Mode et Technologie

Introduction

Tout d’abord, qu’est-ce que la mode ? Est-ce qu’on peut la considérer comme une forme d’art ?
Bien évidemment, nous pouvons la définir de multiples manières : elle englobe les notions de conception de vêtement, de textile, de motifs, mais aussi de tendance, etc. Nous pouvons également penser à l’artisanat de la mode de Haute-Couture, très importante en France qui est considérée comme l’une des plus grandes capitales de la mode. Cet exposé se concentrera surtout sur cette vision de la mode, et non de la mode de grande distribution.

Pour rappel, les vêtements sont devenus ont acquis une dimension sociétale dès le Moyen-Âge, où ils permettaient de différencier les classes sociales. Depuis, leur esthétisme est important. Le vêtement n’est pas d’un moyen de se vêtir et d’avoir chaud mais il permet de véhiculer une certaine image. Chaque période est marquée par ses critères d’esthétisme. Les maisons de coutures se développent au XXème siècle (années 1920 : leur âge d’or). De nombreux changements au cours des décennies : le noir n’est plus réservé aux enterrements (Chanel, la petite robe noire), les jupes sont plus courtes, etc.

Sensibles à ce qui touche à la mode, nous nous sommes posées la question de savoir de quelle manière la technologie était utilisée dans ce milieu. Nous avons découvert des artistes mêlant les deux sur internet. Cela nous a intriguées car nous n’avions jamais vu cela auparavant. Nous verrons que la mode utilise la technologie, pas seulement comme on pourrait le penser, à travers de nouveaux outils de fabrications, mais aussi directement au travers de la phase de conception, mêlant la technologie dans les vêtements.

Certaines questions en naissent : pourquoi avoir mêlé ces deux univers ? Était-ce juste pour “faire de l’art”, ou y a-t-il une véritable dimension pratique et esthétique ? Pourquoi prendre le médium du vêtement ? Y a-t-il une interprétation d’un message à faire ?

Nous pouvons parler d’oeuvre car ce sont des pièces se voulant esthétiques d’une part, mais également porteuse d’une émotion. En effet, l’artiste Ying Gao cherche à exprimer une émotion à travers chaque vêtement et à faire passer un message. C’est un artiste engagé qui s’inspire de la vie quotidienne et des faits de société, et qui exprime son art avec une grande poésie.

I. Contexte (en amont)

L’artiste 

Ying Gao est née en Chine mais elle a fait ses études en Suisse puis au Canada où elle a été diplômée en design de mode et en multimédia par l’UQAM. C’est pendant ces études qu’elle a rencontré Simon Laroche, son collaborateur aujourd’hui, qui est lui même artiste, enseignant et concepteur en médias interactifs. Il crée des installations et des performances audiovisuelles, robotiques et body art. Cette rencontre a fortement influencée ses créations, car c’est la technologie de son collaborateur qui lui a permis de créer ses projets interractifs.

A travers ses oeuvres, Ying Gao cherche a représenter l’intangible: un son, une lumière, un regard… C’est pour cela que ses projets utilisent des capteurs sensoriels.

L’oeuvre

Comme on l’a dit en cours, “Quel que soit l’objet réalisé, ​l’oeuvre est toujours dépendante d’un support​, support qui possède une Histoire.”. Ici, l’oeuvre de Ying Gao est influencée par deux oeuvres :
– Lipovetsky, ​Les temps hypermodernes ​(2004)
Gilles Lipovetsky est considéré comme un observateur de la société contemporaine. Son travail mélange philosophie, sociologie et histoire contemporaine afin d’expliciter l’évolution des mentalités, des pratiques et des moeurs, et à comprendre la signification des phénomènes sociaux. Il traite notamment des multiples facettes de l’individu contemporain : le ​règne inédit de la mode​, les métamorphoses de l’éthique, mais aussi la nouvelle économie des sexes, l’explosion du luxe et les mutations de la ​société de consommation​.
Il parle également de l’​individualisme et de la notion d’ “hypermodernité” et donne une interprétation de ce qu’il appelle la « seconde révolution moderne ».

