[EXPOSE] Élément mécanique

 Élément mécanique

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Introduction

La machine est exaltée par les futuriste, dont le premier manifeste paraît à Paris le 20 février 1909 avec la publication d’un article sur le Figaro intitulé « manifeste du futurisme ». La modernité apparaît dans l’article comme un mot-clé ce qui caractérise parfaitement le mouvement futuriste et sert de source d’inspiration pour les artistes. Tous les éléments urbains étaient glorifiés, les usines et les inventions modernes comme la voiture par exemple, étaient représentées pour leur beauté. Vers les années 1920 Fernand Léger exprime son enthousiasme sincère pour la machine dans une série de tableaux aux couleurs vives et d’une tonalité optimiste dont les protagonistes sont des engins mécaniques, la ville et les hommes au travail.

Léger s’inspire de coupes de moteurs d’automobile reproduites dans la revue spécialisée Omnia, pour exprimer dans élément mécanique toute sa fascination pour la force et la perfection de l’engrenage des bielles et de pistons. Il s’agit d’une recherche d’équilibre par les formes géométriques.Conservé aujourd’hui au Musée national des Beaux-Arts, ce tableau est l’état définitif d’une œuvre remise par Fernand Léger à Léonce Rosenberg, son marchand d’art en juin 1924, et acquise deux ans plus tard par Gourgaud. Léger a réalisé une série d’éléments mécaniques à de nombreuses versions entre 1918 et 1925.

Fernand Léger : A propos de sa vie carrière

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C’est une grande figure d’artiste français qui est capable de s’exprimer avec des techniques artistiques très diverses. Fernand Léger est attiré tout d’abord par Cézanne et le fauvisme, période durant laquelle se manifeste la construction géométrisante de l’espace.

Puis pendant les années dix du XXe siècle, il s’intéresse au cubisme et à l’orphisme de Delaunay, en expérimentant l’un et l’autre de façon très personnelle et les poussant jusqu’à la non-figuration avec la série des « contraste de formes » construits par des formes simples, comme les cylindres, les cônes et les sphères représentés de façon rapprochés, juxtaposés ou s’interpénétrés, mais la recherche menée dans ces œuvres conduisent l’artiste à une relative abstraction.

Après la Première Guerre mondiale, il oriente ses recherches vers la composition des formes dynamiques, inspirées d’éléments mécaniques propre à la vie moderne et au monde du travail, qui est un symbole du progrès et d’une société en mouvement.

En 1921, il confère à la forme humaine et à l’objet un caractère monumental et une valeur allégorique. A partir de 1924, il commence à réaliser des décorations murales, en utilisant toutes les techniques : la mosaïque, la tapisserie, le vitrail, le cinéma, la scénographie et le costume.

L’Elément mécanique, une œuvre au sujet des objets mécanisés

Les caricaturistes et les critiques étaient choqués et ont dénoncés Léger comme « tubiste » en 1912. Léger cherchait à s’inspirer à la beauté des machines. Pourtant il n’a jamais voulu les représenter de manière réaliste ou ressemblante. Que ce soit des avions et de leurs hélices avec une forme de courbe parfaite, ou des canons dont leur culasse est brillant, tous peuvent être considérés comme un bel objet pour Léger.

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Dans ce tableau que je voudrais vous présenter, l’artiste a placé l’engrenage verticalement centré sur un fond rouge dans l’espace de la toile. Ce grand objet métallique est coloré uniquement avec des noirs, des gris et des blancs accompagnés des reflets jaunes ou bleus (à part la grande diagonale rouge foncée au centre). Il est lointainement inspiré des coupes de moteurs qui sont reproduites dans le magazine spécialisé Omnia. Cette mise en scène est finement équilibrée, dans laquelle les formes courbes rencontrent les droites, et les tubulures sont aplats.

