PIERRE SOULAGES / art abstrait & Outrenoir

JACQUEMONT Maxime
PRYEN Manon

L’art abstrait

Dans la première décennie du 20eme siècle, une nouvelle approche radicale de l’art émerge presque simultanément en Europe et aux Etats-Unis : L’abstrait.

L’abstrait n’a jamais été un mouvement à part entière car il n’est pas originaire d’un foyer unique, ni n’a été pratiqué par un groupe d’artistes fédérateur.  A la place, le genre a évolué graduellement en fonction et à travers les expérimentations d’artistes sur la couleur, la forme ou les matériaux. L’abstrait se caractérise par sa remise en question de fonctions traditionnelle de l’art qui sont la narration et la représentions.

Le cheminement artistique qui a mené à l’abstrait a été varié. Cependant, une chronologie des mouvements qui ont influencé un, si ce n’est LE, père fondateur de l’art abstrait Wassiliy Kandinsky (1866-1944) vont donner une idée du chemin parcourus.

Tout commence vers la fin du 19eme, ou l’on voit une prolifération de mouvements artistiques dans lesquelles l’image du paysage traditionnel a été peu à peu simplifiée, déformée, distordue.

  • Les premiers du genre et donc précurseurs, sont les impressionnistes français Monet et Cézanne (1970. De par leurs choix de sujet ; la vie de tous les jours (au lieu de batailles – sujets épiques) et avec leur palette de couleur vives ainsi que leurs coups de pinceaux vigoureux qui donne cet aspect que l’on appelle « tâches », les impressionnistes font apparaitre la matérialité de leur peinture ; préférant mettre en avant l’unité et l’intégrité de l’image peinte dans son ensemble plutôt que de se focaliser sur le réalisme ou l’aspect descriptif des détails.
  • Le mot “abstrait” et “abstraction” est une première fois utilisée par les critiques en 1906 pour décrire les travaux d’Henri Matisse, chef de file du Fauvisme. le mouvement est caractérisé par un geste qui se veut instinctif avec de larges aplats de couleurs violentes, pures et vives choisie plus pour accentuer l’expression que pour représenter la réalité de l’objet. Les peintures de Matisse (ainsi que son amis André Derain) sont clairement basé sur l’observation paysages, d’intérieures ou encore de personnes cependant elles ne décrivent plus leurs sujets de façon cohérente ou compréhensive.
  • Pablo Picasso et Georges Braque apporte eux aussi leur héritage avec le cubisme. Le cubisme est caractérisé par une palette de couleur limitée avec une tonalité relativement similaire, des formes planes ombrées, tracés linéaires…

En 1910/11, le cubisme est à la limite de l’abstrait. Les formes naturelles sont réduites à des géométries sur deux dimensions et seuls quelques signes du monde réel sont laissés à l’intérieur du cadre. Le sujet a été dépouillé et simplifié de sorte que le processus créatif devient presque indépendant et plus important que le sujet traité. Un des autres pères de l’abstraction, Piet Mondrian (dont les premiers travaux sont à crédité au cubisme) pense alors que Picasso et Braque ont évité la conséquence logique du cubisme en ne suivant pas ses implications jusqu’au bout en ne se détachant pas du sujet. C’est ainsi que Mondrian, Kandinsky et d’autres ont été amené à faire le dernier pas qui les a amené à l’abstrait.

L’œuvre abstraite est alors une œuvre non figurative, qui ne représente rien qui appartienne à la réalité visible. Pas de sujet identifiable (paysage, personnage, etc), pas d’histoire racontée.  L’oeuvre abstraite ne peut donc être interprétée que par rapport à ses seuls constituants plastiques : composition, couleurs, formes, matériaux, etc.

En 1917, les possibilités les plus radicales en termes d’abstraction sont saisies. Il y a des peintures d’une exceptionnelle complexité comme d’une simplicité sans précèdent. Des œuvres faisant appel a de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques, minutieusement peinte ou alors générée aléatoirement.  Au cours de cette année-là, des publications et exhibition/salon diffuse le genre.

L’art abstrait  est pleinement établit dans la culture contemporaine européenne dès la fin de la 1er guerre mondiale. La deuxième guerre mondiale, et l’exode d’artiste vers les Etats-Unis entérinera un rayonnement mondial.

