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arts des sons

L’œuvre étudiée s’intitule DESPACH (pour DEep SPace Amateur Troubadour Challenge), elle fait partie du projet ARTSAT lancée par l’Université de Tokyo et l’Université d’art de Lama. Elle a été réalisé en 2014, je suppose qu’il s’agit d’un challenge d’étudiants, plus ou moins aidés par des enseignants-chercheurs des deux universités.

L’œuvre étudiée est un satellite de dimensions 50cm*50cm*50cm qui diffuse de la poésie à très longue portée (4,7 millions de km) grâce à la technologie de transmission fragmentée. Elle est composée d’une armature en aluminium contenant les batteries et le transmetteur, d’une antenne et d’une enveloppe en matériaux composites ayant une forme hélicoïdale.

J’ai découvert cette œuvre lors de l’exposition Les Composites à Compiègne. Des photographies, des panneaux explicatifs ainsi que des miniatures de l’œuvre imprimées en 3D étaient présentées. J’avoue avoir mis un certain temps à comprendre la nature de l’œuvre cependant, j’ai été intéressé par qualité technique de l’œuvre et par le sens que l’on pouvait donner au projet. En effet, je n’ai pas trouvé d’information à ce sujet, le sens que je donne à cette œuvre est donc purement subjectif (et donc peut être faux).

Peut-on parler d’œuvre d’art pour un projet universitaire ?

La qualité de ce projet repose sur plusieurs points. Tout d’abord, il faut souligner la difficulté technique d’un tel projet et le travail d’expérimentation nécessaire à la réussite de la mise en orbite du satellite et à son bon fonctionnement dans l’espace.

Ensuite, l’enveloppe de forme hélicoïdale n’a d’après moi qu’une fonction esthétique. C’est à dire que les concepteurs ont tenu à soigner l’esthétique du satellite alors même que très peu de gens risquent de l’apercevoir.

Enfin, l’idée même du projet peut justifier son caractère artistique : diffuser de la poésie dans un espace vide et froid de plusieurs millions de kilomètres (cube, oui pardon, sinon il y a un problème de dimension) est une démarche artistique. Le contenu de cette poésie pourrait d’ailleurs à lui seul être une œuvre d’art. Il est basé sur un algorithme qui associe continuellement à des données mesurées par le satellite (température, vitesse, vitesse angulaire) des mots parmi une liste tirée du poème « Gadgi béri bimba » de Hugo Ball. Ce procédé d’écriture se rapproche d’œuvres du courant dadaïste ou surréaliste avec cette idée d’écriture systématisée.

Cette œuvre s’inscrit dans la thématique de l’exposition Les Composites par sa volonté de puiser dans les nouvelles capacités de la technique des idées d’expression artistique. Ce qui me semble être une source inépuisable de créativité.

1/ Carte d’identité

Titre original : Six Preludes For Piano

Auteur : Composée par Paul Bowles (1910-1999), un compositeur mais aussi écrivain et voyageur américain. Cette version fut jouée par Jean-Luc Fafchamps, un pianiste belge né en 1960.

Date : Cette œuvre est apparue pour la première fois sur l’album « Black Star At The Point Of Darkness – Music, Stories, Recordings » de Paul Bowles, sorti en 1989.

 2/ Description

J’ai trouvé cette œuvre  un peu par hasard parmi les nombreuses ressources disponibles sur Ubuweb et j’ai décidé de la présenter car j’aime beaucoup le piano. A première écoute j’ai vraiment apprécié puisque j’avais du mal à trouver une œuvre qui m’intéressait. Cependant, après plusieurs écoutes, de l’œuvre mais aussi du reste de l’album, plusieurs point m’ont marqué et m’ont amené à me poser des questions. En effet, sur cette album on trouve de la musique mais aussi des textes parlés et même des enregistrement sonores comme la première piste de l’album intitulé Sounds From The Jemaa El Fna, Marrakech. Il est alors difficile d’établir un réel lien entre les différentes œuvres, même si on peut penser qu’il s’agit d’une volonté de l’artiste afin de rassembler les différents aspects de sa vie d’artiste. Prise indépendamment du reste de l’album, je pense qu’on peut considérer ces six préludes comme une œuvre puisque le but principal de la musique classique est de faire apprécier au public son caractère esthétique.

