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Pauline Crouillere

Dans ce cours article, je vais parler de l’œuvre de France Cadet « Trophées de chasse » dont un des trophée était présent lors de l’exposition Ro[bots] au 17ème festival « les Composites » à Compiègne. Je mettrai ensuite en parallèle la volonté de l’artiste avec les idées de Donna Haraway.

Je vais commencer par présenter rapidement l’artiste, puis l’œuvre dans son intégralité, pour ensuite faire une rapide présentation de Donna Haraway et de son manifeste sur la Cyborg. Enfin je mettrai en parallèle les idées de Donna Haraway et Isabelle Stengers sur la relation homme-animal-machine et ce qu’à voulu faire passer France Cadet dans son œuvre.

France Cadet est une artiste française qui aborde les thèmes de la robotique et des nouveaux médias. Elle traite souvent de sujet lourds (sujets de sciences qui font débats) de manière légère et ironique. Dans de nouveaux travaux, dont celui exposé, elle utilise des robots chiens sur lesquels elle pratique des actes de « chirurgie électroniques » : customisation, changement de leurs activités (détournement, reprogrammation). Ces œuvres incarnent les interrogations face à la biotechnique, la biotechnologie, les droits des animaux, les dangers du clonage…

Trophée de chasse est un projet d’installation robotique. Il est composé de 11 trophées, en réalité 11 têtes d’animaux-robots, affichés sur un mur. Pour l’exposition seul 1 était présent. Chaque tête a été reprogrammée par l’artiste pour réagir avec le public présent. Les robots utilisés ont aussi eu leurs apparences modifiées : ajout de corne en résine, de teinture, oreilles retaillés, peintures…

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Figure 1 – Trophée de chasse, par France Cadet, exposé lors de l’exposition les Composites

Au premier abord, le robot semble éteint, cependant lorsqu’on s’approche ses yeux s’illuminent (de rouge), puis il se met à bouger (tête se relève, s’agite, semble même nous suivre), si on s’approche trop le robot émet un grognement (qui ressemble même à un cri). Il marque en crescendo son agressivité lorsqu’il détecte une présence de plus en plus proche.

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Figure 2 – Schéma des mouvements que le trophée peut réaliser

L’œuvre est ainsi ludique. Il y a un échange entre le spectateur et l’œuvre, comme une discussion entre une machine et un Homme.

Donna Haraway est, quant-à-elle, une philosophe des sciences et professeur à Santa Cruz. C’est une figure majeure de la pensée contemporaine, qui a développé depuis les années 1980 la théorie Cyborg, qui conteste l’essentialisme du genre et propose d’explorer le caractère hybride (machine et organisme) de l’être humain. Elle a notamment édité un livre « Le Manifeste Cybord » dans lequel elle emploie la métaphore du cyborg pour expliquer que les contradictions fondamentale de la théorie féministe et identitaire devraient être conjointes au lieu d’être résolues, ainsi que la machine et l’organique dans les cyborgs.

Dans « Selon Bruno Latour – Le manifeste Cyborg », présentation mené par Bruno Latour, et débat entre Donna et Isabelle Stengers, Donna évoque des idées entre les relations Homme et compagnon animal, notamment et surtout avec son chien, ou l’Homme et l’animal s’entraînent ensemble. Le chien doit faire confiance à l’Humain, ils inventent inventer ensemble des choses qui ne se font pas de manières naturelles. L’Homme doit faire attention à ce qui importe à l’autre espèce.

Ici on peut comparer les idées de l’artiste France Cadet aux dires de Donna Haraway. France Cadet, souhaite, à travers son œuvre montrer la place de l’animal vis-à-vis de l’Homme. Elle parle à la fois des animaux de compagnie, qu’on chérie, face à des animaux qu’on exploite, élève dans le but d’être consommer, ou bien que l’on chasse (ici les trophées). L’artiste montre qu’on ne met pas les animaux à l’égal de l’Homme, alors qu’ils semblent être des êtres pensant, capable de sentiments, mais aussi de ressentir la douleur même si on ne les reconnait pas comme tel. France Cadet dit elle-même « Je conteste plutôt la souffrance et la cruauté à l’égard des animaux et remets en cause le principe de droit de vie ou de mort sur l’animal ».