On trouve le même type de représentation très proche à cette œuvre définitive de 1924, sur une toile préparatoire conservé aujourd’hui au Musée de Biot:

A partir des détails qui viennent de son environnement manufacturé et urbain, l’artiste a recréé une machine fictive. La recomposition dynamique des différentes parties de cet élément mécanique manifeste non seulement une influence cubiste, mais également celle de la photographie et du cinéma. La désharmonie des couleurs tente de traduire l’intensité et la beauté de l’objet industriel par des moyens plastiques. A l’aide de ces couleurs, l’artiste étend les effets de contraste de formes. Le fond rouge en aplat reproduit la force plastique des mécaniques exposées sur les stands de la Foire de Paris, présentées sur un velours rouge comme des objets précieux.

Il n’y pas de confusion possible entre les divers éléments de la composition car l’artiste réussit à disposer les plans de façon équilibrée et à définir chaque zone par une couleur pure et un contour net : la masses, les formes et les couleurs sont conçues comme des valeurs plastiques et entretiennent toute une gamme de relations, elles créent des effets de mouvements dynamiques et simultanés

Léger a découvert la sensibilité à la beauté de la machine dès 1914  au Salon de l’Aviation et cette vision apparaît en 1918 dans la série des Disques qu’il réalise.

Léger invente une représentation mécanisée du monde, notamment de la ville contemporaine. Il réalise ses œuvres de cette période avec l’éclat et le dynamisme de ses couleurs, qui exprime un esprit de joie émergée après la guerre.

La composition de plusieurs œuvres de Léger réalisées en 1917, 1918 et 1919 rappelle celle des éléments mécanique. Il met parallèlement la concentration et le réalisme qui existe curieusement dans ces peintures d’objets abstraits avec la représentation rigoureuse que l’artiste transmettre de ses expériences de guerre. On peut donc considérer que cette série des éléments mécaniques lui fait oublier l’abstraction des années 1912-1913.

Léger a développé à la fois des idées d’objectivation et des concepts ambivalents d’abstraction et de réalisme, de contraste et d’objectivité animée pendant la guerre. Il traduit de sa manière les événements auxquels il a assisté pendant la guerre et les met en rapport avec le monde moderne, un monde dominé par les mécaniques inventées par l’homme, fantastique mais aussi dangereux. Les machines, les produits industriels, les voitures, le cinéma, la publicité, etc., ils sont fondés sur des principes physiques et vont désormais modifier la société. Léger était ainsi fortement impressionné par tout ce qu’il a concerné d’objectif, d’intensité, de clair et même de sain de cette époque, mais rend compte aussi du drame et du danger. Dans les années vingt, pour Léger, il est content de voir que l’état de guerre, encore sensible dans certains domaines, était finalement plus normal, plus animé que l’état de paix, qui était immergé dans l’apathie et les illusions.

« Si je me place face à la vie, avec toutes ses possibilités, j’aime ce qu’il est convenu d’appeler l’état de guerre, qui n’est autre que la vie au rythme accéléré. […] C’est fini le brouillard, le clair-obscur, c’est l’avènement de l’état de lumière. Tant pis pour les yeux affaiblis. »

-Fernand Léger

C’est donc dans ce contexte là que la série des éléments mécaniques nous montrent, comme des peintures de l’après-guerre, plein d’objectivité mécanique, apparemment abstraite mais également post-cubiste.

Si la guerre dont sort l’Europe était une guerre de positions, grise et incolore, les nouvelles luttes économiques et le cadre où elles se déroulent manifestent, au contraire, la vitesse, le beau jour, la lumière électrique et les couleurs qui accroissent et accélèrent les perceptions simultanées.

Léger écrit :

«  Industriels et commerçants s’affrontent en brandissant la couleur comme arme publicitaire. Une débauche sans précédent, un désordre coloré fait éclater les murs. Aucun frein, aucune loi ne viennent tempérer cette atmosphère surchauffée qui brise la rétine, aveugle et rend fou ». 