 

 

 

 

 

 

 

3/ Liens vers d’autres œuvres

Je trouve qu’à première écoute, il est difficile de remarquer des différences entre les différentes pièces de musique classique composées pour piano, peu importe leur époque. Ainsi on pourrait rapidement faire le lien avec des œuvres plus connues que celle-ci. Cependant, comme il s’agit ici de six préludes différents joués à la suite sur cette piste de 6 minutes et 20 secondes, les temps de pause sont alors fréquents et font, à mon avis, perdre beaucoup de rythme à cet œuvre.

C’est en cela que l’on peut alors l’opposer à des œuvres plus connues, sans pour autant rentrer dans des détails artistiques complexes. Pour ma part, écouter du piano me fait généralement penser à mes œuvres préférées qui sont Moonlight Sonata de Beethoven (début 19ème siècle) et River Flows In You de Yiruma (21ème siècle). Dans le premier cas il s’agit d’un morceau assez long (environ 15 minutes), et même si les trois mouvements sont séparés par une pause, cela est bien moins fréquent que dans ce morceau regroupant les six préludes de Paul Bowles. La différence est encore plus importante lorsqu’on compare avec une œuvre plus récente comme celle de Yiruma. Même s’il s’agit d’un morceau relativement court, le rythme est plus rapide et donne une impression de continuité.

 

4/ Point de vue critique

J’ai finalement été déçu par cette œuvre qui m’avait au début attiré. En effet, j’ai trouvé que les nombreux temps de pause rendaient l’écoute moins agréable, de plus l’absence de lien au sein de l’album est assez décevante puisque cela complique la compréhension des objectifs de l’artiste.

Je pense que cela s’explique certainement par le fait que les préludes sont avant tout censés être des petits morceaux servant d’introduction. Ainsi, vouloir en faire une œuvre à part entière était peut être un pari risqué qui pour ma part ne m’a pas tellement plu.

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Du 5 au 20 Mars 2013, l’espace Jean Legendre de Compiègne reçoit l’exposition Les Mécaniques Poétiques. Une alliance parfaite entre l’art et les hautes technologies est proposée aux visiteurs, imaginée et mise en scène par Yann Nguema.

  • L’artiste

Essentiellement connu pour son rôle de compositeur de musique électronique au sein du groupe EZ3kiel, Yann Nguema est un artiste à part entière. Après une première année passée à étudier les mathématiques et la physique, il décide de s’orienter vers une licence de communication spécialisée sur l’image. Passionné par ce cursus, il obtient le diplôme national supérieur d’études plastiques. Dès l’âge de 18 ans, il intègre le fameux groupe qui lui permet d’allier ses passions pour la musique et pour la création d’images. Les évolutions des différentes technologies le poussent à s’adapter et c’est ainsi qu’il passe de l’image fixe à la vidéo, puis de la vidéo aux images interactives. Depuis peu, il se spécialise dans les installations et a notamment été sollicité par la Fédération Française de ski pour l’organisation des Jeux Olympiques. C’est ainsi qu’il met en scène, depuis 2009, un ensemble de 11 installations, éveillant les sens et la curiosité. Ainsi, sur les conseils de notre professeur d’art et techniques contemporaines, nous nous sommes rendus à cette exposition.

  • Description de l’exposition

Arrivé à l’espace Jean Legendre, on ne peut qu’être frappé par la froideur des lieux. Seul un îlot de chaleur semble émaner d’un coin du hall, lieux de l’exposition. L’atmosphère chaleureuse et intimiste, crée par un éclairage audacieux et l’utilisation de rideaux rouges sur fond noir, permettent au visiteur de se sentir à l’aise et de trouver tout de suite sa place entouré d’oeuvres parfois déstabilisantes. Ce dernier est en effet invité à redécouvrir des objets du passé, revisités grâce à des installations numériques sonores et lumineuses. Le parcours en boucle laisse le visiteur libre d’aller d’une oeuvre à une autre au gré de ses envies et de ses attirances. Cependant, ce manque d’encadrement entraine un temps d’adaptation nécessaire avant d’oser s’approcher, toucher et interagir avec ces oeuvres parfois impressionnantes.

Cependant, l’oeil est tout de suite attiré par Le buste de La Madone Theremin entourée de deux tableaux des Naphtalines (photos dessous) qui semblent lui rendre grâce. Le visiteur est alors amené à approcher ses mains de la sculpture, ajoutant ainsi des vagues d’interférences à une douce mélodie jouée au piano.

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La balade continue avec une vieille machine à coudre transformée en boîte à musique moderne. Le Cycloharpe permet ainsi de choisir des rythmes grâce à la pédale et de créer des mélodies symbolisées par des cercles sur un écran lumineux remplaçant le plateau de la machine. Les pieds et les mains sont mises à contribution sur cette table de mixage moderne.

