archive

Archives d’Auteur: soulierc

Introduction

Apparu dans les années 60, le Street Art est devenu de plus en plus populaire et a progressivement été reconnu comme un mouvement artistique à part entière. Nous allons donc vous présenter le Street Art au travers de sa forme picturale (on ne parlera donc pas de musiques ou de danses urbaines). Après avoir fait un historique du mouvement et une présentation générale, nous allons nous focaliser sur Banksy, un street artiste très célèbre.

I) Présentation du Street Art

L’art urbain regroupe toutes les formes d’art réalisées dans la rue, ou dans des endroits publics, et englobe diverses techniques telles que le graffiti, le pochoir, la mosaïque, les stickers, l’affichage voire le yarn bombing ou les installations. C’est principalement un art éphémère vu par un très grand public.

Ce dernier point est très important. En effet le Street-Art est considéré par les autorités comme un délit. Les peintures sont donc au plus vite effacées, et la plupart ne durent pas plus d’une journée. En contrepartie c’est un art on ne peut plus publique, et malgré sa courte durée il est parfois vu par plus de personnes que certaines œuvres d’artistes célèbres !

La généalogie de l’art urbain est multiple et complexe. Il existe depuis les années 1960 une prise en compte de l’environnement urbain dans la création contemporaine. Allan Kaprow, un des premiers artistes à utiliser les installations, écrit que : « l’art s’est déplacé de l’objet spécialisé en galerie vers l’environnement urbain réel. » Selon Alain Weill, spécialiste mondial de l’affiche, l’essence de l’art urbain contemporain se retrouve tant dans les œuvres des affichistes d’après-guerre comme Raymond Savignac, en France, que dans celles des dessinateurs de la contre-culture américaine tels Robert Crumb ou Vaughn Bodé, tous deux figures de proue du comics underground depuis les années 1960.

Nous allons nous pencher en détail sur l’artiste le plus célèbre dans le monde du Street Art. Comme la plupart des artistes de rue, il peint sur les murs au pochoir ou au sticker. Cette méthode permet de peindre des formes plus ou moins complexes en un minimum de temps, puisque le dessin ne se fait pas sur place. (Considérés comme des vandales et peignant le plus souvent entre 2h et 6h du matin, on comprend aisément pourquoi les graffeurs ne veulent pas rester 1h à peindre sur le mur). La rapidité d’exécution demandée par cet art et le caractère libre et publique du message véhiculé fait ressortir un point commun à toutes les œuvres graffées, pochées ou collées : elles sont toutes brutes, percutantes et explicites.

Les œuvres ont souvent un caractère politique ou humoristique. Elles utilisent parfois des détails de la ville.

II) L’art de Banksy

Originaire de Bristol, en Angleterre, ce street-artiste tient mordicus à garder l’anonymat, tout comme l’esprit du graffiti, qui consiste en la réalisation d’œuvres dans le plus pur secret. Son art est un mélange d’ironie, d’irrévérence, d’humour et comporte très souvent des messages très clairs, dans l’optique où ils ne sont pas interprétés au premier degré. Enfant chéri de monde artistique de par le monde et cauchemar des autorités policières, Banksy porte aussi le nom de terroriste de l’art (art terrorist) en Grande-Bretagne. Sa capacité de se faufiler en douce dans les musées et centres d’attractions publics, tout en gardant l’anonymat, en est la cause.
Il combine les techniques du pochoir et de l’installation pour faire passer ses messages, qui mêlent souvent politique, humour et poésie. Les pochoirs de Banksy sont des images humoristiques, parfois combinées avec des slogans. Le message est généralement antimilitariste, anticapitaliste ou antisystème. Ses personnages sont souvent des rats, des singes, des policiers, des soldats, des enfants, des personnes célèbres ou des personnes âgées.