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Wassily Kandinsky — Composition VII , 1913 ; huile sur toile , 200 x 300 cm; Tretyakov Gallery, Moscow

Pierre Soulages (né le 24 Décembre 1919 à Rodez)

Son parcours

Pierre Soulages n’a jamais présenté un intérêt particulier pour les études mais a toujours été attiré par l’art (il peint dans sa jeunesse). Il décide à 18 ans de se rendre à Paris pour préparer le professorat de dessin et le concours d’entrée à l’Ecole Nationale supérieure des Beaux-Arts (il n’a pas eu avant cette période de réelle formation artistique). Il est admis en 1938 mais se rend très rapidement compte que ce n’est pas ce type d’enseignement qu’il recherche. Il trouve que la conception de l’art qui y est enseigné est médiocre et  retourne à Rodez. Il recherche une approche plus personnelle de la conception artistique.

Il est mobilisé en 1940 puis démobilisé en 1941. Il continu sa formation artistique en fréquentant assidûment le musée Fabre de Montpellier. Montpellier à son tour occupé, commence pour Pierre Soulages une période de clandestinité (pour échapper au STO) pendant laquelle il ne peint plus.

A la fin de la guerre il décide de remonter à Paris (Courbevoie) pour se consacrer à la peinture. Il y développe alors son propre style de peinture et se rapproche des artistes du mouvement abstrait.

Inspirations et influences

Très jeune il est attiré par l’art roman et l’art pariétal:

  • Peintures rupestre (notamment celles de la grotte de Lascaux et de Chauvet). Cette technique est basée sur l’assemblage du pigment, de la surface (roche des grottes elle-même) et la forme. Pour Pierre Soulages c’est un art brut très expressif qui le fascine. On retrouve toutes certaines caractéristique de cet art à travers les œuvres de pierre Soulages (notamment la surface, la « texture » très présente dans ses outrenoirs).
  • Peinture romane (médiévale). Dans ces œuvres il n’y a pas de recherche du mimétisme par rapport au réel (pas d’utilisation de la perspective). De même, Pierre Soulage dans ses œuvres ne cherche pas à représenter mais à présenter, il ne fait pas du figuratif, ne donne pas une image du réel. Il souhaite que les spectateurs s’approprient les œuvres. Il ne passe pas « par le détour de la représentation […] Je ne représente pas, je présente. Je ne dépeins pas, je peins ». Dans le prolongement de cette démarche, il ne donne pas de nom à ses œuvres, il utilise toujours le mot peinture suivi des dimensions de la toile (de leur format).

On trouve d’autres influences durant sa jeunesse et ses années d’étude :

  • Pendant son premier séjour à Paris, il découvre le Louvre et les œuvres de Picasso et Cézanne qui sont pour lui une révélation
  • Durant les années où il fréquente le musée Fabre, il étudie plus particulièrement Courbet et

Sa peinture (technique/mouvement)

Il commence à réellement créer quand il arrive sur Paris, il se consacre alors totalement à la peinture (même s’il doit enseigner les mathématiques afin de gagner sa vie). Il ne cherche alors pas à s’intégrer dans le milieu artistique, reste à l’écart de ses contemporains afin de développer son art.

  • Technique de travail :

Sa technique de travail se différencie d’abord par  l’usage de larges brosses, de couteaux ou de plumeaux. Il a un mouvement de recul par rapport aux techniques utilisées à l’époque (peinture à l’huile appliquée au pinceau) et tout ce qu’elles représentent. Les  outils des peintres en bâtiments lui semblent alors plus proches de ce qu’il cherche à faire. L’usage de la peinture industrielle (souvent noire) et également du Brou de noix (utilisé normalement pour les meubles), le démarque également des autres réalisations de l’époque. Son choix de peinture est motivé par l’intensité permise par ce type de peinture qu’il trouve plus inspirante. Il a aussi la particularité de travailler en posant sa toile directement au sol (comme le faisait Pollock). Il travaille sur de grands formats peu courants à l’époque.

Usage du noir : Pour lui, le noir est la plus riche, la plus dense et la plus chatoyante des couleurs (celle qui « réunit, symbolise et éclipse toutes les autres »). Selon lui cette « non-couleur » est paradoxalement « celle qui capte le mieux la lumière ». Ses toiles où le noir domine sont rapidement remarquées tant elles diffèrent de la peinture abstraite des autres artistes de l’après-guerre.

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Pierre Soulages dans son atelier à Paris 1967

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  • Processus de création

Lorsqu’il créé, il ne définit pas à l’avance sa réalisation laisse l’œuvre évoluer, il présente une réelle volonté de recherche et d’exploration.

