L.I.R. (Livre In Room) – Joris Mathieu

L.I.R (Livre in Room) (2014-2015) est une installation réalisée par Joris Mathieu et la compagnie théâtrale Haut et Court, créée par Mathieu lui même. Elle est exposée dans le cadre du Festival des Composites à Compiègne, lors de l’exposition « Vous avez dit 3D ? ».

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L.I.R. (Livre In Room) – Joris Mathieu

Cette installation prend forme sous une petite cabine, insonorisée, dans laquelle se trouve une étagère remplie d’une trentaine de livre, d’un fauteuil ; le tout faisant face à une vitre donnant vue sur une illusion de bibliothèque en demi-cercle grande et bien remplie. En passant sous le lecteur adapté le code barre d’un des livres, nous assistons à une lecture accompagnée d’une mise en scène à base d’hologrammes et de musiques : se créer une expérience entre le livre et le spectateur, rappelant une expérience de spectacle.

Il s’agit plus concrètement d’un lecteur numérique qui a pour but de faire découvrir et donner envie de lire le livre. L’objectif déclaré par l’artiste est de donner vie au livre, d’en donner une lecture intime et intimiste.

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L.I.R. (Livre In Room) – Joris Mathieu

J’ai choisi cette œuvre car, au premier abord j’ai été séduite par le concept, puis j’ai finalement été déçue, trouvant l’œuvre un peu trop littérale et peut être maladroite.

Au premier abord, nous ne pouvons manquer le jeu de mot dans le titre : l’acronyme forme le mot « lire », mélangé au titre qui évoque le « living room » , faisant référence à la pièce à vivre (lieu où on lit entre autre ? effet du livre produit sur le lecteur ?). L’effet recherché et la (con)fusion des termes « livre » et « vivre ».

Nous pouvons percevoir l’œuvre comme la réalisation d’un fantasme, il y a un côté « on en a tous rêvé » : donner une dimension supplémentaire à la lecture , lui donner corps, vivre encore plus fort l’expérience de la lecture. On apprécie par ailleurs le fait que l’artiste n’ait pas choisi des œuvres trop connues. Mais le résultat est très littéral, trop : le principe utilisé dans cette œuvre est attendu, évident (bien que ne retirant en rien l’attrait visuel et la sympathie de l’expérience).

En effet, sur son site, l’artiste proclame son L.I.R comme étant une « nouvelle relation à la littérature », une « bibliothèque numérique », mais je ne suis pas convaincue de la justesse des termes : en effet, construire une relation aurait été intéressant mais aurait justement demandé une certaine interactivité par exemple, qui n’est pas cultivé particulièrement là. De plus, le support vidéo n’est pas particulièrement nouveau puisqu’il rappelle le cinéma qui a très largement adapté de manière plus ou moins libre et réussie des œuvres de la littérature.

L’œuvre exploite pourtant bien les différentes dimensions, par des stimulus visuels (projections holographiques), auditifs (musique, bruitages et voix de l’acteur qui nous fait la lecture) et émotionnels (mise en scène générale de la cabine en elle même et du rendu final du « spectacle » projeté) mais les enjeux de la lecture semblent avoir été négligés.

L.I.R perd en pertinence car on perd la particularité de la lecture : l’intimité du moment, la création d’images mentales, la propre interprétation (avec tous les écarts d’interprétations, positifs comme négatifs, qui font le texte), l’intériorisation, la réflexion personnelle, la possibilité de rêvasser et de faire des pauses dans la lecture … Mais surtout, l’œuvre produit un changement de rapport, faisant passer de lecteur acteur (personne lisant activement une histoire, faisant sa temporalité, créant son apparence..) à spectateur passif.

De ce fait, ce n’est plus notre interprétation du livre qui prime mais celle de l’artiste : on peut donc voir dans chaque «mise en 3D de livre » une œuvre à part entière. Par là même, Livre in Room serait donc un rassemblement d’œuvres, rappelant le genre pictural du cabinet d’amateur, comme par exemple Le Cabinet d’amateur de Cornélius van der Geest lors de la visite des Archiducs Albert et Isabelle de Willem van Haecht.

Le Cabinet d'amateur de Cornélius van der Geest lors de la visite des Archiducs Albert et Isabelle de Willem van Haecht.

Le Cabinet d’amateur de Cornélius van der Geest lors de la visite des Archiducs Albert et Isabelle – Willem van Haecht.

De plus, le passage d’une lecture active à une écoute/visualisation passive met en jeu une tension très actuelle : interaction VS reception. Cette tension se retrouve notamment avec tous les objets connectés face aux objets qui ne le sont pas, mais aussi dans le clivage qui se créer entre internet et télévision. L.I.R pourrait être vue comme une expérience passéiste de l’interprétation de ce que serait une lecture numérique.

D’ailleurs, la critique de cette œuvre est l’occasion de questionner le statut de la lecture : qu’est ce que lire ? Lire à titre informatif, lire pour voir les mots (comme les Calligrammes d’Apollinaire qui mettent en scène les mots, rien que par leur disposition, et par le rapport de la forme au sens), lire pour entendre les mots (comme pourrait le suggérer les poèmes dada de Hugo Ball), lire pour visualiser les mots, lire pour s’évader…

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