Puis, entourée de deux autres tableaux des Naphtalines, La Cage de Fa Ré Do, composée de 120 pièces en métal et en acier, n’est pas sans rappeler les grandes cages à oiseaux. A cette différence près qu’un sentiment de liberté semble s’échapper des barreaux. En effet, le fait de toucher un barreau engendre la création d’un son et d’une lumière. On entend ainsi des passages au piano, mais aussi de doux chants d’oiseaux qui semblent s’évader de cette cage aux allures poétiques.

Nous sommes ensuite conviés à passer de l’autre côté de la paroi pour découvrir une autre pièce, plus sombre que la première, où les jeux de lumières nous mènent vers une atmosphère davantage intime et mystérieuse. Nous nous retrouvons ainsi nez à nez avec un tableau en noir et blanc représentant une femme asiatique en habits traditionnels. Le tableau est très éclairé et attire le regard. Juste devant lui, presque dans la pénombre, se trouve L’Orgue à Flacons, une véritable table de chimiste où le simple fait de soulever les bouchons des fioles engendre la création d’une délicate mélodie accompagnée de la mise en lumière du flacon correspondant.

Prenons ensuite place devant cet écran accroché au mur devant lequel un pupitre est mis en lumière invitant les passants à y prendre place. En se saisissant de cette manette aux allures de télégraphe, ceux ci ont alors la possibilité de faire tomber des Balles Perdues à l’écran. Rappelant ce fameux jeu pour enfants où la balle doit suivre un parcours, ici les pièges permettent de créer des sons, chaque cavité ayant sa propre tonalité.

Une fois ces oeuvres passées, on peut remarquer une sorte de rupture au sein de l’exposition. En effet, si jusque là, le sonore semblait être le plus important, on remarque qu’à partir de là, le visuel reprend une place beaucoup plus significative. Les Cordes Sensibles, entourées de deux tableaux dans le même style bichrome  que le premier, se composent de trois mobiles que l’on peut déplacer et tourner, pour créer et modifier des cordes et leur longueurs. On est ainsi invité à créer un réseau sur cette table interactive et à trouver la symbiose parfaite en jouant avec les trois mobiles.

Le Théâtre de Naphtaline attire ensuite la curiosité. En effet, des personnes semblent agiter les mains devant une boîte noire sans qu’on ne comprenne réellement pourquoi. En s’approchant, nous remarquons que les mouvements permettent aux décors présents à l’intérieur de changer peu à peu, au grès des envies et des gestes. Cette installation est purement visuel tout comme ce vieil appareil photo mis en lumière juste à côté. On s’approchant, comme pour prendre une photo, on y voit les mêmes décors, en 3D, sous le regard bienveillant d’un autre tableau représentant la même femme. Le Stélescope nous permet ainsi de voyager dans les étoiles en ayant pourtant les pieds fermement cloués au sol.

En face, dans la pénombre trône un écran tactile où le virtuel prend toute son ampleur. En effet, le contact avec cette tablette permet de créer des particules qui coupent la trajectoire d’une montgolfière créent ainsi des sons. Les décors évoluent au fil des sonorités et petits et grands se prennent au jeu, leurs doigts se mêlent créant ainsi un son doux et reposant. Les Vents d’Antan nous permettent de nous envoler vers cette montgolfière.

A l’autre bout de la pièce, une bicyclette, placé en face d’un grand écran, invite le visiteur à une promenade interactive. En pédalant, on voit ainsi défiler un paysage, Le Jardin d’Exebecce sur lequel on est libre de se balader et de faire apparaître des objets. Les Naphtalines rythment encore une fois cette installation, ainsi qu’un tableau de la femme chinoise portant un masque, et on prend énormément de plaisir à pédaler pour aller à la rencontre des ses magnifiques ciels étoilés.

Enfin, l’exposition se termine par une invitation au clavier. Le Piano Quart de Corps incite petits et grands à s’installer et à jouer un air, repris par un automate aux bras articulés visibles sur l’écran qui surmonte l’installation. Un dernier tableau veille sur nous à chacune des notes jouer, comme un regard bienveillant par dessus notre épaule.