Technique

L’artiste utilise essentiellement des pinceaux et des bombes de peintures aérosols sur des pochoirs en acétate (donc transparents) qu’il a dessinés et imprimés. En effet, peindre des murs en pleine rue nécessite de la discrétion (c’est pourquoi il opère de nuit) et une rapidité que seul l’utilisation de pochoirs préparés par avance lui confère. A ses débuts, Banksy s’est déjà fait surprendre en flagrant délit et depuis il doit faire preuve d’une plus grande efficacité afin de ne pas se retrouver derrière les barreaux.

Parallèlement, il réalise aussi des sculptures et des peintures sur canevas, ce qui bien évidemment se prête beaucoup moins à l’utilisation de pochoirs et il utilise donc un matériel plus banal (pinceaux et peinture par exemple).

Thèmes et motivations

Banksy utillise le Street Art afin d’aborder des thèmes récurrents et de dénoncer des faits qui ont fait ou font souvent polémique mais aussi des faits moins médiatisés, c’est un artiste engagé, ce que l’on remarque rapidement lorsque l’on étudie son œuvre.

Ses thèmes de prédilection sont :

  • La politique
  • La religion
  • L’antimilitarisation
  • L’antimondialisation
  • La critique du système économique, politique et social actuel

Ces différents thèmes sont souvent abordés soit avec humour/dérision, soit d’une manière poétique, anachronique ou même absurde, ce qui donne lieu à la création d’œuvres pour le moins originales et décalées, à mi-chemin entre le monde réel et l’univers de Banksy.

Le rat et le singe sont ses animaux favoris vis-à-vis de la personnification de l’homme, ce qui, de manière assez évidente, fait comprendre le dégoût de l’artiste pour sa propre espèce. Celle-ci est manifestement due aux fléaux que celle-ci a apportés (guerre, famine, impact de l’Homme sur la nature, …) et que Banksy se donne un point d’honneur à dénoncer.

Au vu de sa popularité, on peut penser que Banksy atteint plutôt bien ses objectifs en choquant la société pour mieux lui ouvrir les yeux.
Générique des Simpsons façon Banksy, résumant ses thèmes de prédilection.

Influences

Bien évidemment il est très difficile de prouver que Banksy s’est inspiré ou laissé influencer par des artistes en particulier, cependant on peut rapprocher son art de celui d’autres artistes, qu’ils lui soient contemporains ou non.

  • La plupart des thèmes de prédilection de Banksy sont similaires à ceux de Blek le Rat, de plus, la signature de celui-ci étant un rat, on peut rapprocher les deux artistes par le fait que Banksy personnifie souvent l’homme par cet animal
  • Les techniques de peintures et de pochoirs utilisées sont semblables à celles qu’utilisait Ernest Pignon-Ernest, tout comme sa manière de passer “déposer” une œuvre sur un mur comme un fantôme, la nuit et sans avoir été vu.

Sources

http://www.banksy-art.com/

http://www.wikipedia.org

http://www.banksy.co.uk/

Conclusion

Le Street Art remplit donc bien son rôle d’art engagé à l’aide de l’utilisation de véritables chefs-d’oeuvre muraux. Il a su faire réflechir le monde sur des thèmes abordés de manière récurrente, tels que la guerre, la société de consommation ou encore le capitalisme, et continue son expansion à l’échelle mondiale.

Banksy, représentant de cet art, est devenu malgré lui un artiste dont les oeuvres s’arrachent, alors même qu’il dénonce l’art commercial, et le monde entier attend avec impatience de nouvelles oeuvres éphémères à admirer.

Florent AUDEBERT, Zhao RAN, Corentin SOULIER

Exposé à l’Espace Jean Legendre de Compiègne en mars 2013, Les Jardins d’Exebecce, Bicyclette d’Exploration est une œuvre créée courant 2012 par Yann Nguema du groupe de musique français Ez3kiel. Elle est constituée d’une ancienne bicyclette un peu rouillée et d’un écran positionné face à celle-ci.