– Paul Virilio, ​Esthétique de la disparition​ (1979)
Paul Virilio est un philosophe de la technique et de la vitesse, de la désintégration des territoires. Cet extrait est particulièrement intéressant et reflète l’oeuvre de Ying Gao : “Si la ​vitesse​, c’est la ​lumière​, (…) alors ​le semblant​, c’est ​le mouvant et les apparences des transparences momentanées et trompeuses​, les dimensions de l’espace n’étant elles­mêmes que de fugitives apparitions, au même titre que ​les choses données à voir dans l’instant du regard​. Objecteur de conscience, l’auteur, qui n’en croit plus ses yeux, s’interroge ici sur les perceptions inconscientes​, sur ​le vraisemblable des images et sur les ​manipulations cinématiques​ dont elles sont aujourd’hui l’objet.”

Enfin, on peut également parler de la technique de pliage de tissu en forme d’origami d’Issey Miyake, conçue grâce à une modélisation et des calculs par ordinateur.

II. Présentation des oeuvres

Incertitudes 
2 vêtements interactifs composés de PVDF (Polyfluorure de vinylidène, matériau d’une grande résistance électrique), d’épingles et de composants électroniques. Les épingles des robes bougent lorsque les capteurs perçoivent la parole du spectateur. À travers ce mouvement, les vêtements engagent une sorte de conversation remplie d’incertitudes et d’incompréhension avec le spectateur.
 

Walking city
Walking city est un ensemble de 3 robes conçu en hommage au collectif d’architecte Archigram qui a imaginé des structures/habitacles mobiles, éphémères et gonflables. Ces 3 œuvres utilisent la technique du pliage d’origami et des détecteurs de mouvement, de son et de toucher pour se gonfler et ainsi donner l’impression d’être habitées par un autre corps.

   

Pour Paul

Le nom de l’oeuvre fait sûrement référence à l’auteur Paul Virilio cité plus haut. Deux vêtements superposés :
– Le premier est confectionné dans une matière ​fragile​, il est celui qui ​se voit de loin, à la lumière du jour ou avec un éclairage artificiel​.
– Le deuxième est fait de ​fils et pigments photoluminescents​, il est celui qu’on regarde de près​, lorsque l’espace est plongé dans l’​obscurité.

Un ​senseur de proximité ​relié au système d’éclairage​ de l’espace détecte la présence​ d’une personne, lorsqu’elle pénètre dans la pièce, la lumière s’allume et le premier vêtement se révèle; alors que la personne quitte les lieux, la lumière s’éteint et le second vêtement se dévoile.

 

(Uni)forms
(Uni)forms est une œuvre qui a été créée dans le but de démentir l’énoncé « la vitesse tue la création ».  En effet, Ying Gao a simplement effectué une recherche Google afin de trouver 2 images de robe : une d’une infirmière américaine et l’autre d’une travailleuse allemande ; puis a utilisé un logiciel de morphing afin de générer 5 robes différentes en 5 secondes. Ce projet est donc la preuve que la technologie et la vitesse ne sont pas à l’opposé de la création.

     

III. La portée de ses œuvres

Ying Gao a présenté cinq expositions individuelles en Suisse et au Canada (Musée national des beaux­arts du Québec, Textile Museum of Canada…) et a participé à une quarantaine d’expositions collectives à travers le monde ( MAK Vienna, Museum Boijmans van Beuningen Rotterdam, Design Museum Holon…).
Elle dispose d’une couverture médiatique internationale, au travers de plus de 350 articles de presse dans les médias, tous référencés sur son site internet.

Elle a fait une conférence en 2010 à l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle de Paris (France) sur « L’incidence de la technologie numérique sur la création vestimentaire ». En 2011, son exposition au Musée national des beaux­ arts du Québec se nommait “Ying Gao : art, mode et technologie”.

Enfin, sa profession de professeure à l’UQAM lui permet de diffuser son savoir et son expérience.

Conclusion

Nous pouvons nous demander pourquoi avoir choisi le médium du textile pour s’exprimer. De plus, nous avons relevé deux paradoxes:
– les vêtements sont faits initialement pour être portés alors que dans le cas de « vêtements œuvres d’art » ils sont destinés à être exposés en musée
– les œuvres sont conçues pour interagir avec une présence humaine mais elles ne sont jamais portées

Pour finir, on a pu observer que la technologie et la mode peuvent interagir de deux manières:
– En utilisant la technologie comme outil de conception, comme pour (Uni)forms
– En l’intégrant directement dans le vêtement, comme pour Incertitudes

Marjorie LUDET
Amandine HU

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