  • Commentaires

Cette exposition se rapproche des photographies et des oeuvres de Léo Caillard. En effet, ce dernier s’interroge lui aussi sur les rapports parfois contradictoires qu’il existe entre virtualité et réalité mais aussi entre art et consommation. Dans ses photographies, il met en scène des personnages presque mythiques comme la Joconde, au sein des tablettes numériques par exemple. Les deux démarches sont finalement assez proches dans le sens où on est amené à s’interroger concernant la perpétuelle évolution et ce patrimoine culturel qu’il serait sans aucun doute bon de préserver.

Au cours de cette exposition, Yann Nguema nous propose de voyager avec lui et de revisiter un temps qui nous paraît déjà lointain tant les objets de base nous paraissent obsolètes. Et pourtant, les nouvelles technologies, telles que la fibre optique ou les écrans tactiles, semblent remettre ces objets anciens au goût du jour en ajoutant une touche de sensibilité à ce qui paraît brut et froid au premier abord. La musique électronique n’est plus dépendante d’un ordinateur mais d’objets beaucoup plus vétustes qui la créent et la mettent en scène dans une atmosphère aux lumières tamisées. Un art noble et ancien comme la peinture, est ainsi mêlé à des oeuvres beaucoup plus innovantes et la symbiose est parfaite. Les anachronismes permettent à l’abstrait et au concret de se rejoindre en créant un monde onirique où la lumière semble émaner des tableaux.

Cette exposition permet aussi de s’interroger quant au caractère plus ou moins éphémère des oeuvres d’art et du rapport entre art et technologie. Celles de Yann Nguema sont en effet changeantes et modulables, elles interrogent, déstabilisent et font passer un message implicite. Ainsi, le visiteur est amené à endosser lui même le rôle de l’artiste qui cherche à tâtons la justesse, la satisfaction, l’équilibre et l’esthétisme. Une fois l’accord parfait trouvé, on laisse la musique résonner quelques instants avant de partir tandis que le silence reprend peu à peu sa place. Puis un autre personne viendra et s’appropriera à son tour l’installation en créant sa propre mélodie, son oeuvre éphémère.

Les acolytes du groupe EZ3kiel reconnaitront sans aucun doute quelques graphismes présents lors des spectacles de musiques électroniques mais aussi des morceaux célèbres du groupe. Les novices seront quand à eux subjugués et intrigués devant ces machines au caractère presque magique, laissant aller leur imagination où bon leur semble. Chacun verra en cette exposition ce qu’il veut y voir. Rien n’est prédéfini et finalement, chaque visiteur observera des oeuvres différentes selon sa façon de s’approprier les installations.

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 NB : Les photos de cet article proviennent du compte Devianart de l’artiste.

       Dans un contexte où l’art virtuel suscite de plus en plus d’interrogations, et où la dualité art et sciences apparait encore conflictuelle aux yeux de certains, Yan Nguema s’est attaché à nous donner à voir le virtuel comme une extension du réel en construisant des cohérences sensori-motrices. Plus précisément, il interpelle le spectateur via une douzaine d’installations interactives, mêlant sons et images, attisant notre curiosité et révélant chez certains quelques douces émotions.

Ce projet a pu être mis à bien grâce à la collaboration du groupe de musique dub électroacoustique EZ3kiel dont il fait partie, avec l’atelier Arts-Sciences, laboratoire commun au CEA-LETI de Grenoble, de l’Hexagone Scène nationale de Meylan et des Champs Libres, ainsi qu’Erasme, centre multimédia du conseil général du Rhône. Cela fait déjà plusieurs années que l’exposition s’installe dans différentes villes, et semble y trouver un certain succès.

Ces œuvres troublantes se distinguent d’autres formes d’art virtuel, en embarquant le spectateur dans un univers où cohabitent une certaine mélancolie et une magie enfantine. Il s’agit d’un environnement propice à l’évasion, où il ne faut pas avoir peur de plonger, quitte à se noyer dans ce trop-plein d’artifices, qui grâce à l’audacieuse fusion de technologies et d’objets insolites types antiquités, ne confronte pas les temps et les époques, mais les unit.

En effet, si aux abords de l’exposition on peut distinguer des enfants et des adultes, une fois l’immersion faite dans «The Naphtaline World », il n’y a plus que des enfants qui interagissent avec les diverses installations. Cette accessibilité des œuvres est entre autre permise grâce à leur affordance, mais également parce qu’elles répondent au public dans un langage connu pour son universalité : la musique.

Le spectateur découvre donc un ensemble d’expériences esthétiques multi-sensorielles, régis par trois mots clefs, indissociables de l’art virtuel : « perception, cognition, action ». A noter que l’unicité de chaque expérience stimule l’imagination du spectateur, laissant un certain degré de liberté et d’ouverture dans l’œuvre.