Jardins d'Exebecce

Le principe est assez simple ; l’utilisateur, qui est aussi le spectateur, doit pédaler sur la bicyclette afin d’avancer dans un monde imaginaire appelé Exebecce (qui est aussi le titre d’un morceau du groupe), il découvre alors des mélanges visuels et sonores qui l’emmènent véritablement dans un autre monde.

J’ai choisi cette œuvre car l’idée est simplissime et pourtant bien trouvée et le résultat est saisissant. L’œuvre emmène étonnamment dans un autre monde, et l’immersion dans ce monde est surprenante, sans pour autant oublier que l’on est sur une bicyclette, ce qui ajoute un intérêt particulier à l’œuvre. En effet, comme on a vraiment l’impression de rouler, on actionne la sonnette et les freins, ce qui a pour effet de modifier l’univers virtuel dans lequel on croit se trouver, ce qui est vraiment intéressant. On peut aussi pédaler à l’envers pour faire marche arrière, ce qui contraste un peu plus avec l’objet non détourné.

Sitôt assis sur la selle, on comprend le principe et l’intérêt d’un tel système, qu’il faut pédaler pour découvrir, écouter pour être immédiatement envoûté, même si personnellement j’ai eu peur de casser cette vieille bicyclette rouillée en m’asseyant dessus ! Les freins sont aussi un peu durs mais forcer en vaut vraiment la peine. Je me suis retrouvé ailleurs, en-dehors de cette exposition et au-delà du monde réel, c’est un voyage dans l’espace mais aussi dans l’imaginaire et les sensations, une expérience bouleversante et pourtant si volatile, une fois les pieds reposés sur Terre…!

Je me suis demandé si Les Jardins d’Exebecce étaient véritablement un monde imaginé par l’artiste ou si c’est le spectateur-voyageur qui créait celui-ci au fur et à mesure, le construisant par ces actions (pédaler, freiner, sonner). Cette perspective serait intéressante du fait que le rôle du spectateur se mêlerait aussi à celui-ci de l’artiste, créateur d’un monde personnel influencé par la vue de l’artiste. Cela confirmerait pour moi le statut d’œuvre d’art Des Jardins d’Exebecce, Bicyclette d’Exploration, dont l’interprétation serait subjective puisque le visiteur seul pourrait savoir ce qu’il a voulu ou pu imaginer, créer par le biais de celle-ci.

Je pense que cette œuvre ce rapproche de la question d’une recherche de l’ailleurs, d’univers parallèles ou même d’utopie, l’univers dans lequel on est transporté étant sans doute celui que l’on voudrait voir, puisque c’est véritablement nous qui l’avons créé au cours de cette expérience sensorielle, presque comme une promenade.

Cette bicyclette m’a fait penser au tableau romantique du peintre allemand Caspar David Friedrich Le Voyageur contemplant une mer de nuage, peint entre 1818 et 1820 et qui, comme l’œuvre de Yann Nguema, nous transporte dans un autre monde, le contraste se faisant pour moi sur le fait que le tableau de Friedrich nous vide la tête alors que Les Jardins d’Exebecce nous la remplissent…

Le Voyageur contemplant une mer de nuages

Il m’a aussi rappelé le Paysage après l’ondée (1825-1829) de l’Hollandais Barend Cornelis Koekkoek, qui est aussi un tableau romantique, car, en-dehors de la représentation des bergers dans la partie basse du tableau, on peut aller se perdre dans la contemplation du paysage verdoyant à l’arrière-plan aussi bien que dans le ciel nuageux qui entoure celui-ci.

Paysage après l'ondée

Du côté d’une œuvre musical, bien des morceaux de musique (classique ou moderne) me font éprouver des sensations similaires, mais je crois que Codex (2011), du groupe anglais Radiohead sur leur album The King of Limbs est celui qui me rapproche le plus de ces jardins.

%d blogueurs aiment cette page :