconstruction du sens par l’écriture qui me fait penser à l’œuvre de Akihiko Taniguchi. Proust redonne du sens aux choses qui nous semblent  les plus futiles, banales, il a une démarche artistique puisqu’il introduit un autre monde, différent de la réalité quotidienne pour raviver des strates de sens qui ont comme disparu dans le temps. Verser son thé n’est-il pas banal? Au  fond on oublie qu’en versant son café on répond à l’essence de la tasse qui est de recueillir le liquide.

Cette œuvre touche à l’acte de mémoire de l’essence. La tasse de thé n’est pas complète à la fin de la vidéo et pourtant la vidéo recommence. Elle n’est formée que du thé et de ses éclaboussures. Derrière le contenant réside le contenu comme une métaphore de l’objet, ce pour quoi il est là.

(Preuve à l’appui: une tasse de thé, tirée du site http://okikata.org/☃/physicalevidence/)

(Sculpture par imprimante 3D, tirée du site http://okikata.org/☃/physicalevidence/)

Mes questions autours de Preuve à l’appui: une tasse de thé sont diverses et variées.

Pourquoi ce titre? Pourquoi répéter l’action sans parvenir finalement à atteindre un but? Pourquoi un tel dépouillement du visuel des objets mis en scène. Pourquoi n’y a t-il pas eu d’explications amont sur un panonceau ou lors de l’exposition par les intervenants de l’espace Jean Legendre?

Je pense que l’on peut dire de Preuve à l’appui: une tasse de thé que c’est une œuvre directement parce qu’elle provoque un questionnement qui n’est pas

3-Lien vers d’autres œuvres:

D’autres œuvres de l’artiste disponibles sur ce site: http://okikata.org/ comme Recording of everyday life installation,  ont pour objectif de toucher à la mémoire. Dans cette œuvre Akihiko Taniguchi a scanné le mobilier qui l’entoure, les pièces dans lesquelles il vit. Grâce à une manette, le public peut lui même décider de la pièce qu’il veut voir. On retrouve la technique de la modélisation 3D mais cette fois, les photographies prises de l’habitat prennent la forme de la pièce. Comme dans Preuve à l’appui: une tasse de thé, l’objet 3D flotte dans un décor noir, vide. Il n’est pas dans le monde réel, mais semble appartenir à un autre monde. C’est ce qui contribue à fonder son caractère artistique.

A travers ce procédé l’artiste met en place une nouvelle mémoire, virtuelle,  de sa vie. Forcément, cette image est différente. A la manière d’un journal intime, le souvenir est transformé, il n’est qu’une sauvegarde, on frôle le réel sans l’atteindre.

 

(Recording of everyday life installation, tirée de http://okikata.org/☃/hibinokiroku/)

4- Point de vue critique:

J’ai été déçue du manque de scénographie autour de cette œuvre lors de son exposition  à Jean Legendre. L’intérêt de la mise en réseau des œuvres présentes, de la transmission par internet et donc de l’absence volontaire de la touche de l’artiste et l’appropriation par les équipes recevant les œuvres, voulu dans le cadre de l’exposition se perdait.

Sans explication sur l’artiste, sur l’ouvre en général, Preuve à l’appui: une tasse de thé est selon moi passée inaperçue. Peut-être cela faisait-il partie du projet de l’œuvre, montrer sans imposer, transmettre sans forcer, finalement laisser libre cours au public d’accepter ou non la transmission, l’acte de création et de mémoire.

Célie Cantrelle / HU04

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