Un point également important à souligner est l’intérêt porté à vouloir « cacher la technologie », insistant ainsi beaucoup plus sur l’aspect « magique » et « envoûtant » des installations.

Zoom sur quelques installations

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LES JARDINS D’EXEBECCE : Une bicyclette, dirigée face à un mur où est projetée une image dynamique, réagissant aux diverses stimulations exercées via le vélo : pédalage, rétropédalage, freinage etc. Ambiance paisible, moment échappatoire où surgit cette envie de pouvoir traverser l’écran.

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LE PIANO QUART DE CORPS : Un piano réduit, où la mélodie jouée est modélisée sur un écran à l’image d’un appareil mécanique à bras moteurs allant chercher les notes voulues. Plus musicale que « Les jardins d’Exebecce », elle laisse beaucoup plus de contrôle à l’utilisateur, le laissant librement exprimer ses émotions sur les touches, et lui permettant éventuellement d’attirer l’attention d’oreilles sensibles aux mêmes airs musicaux…

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L’ORGUE A FLACONS : Un ensemble de flacons de tailles diverses sur un support. Lorsque l’on soulève un bouchon, le fond du flacon s’illumine et un son est émis, et passé en boucle. Chaque flacon possède un son qui lui est propre, et il est donc possible en enlevant plusieurs bouchons à la fois de créer quelques mélodies. De loin mon coup de cœur pour cette exposition. La créativité du spectateur est encore une fois très sollicitée, mais reste encadrée dans une forme harmonieuse et originale. Par ailleurs, comme il se voit sur la photographie, cette installation se prête facilement à la participation de plusieurs spectateurs et en est même d’autant plus intéressante dans ce cas.

On retiendra alors de cette exposition un réel voyage visuel et auditif dans un univers solide et émouvant, et surtout de nouvelles problématiques soulevées, telles que la place de la technologie et du virtuel dans l’art, en concluant par ce questionnement : « le virtuel serait-il  acteur de l’œuvre d’art, mais pas œuvre d’art en soit ?»  Dixit Yves-Armel Martin, directeur du centre d’innovation numérique ERASME.

 

Description de l’oeuvre : 

     En fond : des sirènes identiques à celles utilisées en Europe pendant les bombardements (à Londres par exemple) tournent en boucle à un rythme régulier pendant toute l’œuvre. Au premier plan un quatuor à corde joue, accompagné d’enregistrements de voix obtenus en entretiens avec plusieurs déportés. La composition pour le quartet « suit » d’une certaine façon les enregistrements de voix. Donc au contraire il serait plus intéressant de dire que les enregistrements de voix sont accompagnés par le quartet de violon, qui traduit dans le langage musical l’émotion et la tension naturelle dégagé par la voix humaine. Les violons suivent le ton, l’intonation, le rythme de la personne qui parle ; plusieurs personnes parlant, et chaque phrase étant coupé et parfois tronqué et répété. De fait, cela induit une grande diversité de rythme et de tonalité, de phrases qui s’entrecoupent et s’entrechoquent. Vers la fin de l’oeuvre, il y a apparition d’enregistrements de trains renforçant le caractère dirigé de l’oeuvre : une évolution partant d’une naissance, un développement. 

La tension et la force des mots jouent un rôle moteur dans la tension émotionnelle que communique l’œuvre : on remarque une accélération du rythme continue qui rappelle une course effrénée jusqu’à l’apogée, où le calme revient, malgré que le sens des mots soit le plus choquant: « flames going up in the sky ». On peut interpréter ce « calme » non pas comme un apaisement mais plutôt comme un abattement, une fatalité, la parole nue est alors le véhicule principal de l’émotion et non plus les violons qui occupaient pour la majeur partie de l’œuvre l’espace sonore.

 Steve Reich et le mouvement minimaliste :

     Steve Reich est un compositeur américain. Il est né en 1936 à New York. Il est considéré comme l’un des pères fondateurs du minimalisme, qui comprends entre autre les compositeurs Terry Ryley et Philip Glass. Terry Riley a étudié au Shasta College, à l’Université de San Francisco et au conservatoire de San Francisco avant de remporter, en 1961, un « Master of Art » à l’Université de Berkeley. On trouve parmi ses compositions les oeuvres suivantes : In C, Music for the Balls, Requiem for Adam.  Erik Satie, compositeur et pianistre français né en 1866, un des théoriciens et précurseurs du minimalisme a résumé en une phrase la visée du minimalisme : le « dépassement extatique du temps dans la répétition, dans l’obsession contemplative du même ».