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Les disques qu’il peint en 1918 transpose cette admiration avec des demi-cercles colorés, reliés à des membres de métal, encadrés par une architecture abstraite et orthogonale. Cette œuvre est un des emblèmes du retour qu’on retrouve autour de 1920 dans les thèmes « simultanéistes » et le manifeste de la vie moderne. Les formes circulaires illustrées dans des œuvres de Delaunay avant-guerre ont inspiré Léger sa composition de disques. La composition en surfaces découpées de la Ville de 1919 cherche également à donner une idée de ce thème, avec ses contours dynamiques, ses lettres d’affiches incomplètes, ses fragments de poutrelles métalliques et ses silhouettes humaines réduites à une signalétique de panneaux indicateurs.

Un rapprochement entre deux artistes

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On trouve un dialogue établi entre les créations respectives de Fernand Léger et de Willi Baumeister: tous deux partagent le même intérêt pour une fascination pour la machine. À partir de 1922, Baumeister réalise une série de « machines » qui s’inspirent probablement des éléments mécaniques que léger a exécutés en 1919. Toutefois, Baumeister peint des formes plus précises, plus solides, sur un fond opaque, caractéristiques qu’on peut retrouver chez Leger en 1926 l’accordéon.

Fernand Léger s’établi des rapports privilégiés avec le milieu artistique allemand comme avaient fait avant lui les Fauves avec les artistes du groupe Die Brücke, et Robert Delaunay avec les membres du Blaue Reiter. En 1913 et 1914, Léger énonce son principe artistique fondamental de « l’intensité des contrastes » lors de deux conférences à l’académie Vassiliev, et la galerie Der Sturm expose ses œuvres à l’occasion du Salon d’automne de 1913.

Willi Baumeister semble être l’artiste allemand le plus proche des préoccupations artistiques de Leger. Dès 1921 il peint des tableaux comme Apoll de 1922, dans le tableau le relief de figures tout en sphères se détache d’un fond géométrique sans profondeur, technique reflétant celle de Leger dans les Trois Personnages de 1920. Le rapport entre les deux artistes semble déjà établi à l’époque : la galerie Der Sturm présente en mars 1922 une exposition Leger-Baumeister.

Les deux artistes ne se rencontrent qu’en 1924 à Paris, mais se lient d’une profonde amitié jusqu’à la mort

En 1927, à l’occasion de la première exposition personnelle de Baumeister à Paris, à la galerie d’Art contemporain, historien et critique d’art Christian Zervos écrit dans les Cahiers d’Art : « que ce soit dans “le tableau figural” ou dans le ”le tableau mural”, Baumeister devp toujours les mêmes qualités que léger ».

Cette démarche « commune» se poursuivre au cours de la décennie suivante, lorsque Leger et Baumeister abandonneront la rigueur géométrique pour des formes ondulantes et rythmiques, qui reflètent leur intérêt commun pour le mouvement du corps comme en témoignent dans le « composition aux deux perroquets » de Léger et le «  joueurs de tennis » de Baumeister.

En 1931 Michel Seuphor écrit dans Sélection XI : « la peinture de léger est plus violente, plus germanique que celle de Baumeister, celle-ci est plus nuancée, plus française ! »

Conclusion

La série des éléments mécaniques, manifestant comme une expression de « l’idée machine » et un vouloir de « bel-objet », répond à une volonté de rigueur à travers la décision du dessin et des formes, la pureté et  l’application d’une extraordinaire précision de la couleur.

Le tableau est emblématique de la période mécanique de Léger à son retour de la guerre, qui marque une rupture profonde dans son appréhension du réel. Il représente une œuvre presque entièrement non-figurative, que d’une description d’un sujet identifiable dans la réalité. Léger n’hésite pas à représenter son admiration pour les objets mécanisés. Il en sert comme un moyen mais un but, et qui reflète un aspect immédiat après-guerre. Il réussit, toutefois, à faire glorifier le monde moderne, pas seulement par la représentation des éléments mécaniques, mais aussi de façon variée, par la représentation de la ville, ou bien le monde de travail. La recherche de l’artiste d’un équilibre purement formel aboutit, quelques années plus tard, en 1927-1928, à des compositions abstraites, à destination décorative.

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