Shadow Life (2011) – Cao Fei

Description : Vidéo de 10 minutes et 1 seconde, en ombres chinoises racontant des histoires, accompagnée de 3 musiques différentes, liées aux thèmes traités. L’œuvre est découpée en 3 séquences : A rock, Dictator, Transmigration
La vidéo traite du folklore traditionnel chinois, mais également du communisme et de la dictature. Elle a une vocation politique et sociale.

Nous avons découvert l’œuvre sur la page d’accueil du site ubu.com. Nous avions vu d’autres œuvres auparavant, plutôt étranges, et celle-ci a été la première à faire sens et à nous intriguer.

La technique de l’ombre chinoise est un rappel de notre enfance. Elle permet une transmission plus facile du message de l’œuvre : nous étions plutôt sceptiques face à d’autres œuvres qui avaient un moyen de transmettre leur message plus décousu, destructuré, trop poussé vers l’abstraction selon nous. Ici la simplicité des formes et des couleurs (noir et blanc) nous séduit. La technique experte de Cao Fei ne prend pas le dessus sur le message à transmettre. Nous avons été assez impressionnées pour continuer à visualiser la vidéo, tout en restant concentrées sur le contenu de l’œuvre, cohérente grâce à son découpage en séquences et aux petits textes explicatifs qui défilent. Nous avons également choisi cette œuvre pour la beauté des images, un peu enfantines, ainsi que pour la profondeur des réflexions engendrées. Cette œuvre nous montre que l’on peut partir de média simples (ombre chinoises filmées) pour construire quelque chose de plus complexe et amener le public à développer une réflexion poussée, philosophique, sociale…

Ici, grâce au premier outil de la technique humaine, la main, l’artiste recrée un monde d’ombres pour raconter des contes philosophiques et politiques. La main est le moyen le plus évident pour « montrer du doigt », dénoncer un phénomène social et politique (le communisme comme le montre la séquence « Dictator”).

L’artiste se tourne vers quelque chose de traditionnel et folklorique et réactualise ainsi un problème passé depuis quelques années mais qui a des conséquences réelles dans le monde contemporain.

Différentes questions naissent après visionage: pourquoi avoir choisi ces musiques ?
Quel lien fait Cao Fei entre la dictature et l’émergence du monde contemporain chinois?
La fin de la vidéo présente un couple de paysans désertant la ville moderne et se retrouvant dans une forêt paisible mais inquiétante, quel en est le sens? Est-ce que cela signifie que la fuite du monde moderne est possible mais présente un avenir incertain et dangereux?

Nous pouvons rapprocher d’autres travaux du même artiste avec Shadow life, comme Qi of RMB City (2009) par exemple. Il est toujours question d’un projet vidéo, avec un contexte iréel, des images enfantines de synthèse, une musique traditionnelle chinoise, mais pas de travail en ombres chinoises cette fois. On voit de nouveau le tandem ancien / contemporain aussi bien à cause des références au folklore traditionnel (bâtiments anciens, animaux sacrés, etc) confrontées au monde contemporain (bâtiments très modernes , personnage principal en habits modernes, etc) que dans la technique de réalisation. Dans Shadow Life, les ombres chinoises, technique traditionnelle chinoise, côtoient des techniques multimédia avancées (répétition d’ombres, film, transitions des images, etc). Ici, dans Qi of RMB City, de nouveau la technique moderne vient vivifier le folklore traditionnel exprimé par les dessins.

Nous pensons également à Persepolis de Marjan Satrapi. Ce long métrage en noir et blanc retrace la vie de l’auteur sous forme de dessin animé, entre son enfance à Téhéran et sa vie de femme à Vienne. On retrouve le style enfantin du dessin qui permet de créer un monde “à part”, plus simple, plus neutre (couleur noir et blanc/ simplicité du tracé) mais qui introduit une réflexion profonde sur la religion, la vie politique et social en Iran mais aussi sur des questions existentielles : quelle est la condition de la femme iranienne? Quelle est celle de la femme européenne?

Nous ne nous attendions pas à ce genre de vidéo en voyant le titre, “Shadow Life”. Nous ne pensions pas aux “ombres” techniques mais plutôt à l’ombre comme abstraction/absence. La confrontation de l’avant/après visionage nous fait réfléchir sur le titre “Shadow life”. L’artiste pousse sa réflexion au-delà de ce que l’on espérait. Il utilise l’ombre comme la composante d’un dessin et non comme le sujet principal de la vidéo. Les musiques qu’il utilise accompagnent parfaitement les trois séquences qui nous sont présentées. Chaque détail de la vidéo est mûrement choisi comme le montre la deuxième musique, qui est une musique allemande de la Seconde Guerre Mondiale, et qui montre ainsi que l’artiste fait un parallèle entre à la dictature d’Hitler et celle dans son pays.

Cette oeuvre est artistique ici dans le sens où elle présente non seulement un côté esthétique, mais nous arrête également, nous attire, nous mène à nous poser des questions mais ne nous donne pas de réponses explicites. Nous pouvons nous référer à JF Lyotard dans Discours, Figures qui définit l’oeuvre artistique comme la rencontre entre deux désirs entre deux pulsions (auteur/spectateur).

Nous retenons de ce travail l’usage intelligent d’un moyen de communication et de transmission assez simple (la technique de la vidéo combinée à un jeu d’ombres chinoises), dans le but de transmettre un message percutant et de remettre en question notre vision du monde, tout en laissant les questions soulevées sans réponses pour nous permettre de mener nous-mêmes une réflexion personnelle.

Célie Cantrelle et Amandine Hu

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