     En quelques mots, Erik Satie voit dans la répétition d’un même motif (harmonique, rythmique et mélodique) la création chez l’auditeur d’un état contemplatif proche de la transe du fait que la perfection de la répétition d’un motif simple remplace l’imperfection du changement : la répétition crée un sentiment d’infini et de pureté chez l’auditeur. Sans doute que cette visée serait confortée par la théorie Kantienne du sublime : sentiment qu’il décrit comme étant différent du beau, que l’être humain ressent lorsqu’il est confronté à l’infini et qui le renvoit à sa propre finitude et condition insignifiante. L’homme est par essence fini et mortel, ce qui lui ait rappelé lorsqu’il est mis en présence de ce qui est infini. Si l’on met en parallèle ces deux théories on peut comprendre alors que la recherche faite par le minimalisme tends à faire ressentir à travers la musique ce que l’on ressentirait par exemple devant un ciel étoilé : le dépassement de la condition humaine à travers l’observation de l’infini parfait et pur. (Pur ici dans le sens ou le motif harmonique & mélodique utilisé est souvent très simple). 

La musique minimaliste est née dans les années 60, quand les cultures asiatiques et orientales ont commencé à influencer et intéresser l’occident. En effet, elle s’est beaucoup inspiré de la musique traditionnelle africaine, et des pratiques spirituelles asiatiques (yoga et mantra) utilisant aussi des sons répétitifs pour trouver une spiritualité. Cette spiritualité peut d’une certaine manière naître de cette conscience de mort qui naît à travers la confrontation à l’infini.

Mise en lien avec d’autres oeuvres 

Il est évident que l’on peut relier cette œuvre avec d’autres œuvres issu du même courant, les codes étant les mêmes. Pour moi cependant, il était plus intéressant d’essayer de faire un lien avec un groupe que je connais bien : Pink Floyd. Pink Floyd est un groupe de rock qui a fait ses débuts dans les années 1967-1968, il s’inscrit tout d’abord dans le courant psychédélique pour ensuite évoluer vers le rock progressif.

Ce qui m’a frappé après avoir écouté plusieurs œuvres minimalistes, c’est que je retrouvais plusieurs codes présents dans certain morceaux de Pink Floyd, bien évidemment pas tous. Bien sur le caractère répétitif n’est pas aussi développé mais « l’obsession contemplative » est très présente. On peut dire quelle s’exprime sous une forme un peu différente avec la recherche de nouvelles sonorités qui ne sont pas présentes chez Steve Reich, mais la proximité est tout de même assez frappante. Elle est frappante de part cette impression d’infini qui naît des sonorités utilisés, mais aussi de l’impression de transe et d’improvisation musicale que donne la musique de Pink Floyd. Le groupe à été dans la recherche de ce sentiment d’infinitude jusqu’à ses oeuvres plus tardives (Après 1973) où il s’est orienté sous la direction de Roger Waters vers un style légèrement différent et plus « simple ».

      Pink Floyd ne s’est jamais revendiqué du courant minimaliste, pourtant il se peut que l’explication du fait que mon ressentit de ces œuvres soit proche soit lié au fait que le contexte dans lequel elles ont étés écrites soit le même. En effet le mouvement Hippie et psychédélique dans lequel Pink Floyd s’inscrit à ses débuts, a fortement été influencé par les pratiques spirituelles orientales. Il est donc compréhensible que d’un point de vue musical, ces œuvres aient des points communs.

Pour en citer quelques unes :

  • Nick’s Boogie. (1967)

  • Careful with that axe, Eugene (1967)

Caractère répétitif à la basse, malgré une montée en tension.

  • Set the controls for the heart of the sun (1968)

Ici le caractère répétitif est imprimé par les percussions rappelant la musique traditionnelle africaine.

  •  Echoes

Enfin ce morceau de 23 minutes paru sur l’album Meddle. Je l’ajoute bien qu’il y ait un caractère répétitif très limité à cette oeuvre, car la partie centrale de l’oeuvre représente parfaitement ce que je voulais dire par la recherche de « l’obsession contemplative » que je rencontre chez Pink Floyd.

Merci d’avoir lu cette brève analyse personnelle de l’oeuvre de Reich, et j’espère vous avoir fait découvrir l’univers musical profond qu’est Pink Floyd.

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