 L’artiste questionne la relation Homme-Animal comme le fait Donna Haraway dans cet extrait vidéo. Elle parle de la relation vis-à-vis d’un animal de compagnie (chéri, aimé, avec qui on joue, parfois qu’on entraîne, qu’on tente de comprendre), face à la relation avec des animaux qu’on traite mal, et qu’on transforme.

D’un coté il y a la relation avec son chien, qu’on entraîne, avec qui on joue, parfois avec qui on fait un « sport », mais qui reste un être que l’on considère presque comme son égal, à qui on ne souhaite et on ne peut faire du mal. De l’autre il y a des animaux qui ne sont pas des compagnons, par exemple Donna cite les batteries de poulets, modifiés génétiquement, destinés à la vente à l’étranger et pour les recherches. Ces « Humain-Cyborg », comme le dit Donna, ne sont pas sans rappeler les trophées, qui eux aussi sont des animaux, certes robots, que l’on a modifié « génétiquement » en leur ajoutant des cornes mais aussi en modifiant leur comportement. Ces poulets sont des outils de travail, que l’on finira par exécuter. C’est ce deuxième côté que France Cadet questionne à travers ses trophées. Ces animaux qu’on maltraite, qu’on désigne à la mort, car, comme le dit Derrida « cette violence industrielle, scientifique, technique ne saurait être encore trop longtemps supportée ». L’artiste, à l’aide de ces robots en mouvement, qui peuvent s’exprimer, redonnent à ces animaux morts le droit de s’exprimer, de ne plus être seulement une étude scientifique et des êtres qu’on ôte la vie, mais des êtres « vivants » qui peuvent nous juger.  

                L’œuvre de France Cadet pousse la discussion cependant un peu plus loin, car, en effet, contrairement à des œuvres comme celles de Damien Hirst qui utilisent de vrais animaux, de vrais êtres vivants, ici on utilise bel et bien des robots. On se pose alors des questions entre les relations Homme-Machine. L’Homme, actuellement se comporte avec la machine comme il se comporte avec certains animaux. Pour lui ce n’est pas un être « pensant », il peut donc l’utiliser comme il le souhaite et les détruire sans aucun problème par la suite. Cependant ne pourrait-on pas comparer les robots aux animaux ? On sait qu’il existe déjà des robots de « haute technologie », étant capable de réaliser des tâches complexes, parfois même de réfléchir par eux même et donc d’agir de leur propre chef.  Quelle place finiront par avoir ses machines dans notre société ? Seront-elles un jour à la même place que les animaux ?

Nous pouvons donc dire que l’œuvre de France Cadet appuie certaines théories de Donna, et qu’elles questionnent toutes deux les relations Homme-Animal-Cyborg. Cependant des questions restent en suspens. La relation Homme-Machine dépassera-t-elle celle qui existe déjà entre Homme-Animaux ? Auront-ils une place plus importante et seront-ils plus respectés dans notre société ? Le fait de donner la parole à ces trophées pour symboliser des animaux qui ne peuvent pas s’exprimer, tend peut-être à montrer que donner la parole à un objet est peut-être plus puissant que de savoir qu’il est vivant ? La machine pouvant prendre la parole, et pouvant même prendre l’aspect de l’Homme et imiter ses gestes (comme on a pu le voir dans Le robot et la pomme de Zaven Paré, lui aussi exposé durant le festival des « Composite »), pourra t on échanger avec elle comme dans une relation homme-homme?

 

Sources :

Vous pouvez voir l’œuvre, « Trophées de Chasse par France Cadet » en action grâce au lien suivant : https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=uvmAfWDEeVo

Site de France Cadet : http://76.74.242.190/~cyber786/

Donna Haraway : http://fr.wikipedia.org/wiki/Donna_Haraway

Selon Bruno Latour – Le manifeste Cyborg : http://www.dailymotion.com/video/xe3c82_selon-bruno-latour-le-manifeste-cyb_creation

« Le robot et la pomme » de Zaven Paré : https://www.youtube.com/watch?v=HqP9kBPEtMQ

 

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