« Son approche picturale n’est pas celle de choix prédéfinis mais s’élabore dans la peinture en train d’être « faite » et les interactions entre le peintre et sa réalisation lors du processus de création, dans les rapports aux formes, proportions, dimensions, couleurs etc… »                         « Je ne crois apprendre ce que je cherche qu’en peignant ; cela n’exclut pas que ma peinture soit précédée d’une envie, d’un besoin de certaines formes plutôt que d’autres, mais ce n’est que peintes que ces formes me renseignent sur cette envie. C’est à ce moment-là que j’en tire les modifications, les précisions qui me paraissent nécessaires, et aussi les formes suivantes qui m’obligent à remettre les premières en question. »
« Je crois de la part de l’artiste à une continuelle intervention : va et vient de son impulsion créatrice à l’interrogation de la forme qu’elle lui apporte. À vrai dire, il ne s’agit pas de formes isolées qui s’additionnent les unes aux autres, mais d’éléments prenant peu à peu le caractère indissociable d’une synthèse : le tableau achevé. »

  • Lecture de ses œuvres

Il réalise des peintures instantanées qui se lisent en une fois et qui ne traduisent pas un mouvement (contrairement à la majorité des peintres abstraits de l’époque comme Georges Mathieu). Il cherche plutôt à créer une expérience poétique, en réalisant des compositions brutes, dépouillée. Il cherche à développer une dynamique des émotions, à amener à une libération de l’imaginaire et de la pensée. Il ne s’accorde pas de ce fait avec la notion d’abstrait car l’émotion ressentie face à l’œuvre reste tangible.

 « Le tableau lui-même est un engagement total, témoignage poétique du monde dont on abandonne la validité au spectateur. »

 « On ne demande rien au spectateur : on lui propose une peinture qu’il voit à la fois en toute liberté et nécessité. Mais dans cette peinture le spectateur lui aussi se trouve naturellement engagé en entier. La position qu’il adopte devant un tableau de ce genre dépend et répond de son attitude générale dans le monde, et ceci avec d’autant plus de force que la peinture ne le renvoie pas à quelque chose d’extérieur à elle-même. »

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Peinture 195×130 cm, 30 avril 1951

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Peinture 202×125 cm, 15 décembre 1959

Au cours de sa carrière, Pierre Soulages a identifié trois usages du noir dans sa peinture, les « trois voies du noir » :

– « le noir sur fond, contraste plus actif que celui de toute autre couleur pour illuminer les clairs du fond ;

– le noir associé à des couleurs, d’abord occultées par le noir, venant par endroits sourdre de la toile, exaltées par ce noir qui les entoure ;

– la texture du noir (avec ou sans directivité, dynamisant ou non la surface) : matière matrice de reflets changeants. »

L’Outrenoir

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En janvier 1979, Soulages en travaillant sur un tableau ajoute, retire du noir pendant des heures. Ne sachant plus quoi faire, il quitte l’atelier, désemparé. Lorsqu’il y revient deux heures plus tard : « Le noir avait tout envahi, à tel point que c’était comme s’il n’existait plus ».

Cette expérience marque un tournant dans son travail. C’est ainsi que la même année, il expose au Centre Georges-Pompidou ses premières peintures monopigmentaires.

Toute la force de l’outrenoir repose sur le paradoxe selon lequel ces peintures ne sont pas noires au sens ou à partir d’un noir, et par le traitement de la matière par des brosses, des couteaux, du carton/bois, entraine des variations de l’état de surface qui vont réfléchir la lumière de manière diverses et variées et créer ainsi à partir du noir, une palette en niveau de gris infinie la faisant s’échapper de la monochromie.

C’est pourquoi Soulages préfère que l’on parle de monopigmetaire plutôt que de monochrome car pour lui si l’on considère sa toile « noire » c’est qu’on ne l’a pas regardée avec ses yeux. Selon lui, une toile, fût-elle entièrement couverte de noir, s’adresse à la sensibilité du spectateur avant de solliciter l’intellect.

De ce fait, la façon de regarder l’œuvre, l’angle de vue, ou encore l’éclairage provoque des effets différents et c’est un renouvellement permanent de l’œuvre dans les yeux du spectateur.

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Ces tableaux sont plus donc plus une expérience de la lumière plutôt qu’une expérience du noir. Mais ils sont aussi des expériences de la liberté ; n’étant pas figuratif on peut y projeter ce qu’on y a envie d’y projeter et il n’y a pas de messages.

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